Vie quotidienne : Motorisation

La suite logique de l’épisode précédent de notre série « Vie quotidienne » consacré à la délivrance du permis local de rouler en véhicule motorisé (voir ici), est bien entendu le passage à l’acte suivant : l’achat des véhicules qui contribueront certes à l’aggravation de l’effet de serre, mais qui nous permettrons d’acquérir une liberté de mouvement appréciable.
On pourrait me rétorquer que, Phnom Penh n’étant pas très étendue, le recours systématique aux moyens de transports mis à la disposition des non-possesseurs de véhicules (moto-taxis, tuktuk et taxis tout court), par ailleurs relativement peu coûteux, ne nécessite pas de dépenser des sommes rondelettes en moteurs montés sur deux ou quatre roues. Certes, mais la liberté a son prix, et le fait de pouvoir s’affranchir des contraintes liées à la disponibilité et à la tarification parfois aléatoire des fournisseurs de services de transport est appréciable. De plus, posséder un véhicule permet de planifier de petites ou grandes escapades dans d’autres régions du pays. J’en veux pour preuve le petit séjour d’agrément que nous planifions pour les congés qui pointent à l’horizon, et qui devrait nous permettre de découvrir Kep et ses environs. Je vous en reparlerai sans doute.
Je vous passe la narration des débats houleux qui ont agité le douillet nid familial quant au choix des véhicules, pour vous donner de suite la conclusion : ce sera un véhicule quadricycle et un autre bicycle. Madame se promènera en voiture, et votre serviteur fera le zazou sur un superbe scooter 125 cc.
Pour réaliser le délicat équilibre budgétaire, après nous être pris à rêver devant quelques bolides neufs rutilants qui s’offraient à notre convoitise mais pas à notre bourse, c’est de seconde main que nous avons choisi d’acquérir le quadricycle, et neuf le bicycle.
Madame a couru les garages pendant plusieurs jours pour trouver l’objet de mon désir, tandis que j’ai pour ma part fixé mon choix après de nombreuses discussions avec d’autres compagnons d’infortune expatriés devant quelques verres au comptoir du Fun Planet, mon bar francophone de prédilection (rue 19, juste au sud du carrefour de la rue 136).
Les vendeurs de voiture d’une part et de scooter de l’autre nous avaient bien expliqué que s’ils étaient enchantés de vider notre compte en banque en même temps qu’ils remplissaient leurs poches, il nous faudrait cependant obtenir des autorités administratives locales un document officiel justifiant de notre lieu de résidence, fautes de quoi, nous ne pourrions obtenir les cartes grises et immatriculations des véhicules. Nous nous rendîmes donc à la « mairie d’arrondissement » (le « sangkat », disent les autochtones) pour nous faire délivrer le précieux document, en au moins deux exemplaires. Là, on nous informa qu’il nous fallait produire l’original de notre contrat de location, à nos noms, mentionnant clairement l’adresse du nid familial précité.
Nous revînmes donc le lendemain avec le document, mais uniquement pour nous entendre dire que si le document était bien celui dont l’autorité avait besoin, il n’avait pas fait l’objet d’un enregistrement préalable en bonne et due forme auprès desdites autorités. La procédure ? Faire venir le propriétaire armé de son titre foncier et de sa pièce d’identité, pour faire procéder audit enregistrement.
Je téléphonai à notre gentille propriétaire, en la rassurant sur les frais éventuels que je prendrais à ma charge, et elle me dit qu’elle m’accompagnerait au « sangkat » l’après-midi. Cependant, flairant anguille sous roche, j’appris en me renseignant auprès d’un « ancien » du Cambodge que si l’enregistrement du contrat de location était à ce point voulu par les autorités, c’est qu’il entraînait derechef le paiement de la taxe locative : 10% du montant du loyer…
Aïe ! 10% de notre loyer pourtant modéré représente une somme rondelette dont je ne suis pas vraiment prêt à me défaire au profit des autorités locales. Je décidai donc de rechercher une autre solution : nous nous rendîmes auprès du vendeur de bagnoles, lui exprimâmes sans ambiguïté notre ferme volonté de libérer de la place dans son parking, tout en lui expliquant cependant que l’opération ne serait possible que s’il pouvait nous aider à contourner la difficulté administrative susmentionnée. Il hésita au moins 3 secondes avant de se saisir de son téléphone portable dernier modèle pour appeler l’une de ses connaissances employée dans le service officiel ad hoc. L’après-midi même, compte bancaire vidé et formalités administratives accomplies, nous avions notre immatriculation provisoire et notre voiture ! Le coût ? Frais administratifs et récompense obligatoire compris : 150 billets verts !
Bien entendu, je répétai la procédure équivalente pour mon deux-roues pétaradant, et c’est sans difficulté que je réussis à faire apposer sur le postérieur de ma Honda click la plaque minéralogique ! (Coût total : 60 dollars – c’est un peu plus cher que la moyenne, me suis-je laissé dire…)
(Je me dis a posteriori que si nous avions acquis lesdits véhicules auprès d’un particulier, les difficultés auraient été d’un tout autre ordre.)
O tempora, o mores ! Rien de tout ceci n’aurait sans doute été possible en France (quoi que, j’aurais aussi une ou deux anecdotes croustillantes à raconter, si je voulais médire sur l’administration de la mère patrie), mais finalement, nous nous sommes épargnés, en dépensant des sommes que l’on ne peut qualifier d’astronomiques, bien des désagréments…

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Un commentaire pour Vie quotidienne : Motorisation

  1. FERRY Raphael dit :

    Merci pour cette contribution qui me rappelle mes aventures que j’ai posté sur notre blog :
    http://famille-ferry.fr/?p=3161

    Cordialement
    Raphael

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