Bibliographie : Rim Kin, Samapheavi

Si l’on excepte les experts et quelques lecteurs éclairés, de la littérature cambodgienne moderne, on connaît peu de choses. Il faut dire que cette littérature moderne s’est développée de façon assez récente, sous l’influence française. Le fondateur du roman cambodgien moderne est, d’après les experts, Rim Kin (រីមគីន, 1911-1959), qui écrivit son premier roman, intitulé Sophat (សូផាត) en 1938. Pour en savoir plus sur cet écrivain et son œuvre, je vous invite à lire les articles de Wikipedia qui lui sont consacrés, ici (article en anglais très succinct) et ici (article en khmer beaucoup plus complet).
N’étant moi-même ni expert, ni lecteur éclairé, je ne connaissais pas Rim Kin avant d’avoir emprunté à la médiathèque de l’Institut Français du Cambodge la version française du roman Samapheavi (នាងសមាភាវី, ou encore simplement សមាភាវី), publiée à Phnom Penh par les Éditions Angkor en 2005, présentée et annotée par Jacques Népote et par Khing Hoc Dy (ce dernier est l’un des plus grands spécialistes de la littérature cambodgienne).
La trame de ce roman est constituée de l’une de ces histoires que nous qualifierions volontiers de « à l’eau de rose », dans lesquelles les sages jeunes filles cambodgiennes sont en butte aux pires malheurs et aux plus grandes difficultés, notamment sur le plan sentimental. Parmi les quelques rares romans cambodgiens que j’ai eu l’occasion de lire, ce genre de thème est prédominant.
L’histoire de la jeune Samapheavi est dans ce sens exemplaire : orpheline d’un ancien mandarin (donc de bonne famille et de bonne éducation), elle a la malchance d’avoir une mère à qui le veuvage pèse au point de prendre un amant plus jeune qu’elle. L’amant, bien entendu, n’en veut qu’à l’argent de la mère, et tente de violer la jeune fille. Cette dernière est chassée de la demeure familiale, et, en chemin pour aller trouver refuge chez une vieille tante habitant Pursat, elle est enlevée par des « pirates ». Elle réussit à l’enfuir et à rejoindre sa tante. À Pursat, elle est remarquée par le jeune gouverneur de la province, qui la prend pour seconde épouse (fait qu’elle ignore), sur les conseils de la première épouse, malade. Samapheavi est ensuite répudiée par le gouverneur après la mort de son bébé (dont la faute incombe à la première épouse). Mais le gouverneur regrette bientôt la répudiation, sans pour autant parvenir à retrouver sa jeune épouse injustement traitée. Après quelques épisodes où le hasard fait excellemment les choses, le jeune gouverneur tue l’amant violeur, retrouve la mère de Samapheavi (la mère est entretemps est entrée dans un monastère), et enfin retrouve sa jeune épouse, avec laquelle il finit par couler des jours heureux. (Les romans cambodgiens ne se terminent pas toujours aussi bien !)
Du point de vue purement narratif, le roman ne présente pas un intérêt démesuré. L’histoire un peu rocambolesque aurait pu être largement développée, et on regrette sa brièveté. Mais cette œuvre est intéressante parce que c’est le premier roman cambodgien moderne connu. En le lisant, il m’a semblé détecter une forte influence du roman français du XIXème siècle.
Pour ce qui est de la version française, on peut regretter une certaine mièvrerie dans l’expression, et de nombreuses maladresses, voire des fautes. Mais il faut dire que la version publiée par les éditions d’Angkor n’est autre que la version en français réalisée par l’auteur lui-même.
PS : Une version cambodgienne, retrouvée à la Bibliothèque National du Caqmbodge par un chercheur , a été publiée en 2010. J’ai rédigé sur cette version un petit billet, voir ici.

rim kin_samapheavi

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3 commentaires pour Bibliographie : Rim Kin, Samapheavi

  1. Anonyme dit :

    It’s not a translation but it was written in French

    • Pascal dit :

      I’m not sure about that. A Khmer version was found at the National Library, which was published in 2010 in Phnom Penh. I wrote a short article about this Khmer version (https://khmerologie.wordpress.com/2014/06/02/bibliographie-samapheavi-en-khmer/). For sure, the French version was written by Rim Kin, so it is not a translation made by a translator. But I don’t know if Rim Kim first wrote his novel in Khmer, than translated it in Khmer, or vice-versa. I would speculate that Rim Kin wrote his Khmer version first, than produced a French. But it’s pure speculation… Anyway, you are write, « traduction » seems to mean that the novel was translated by a translator. For the sake of accuracy, I will change the wordings of the article, and replace « traduction française » with « version française ».
      Thank you very much for your comment!

  2. Ping : Bibliographie : Rim Kin, Sôphat | Khmerologie

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