Information (1) : Le Toqué

Depuis la disparation du Cambodge Soir Hebdo, la presse francophone au Cambodge était orpheline. Certes, existent encore L’Écho du Cambodge, mensuel à vocation franchement publicitaire, ou encore Le Petit Journal du Cambodge, magazine surtout lu en ligne, mais de vrai magazine francophone consacré au Cambodge et édité dans le Royaume, point.
C’est du moins ce que je croyais jusqu’à il y a très récemment. Alors que je prenais mon petit-déjeuner dominical sur l’un des stands au Marché Central, une petite vendeuse de journaux, inspirée par mon long nez de Barang, extirpa de sa masse de magazines et de quotidiens khmers, un petit paquet de feuilles au format A4, portant, sur la première d’entre elles, le titre Le Toqué, orné d’un lézard lecteur. Vaincu pour son sourire (de la vendeuse, pas du lézard), je lui demandai le prix du paquet. « 2,5 riels » (comprenez « dollars »), me dit-elle. Diantre ! C’est pas donné. Mais je ne résistai pas à son sourire qui commençait, à mon exclamation, avait pris une teinte tristounette, et décidai de me fendre de ladite somme.
Et c’est comme ça, par le plus grand des hasards, que j’eus entre les mains le numéro 2 du Toqué, « Magazine francophone culturel, littéraire et artistique sur le Cambodge ».
C’est Emmanuel Pezard, Français installé à Kep (le veinard !) qui est à l’origine de ce mensuel. Parmi les chroniqueurs de la feuille, il me semble avoir reconnu les noms de quelques anciens du Cambodge Soir, dont certains font autorité au sein de la communauté khméro-franco-culturelle du pays (je parle de Jean-Michel Filippi).
Comme l’indique son sous-titre, Le Toqué consacre ses pages à la vie culturelle du pays, avec des articles parlant de peinture ou des arts de la scène ; il consacre quelques lignes aux nouveaux ouvrages consacrés au pays des Khmers ; il publie des poèmes, des contes et des textes de prose… Seul regret, peut-être : on n’y parle pas (encore ?) de l’un des arts majeurs de cette région du monde : la gastronomie, qui aurait, IMHO comme disent les rosbifs, tout à fait sa place dans un mensuel culturel.
C’est par le plus grand des hasards que j’ai fait connaissance avec Le Toqué, mais j’ai découvert avec plaisir qu’il était aussi en vente à ma cantine : le restaurant La Marmite (où j’ai trouvé le premier numéro). Où est-il encore en vente ? Peut-être pourrez-vous tenter votre chance auprès de l’un des innombrables kiosques à journaux de la capitale ?
Un dernier mot sur le titre khmer du magazine : តុកែឆ្កួត. Je trouve le citre excellent ! តុកែ se prononce « to-kaé », et c’est bien entendu la transcription phonétique du mot « toqué ». Mais c’est aussi le nom khmer du « tokay », une variété de gecko (dans les dictionnaires que j’ai consultés, l’orthographe est plutôt តុកកែ, mais j’ai pu vérifier sur Internet que l’orthographe តុកែ était aussi assez courante). Le mot ឆ្កួត (« tchkouot ») signifie quant à lui « idiot », « toqué ». On comprend mieux maintenant pourquoi un lézard lecteur orne l’en-tête de la page de garde…
(Pour de plus amples informations sur le magazine et sa genèse, je vous invite à aller lire l’entretien qu’Emmanuel Pezard a accordé au Petit Journal, ici.)

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