Vie quotidienne (6) : Pique-nique dominical à Tonlé Bati

Quand vient la fin de semaine, après cinq jours et demi (au Cambodge, le samedi matin est en théorie travaillé) de dur labeur, les Phnom-penhois qui en ont le loisir et les moyens aiment échapper quelques heures au rythme fou de la vie « trépidante » de la capitale, pour sacrifier entre amis ou en famille à un rituel qui ma foi n’est pas désagréable : celui du pique-nique dominical dans la grande banlieue de Phnom-Penh.
Il existe ainsi tout autour de la capitale plusieurs endroits en vogue qui permettent de prendre un peu l’air de la campagne, et, pour certains, de visiter quelques sites qui ne font pas partie de l’itinéraire obligatoire du touriste pressé, mais qui n’en sont pas moins dignes d’intérêt.
C’est à l’occasion de mon premier voyage au Cambodge, en 1992, que j’avais fait connaissance avec l’un de ces lieux : Tonlé Bati (ទន្លេបាទី). Tonlé Bati est en réalité le nom d’un petit lac (le mot ទន្លេ signifie rivière, fleuve ou lac) situé à une trentaine de kilomètres au sud de Phnom Penh, dans la province de Takeo. Ce lac a donné son nom au district de Tonlé Bati (ស្រុកទន្លេបាទី), sur le territoire duquel se trouve bien entendu le lac éponyme. Le lieu choisi pour les pique-niques se trouve au bord du lac, à quelques dizaines de mètres à peine d’un petit temple en ruines, construit à l’époque du règne de Jayavarman VII (ជ័យវរ្ម័នទី៧), vers la fin du XIIème et le début du XIIIème siècle : le Ta Promh (តាព្រហ្ម). C’est d’ailleurs le prétexte invoqué par les autorités locales pour soutirer aux touristes étrangers un rondelet droit d’entrée sur le site : 3 dollars ! (Mais si vous parlez khmer et ne venez que pour les agapes, discutez ferme : on vous laissera sans doute passer sans trop broncher et sans bourse délier.)
Au bord du lac sont installées de petites cahutes sur pilotis, posées à quelques centimètres au-dessus de la surface du lac. Il suffit de s’avancer en direction des cahutes pour être accosté par le maître de l’une d’entre elles. On vous fournira une natte de jonc (n’oubliez pas que la politesse khmère veut que l’on se déchausse avant de s’installer sur la natte) posée sur le plancher de la cahute ouverte aux quatre vents et couverte d’un toit de chaume. Vous aurez également à votre disposition quelques hamacs qui feront la joie de vos enfants, ou vous permettront de faire une courte sieste après le repas.
Car bien sûr, qui dit pique-nique, dit agapes. Les Cambodgiens viennent rarement en ces lieux sans avoir préparé un minimum de mets, et se contentent de commander sur place quelques compléments : riz blanc, eau, éventuellement légumes sautés… Mais si, comme moi, vous avez été trop paresseux pour préparer quoi que ce soit, ou si vous voulez simplement goûter à la gastronomie champêtre locale, une carte vous sera quelquefois (pas toujours) proposée, dressant la liste de plats divers (le plus souvent en khmer, rarement en anglais).
Lors de ces pique-niques, il est de tradition (c’est presque même une obligation) de commander un poulet rôti, grillé ou frit. Il est également de tradition de commander un gros poisson, souvent rôti dans une feuille d’aluminium, enveloppé dans du gros sel, et garni d’herbes aromatiques diverses et variées. À Tonlé Bati, la variété des mets proposés donne le vertige : poulet et poisson, bien sûr, mais aussi tourterelles ou pigeons, porc, bœuf, grenouilles, sans parler des soupes et des légumes les plus divers. Sans compter en plus les marchands ambulants installés dans des barques venues accoster à l’improviste près de votre cahute, et proposant crevettes ou demoiselles du Mékong grillées, saucisses, maïs cuit à l’eau, grenouilles farcies, brochettes…
Les boissons (eau, bières et boissons gazeuses) vous seront aussi fournies si vous le souhaitez, ainsi que des serviettes en papier et des glaçons.
Le tout est d’un coût assez raisonnable, me semble-t-il : une famille de quatre personnes commandant tout sur place dépensera peut-être une trentaine de dollars, mets, boissons et location de la natte et de la cahute compris !
Mon dernier passage remonte au mois de novembre 2011 : mes deux fils et moi nous y sommes arrêtés après une excursion au Phnom Chisor (ភ្នំជីសូរ), sur le chemin du retour vers Phnom Penh.
Il existe de multiples autres sites, nous aurons certainement l’occasion de parler de l’un ou de l’autre d’entre eux.
Sur la photo ci-dessous (empruntée ici) : cahutes sur pilotis à Tonlé Bati.

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2 commentaires pour Vie quotidienne (6) : Pique-nique dominical à Tonlé Bati

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