Langue khmère : Sigles et abréviations en khmer

En khmer comme en français, on a souvent recours, à l’oral comme à l’écrit, à des sigles ou des abréviations qui permettent d’éviter d’avoir à utiliser des expressions longues et complexes dans leur intégralité, ou tout simplement d’aller plus vite.
Le souci, dans mon cas, est qu’il n’existe pas à ma connaissance de dictionnaire ni de lexique donnant à l’ignorant que je suis l’équivalence entre le sigle et l’appellation complète. En cette période électorale, par exemple, les articles des journaux khmers sont truffés du sigle គ.ជ.ប, et, à moins que vous ne connaissiez déjà le terme, le recours à une boule de cristal hyper-performante et khmérisante est indispensable pour deviner qu’il s’agit en fait du គណៈ កម្មាធិការ ជាតិ រៀបចំ ការបោះឆ្នោត, National Election Committee (sigle anglais : NEC), littéralement le « comité » (គណៈកម្មាធិការ) national (ជាតិ) de préparation (រៀបចំ) des élections (ការបោះឆ្នោត). Vous aurez sans doute remarqué que les trois lettres utilisées dans le sigle khmer, គ, ជ et ប, sont presque les premières lettres des mots qui composent l’expression, au détail près que la « préparation » a été escamotée dans le cible, et que l’on a choisi la première lettre de la racine du mot « élection » (បោះឆ្នោត) et non la première lettre du mot (ក) (je suppose que c’est parce que ការ n’est ici qu’un préfixe qui permet de transformer le verbe « élire » en substantif « élection », et ne participe donc pas à la sémantique proprement dite du mot).
Vous aurez remarqué aussi que chacune des lettres du sigle (sauf la dernière, ce n’est pas un oubli de ma part) est suivie d’un point, ce qui indique en général qu’il s’agit d’un sigle (nous avons aussi vu ce point employé pour séparer distinguer deux mots qui risqueraient sinon d’être mal identifiés). Concernant la présence du point après la dernière lettre du sigle, il semblerait que l’usage soit fluctuant : certains mettent un point, d’autres n’en mettent pas. J’observe que dans la plupart des textes contemporains, ce dernier point est omis.
Une fois que vous connaissez ces deux règles, vous savez presque tout ce qu’il y a à savoir sur la formation des sigles en khmer. Notez cependant que la règle qui consiste à utiliser la première lettre de chaque mot n’est pas toujours respectée. Par exemple, dans le sigle គ.ក្រ, qui correspond à គីឡូក្រាម (kilogramme), la deuxième partie se compose en fait des deux premières lettres du deuxième mot : ក្រ. Je suppose que le but est ici de faciliter la compréhension du sigle. Un autre exemple, le sigle du Parti du Peuple Cambodgien (គណបក្សប្រជាជនកម្ពុជា) tel que le donne la liste officielle dressée par le គ.ជ.ប justement, des huit partis en lice pour les élections législatives de juillet 2013 : ប្រ.ជ (voir ici). Mon analyse est qu’il s’agit là d’une « manœuvre de propagande », en ce que le sigle ប្រ.ជ se développe en fait en ប្រជាជន, qui signifie « peuple », ce qui permet au parti du Premier Ministre Hun Sen de mettre l’accent sur le « peuple », et non sur le parti politique.
Concernant les sigles, il existe encore un autre phénomène moins fréquent en français : la transcription en khmer de la prononciation du sigle d’un organisme. La description a l’air un peu compliquée, mais le fait ne l’est pas. Prenons malgré tout l’exemple du français : lorsque l’on parle du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France en le désignant par son sigle, on prononce « crif », et non « cé-ère-i-effe ». Les Cambodgiens ont adopté la même méthode pour parler de certains organismes. L’exemple classique est celui du Front Uni National pour un Cambodge Indépendant, Neutre, Pacifique et Coopératif : le nom khmer complet est រណសិរ្ស​រួបរួម​ជាតិ ដើម្បី​កម្ពុជា ឯករាជ្យ អព្យាក្រឹត សន្តិ និង​សហប្រតិបត្តិ (sigle : រ.រ.ជ.ក.ឯ.អ.ស.ស) plus connu en français sous le nom de FUNCIPEC… et en khmer sous le nom de ​ហ៊្វុនស៊ិនប៉ិច ; c’est d’ailleurs sous le nom de « parti FUNCINPEC » គណបក្ស​ហ៊្វុនស៊ិនប៉ិច que ce front se présente aux législatives (et je doute fort que nombreux soient les jeunes Cambodgiens qui connaissent la signification du sigle រ.រ.ជ.ក.ឯ.អ.ស.ស). Autre exemple : l’UNTAC (United Nations Transitional Authority in Cambodia, en français APRONUC : Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge) est appelée en khmer អ៊ុនតាក់, même si le sigle du nom khmer អាជ្ញាធរ អន្តរកាល សហ ប្រជាជាតិ នៅ កម្ពុជា existe : អ.ក.ប.ស.អ.
Pour ce qui est des abréviations, la pratique est assez semblable à la pratique française : par économie, on ne prononce qu’une partie du mot : on omet en générale la fin, comme dans le mot តេ, abréviation du mot តេឡេហ្វូន, qui n’est autre que la transcription phonétique du français « téléphone », mais qui signifie en khmer « téléphoner ». Notez cependant que ce n’est pas toujours la fin du mot qui est omise. Citons par exemple le mot ពុក, qui signifie « père », et qui est l’abréviation du mot ឳពុក.
Je note soigneusement tous les sigles et abréviations que je rencontre, et espère bien avoir un jour un corpus suffisamment volumineux pour proposer mon propre dictionnaire des sigles et abréviations khmers ! J’en suis très loin, puisque mon « dictionnaire » ne dispose à ce jour que de 29 entrées. Je vous invite à récupérer cet embryon de dictionnaire ici.

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