Les origines légendaires du dauphin de l’Irrawaddy (1)

Lors d’un séjour récent à Kratié, mon garnement et moi avons pu entrevoir quelques-uns des rares spécimens de dauphins de l’Irrawaddy (Orcaella brevirostris, en khmer ផ្សោត [p’saot]) qui vivent dans le Mékong à cet endroit. En préparation d’un billet consacré à cet animal emblématique, j’ai cherché des informations le concernant. C’est pendant le cours de ces recherches que j’ai trouvé deux contes khmers dans lesquels les origines de ce dauphin sont racontées. Voici le premier de ces contes.
Il était une fois un paysan qui avait attrapé un serpent femelle, qui avait le ventre gros. Rentré chez lui avec sa capture, le paysan étira l’animal et lui ouvrit le ventre. Du corps du reptile fut extrait un jeune serpent femelle. Sorti du ventre de sa mère, le jeune reptile, de peur, perdit connaissance. L’animal était en outre très faible.
Voyant cela, le paysan alla à la rivière puiser de l’eau qu’il versa sur le jeune animal dans l’espoir de lui faire reprendre connaissance, mais ce fut en vain, car l’animal était trop faible. En outre, le paysan ne parvint pas à nettoyer le sang qui souillait le corps du jeune serpent, aussi décida-t-il de plonger la bête dans une bassine d’eau chaude. Le jeune serpent reprit alors connaissance et se mit à pleurer en cherchant sa mère. Quand il ouvrit les yeux, le reptile fut pris d’une peur panique, car il se vit entouré d’une foule nombreuse. De plus, prenant conscience qu’il émettait une odeur forte du fait qu’il était couvert de sang, l’animal eut honte et se saisit d’un bol de métal appartenant au paysan pour s’en couvrit la tête, avant de se jeter dans le Mékong pour laver le sang qui lui couvrait le corps. Mais il eut beau frotter de toutes ses forces, le jeune reptile ne parvint pas à se débarrasser des taches dont il était souillé. En proie à une honte vive, il décida dès lors de ne plus jamais regagner la terre ferme et se transforma en dauphin. C’est le bol de métal dont le reptile s’était servi pour se cacher qui donna à la tête du dauphin sa forme ronde.
La mère serpent, ayant vu que sa fille s’était transformée en dauphin, fut prise d’une immense tristesse et se traîna jusqu’à la berge du fleuve pour y mourir. Une fois morte, la mère de la serpente se transforma en sterne(1), afin de pouvoir prendre veiller sur sa fille chérie. Et c’est la raison pour laquelle, là où se trouvent des dauphins, on voit toujours des sternes voler en cercles au-dessus de l’endroit, comme s’ils voulaient veiller sur les mammifères. Les paysans prétendent aussi que, dans une vie antérieure, le dauphin avait été un homme, aussi n’osent-ils pas manger la chair de cet animal.
Note : (1) Le mot utilisé en khmer pour désigner l’oiseau est រំពេរកូន [rompé kôn]. Le mot រំពេរ désigne de façon générique de nombreux oiseaux qui appartiennent à la famille des sternes. Je n’ai pas réussi à identifier de façon précise l’espèce appelée រំពេរកូន.
Ce conte khmer est inclus dans un texte consacré au dauphin de l’Irrawaddy, qui se trouve ici, sur le site de Cambodia Express News. Le nom de l’auteur du texte est cité en khmer : ម.ត្រាណេ. Je suppose qu’il s’agit de Michel Tranet, mais je n’ai pas retrouvé le texte original.
Ci-dessous, la photo d’une espèce présente au Cambodge, la sterne de rivière, Sterna aurantia, en khmer រំពេរទន្លេ. La photo vient du site du journal Kampuchea Thmey, ici.

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