Bibliographie : Bounchan Suksiri, An Apsara of Maha Nokor

Bounchan Suksiri (ប៊ុនចាន់ សុក្រសិរី) est une romancière khmère contemporaine, qui a publié plusieurs romans historiques. C’est une libraire de Phnom Penh, à laquelle je demandais des conseils de lecture, qui m’a chaudement recommandé l’une de ses œuvres : Botum Kesâ (បទុមកេសរ), intitulé en anglais An Apasara of Maha Nokor.
Voici un bref résumé du roman :
Le roman commence à l’époque contemporaine. Un jeune chirurgien cambodgien, amoureux de sculpture khmère, connaît une histoire d’amour difficile avec une danseuse du corps de ballet royal. Il est jaloux, croit qu’elle veut le tromper avec un autre homme, et finit par abuser d’elle. La jeune danseuse le quitte. Alors qu’il se trouve à Siemreap, le médecin est renversé par une voiture et tombe dans un coma profond.
Lorsqu’il se réveille, il est dans un village situé non loin de la ville d’Angkor Thom, à l’époque de Jayavarman VII (r. c. 1181-1218). Il est recueilli par une jeune fille et hébergé chez le sculpteur célèbre où elle loge. Alors qu’il est parti avec la jeune fille cueillir des plantes médicinales dans la montagne, il est surpris par un orage ; la jeune fille et lui se réfugient dans une grotte. Elle se donne à lui.
Le lendemain matin, il est stupéfait de voir un détachement de la garde royale chargé de ramener la jeune fille à Angkor Thom. En effet, elle n’est autre qu’une fille de Jayavarman VII. Croyant que la princesse s’est jouée de lui, il renonce à sa relation amoureuse avec elle.
Sous la direction du vieux sculpteur qui l’a accueilli, le jeune homme parfait sa maîtrise de la sculpture et de l’architecture khmères. Lors du concours décennal organisé pour recruter les sculpteurs et architectes travaillant pour le roi, il est remarqué pour son talent d’exception. Il est chargé par Jayavarman VII de dresser les plans et de conduire les travaux de construction du Neak Pean (ប្រាសាទនាគព័ន្ធ). En plus de son chantier au Neak Pean, le jeune homme est chargé par le roi de sculpter une statue d’apsara en prenant pour modèle la jeune princesse.
Cette dernière est toujours éperdument amoureuse de lui et de plus porte son enfant. Mais lorsque le royaume du Cambodge est en butte aux attaques de soldats du Đại Việt, le jeune sculpteur demande au roi de lui permettre de se joindre aux troupes qui vont mener une expédition contre l’agresseur. Pendant les combats, il est gravement blessé. Il regagne difficilement la capitale angkorienne ; il arrive juste à temps pour voir la jeune princesse, malade, mourir dans ses bras. Ils se font la promesse de se retrouver dans une vie future. Le jeune homme ne supporte pas cette perte et meurt à son tour.
Il se réveille alors sur un lit d’hôpital à Bangkok. C’est pendant son coma qui a duré huit mois qu’il a vécu ces aventures à l’époque angkorienne. Sa fiancée, enceinte de ses œuvres, est à son chevet. Les deux jeunes gens se marient. Alors qu’ils sont en visite à Angkor, le jeune chirurgien retrouve la statue qu’il avait sculptée à l’époque de Jayavarman VII et la montre à sa jeune épouse. Pendant son coma, il n’a fait en réalité que se remémorer une vie antérieure. Il confie son rêve à son épouse, qui lui révèle que, depuis qu’elle est enfant, elle a des rêves étranges qui lui font revivre une vie antérieure, pendant laquelle elle avait connu une histoire d’amour avec une jeune sculpteur de talent…
Les amants ont donc été réunis par le destin quelque huit siècles plus tard.
Le roman de Bounchan Suksiri est passionnant. La romancière a manifestement fait des recherches sérieuses sur l’histoire de la période de Jayavarman VII ; les évènements, les lieux, les personnages qu’elle cite sont connus dans l’histoire du Cambodge. La romancière a également un talent de conteur affûté : le récit de la visite du marché d’Angkor Thom à la fin du XIIº siècle s’appuie en grande partie sur l’étude des bas-reliefs du Bayon ; le compte-rendu de la procession royale de Jayavarman VII est visiblement inspiré de la description que l’on trouve dans les Mémoires sur les coutumes du Cambodge de Zhou Daguan ; quant aux descriptions des scènes de combats entre Cambodgiens et Vietnamiens, ils me semblent directement inspirés des romans et films d’arts martiaux chinois, qui ont connu au Cambodge un succès phénoménal.
Les curieux pourront trouver quelques informations sur la romancière sur son site web consacré à la littérature cambodgienne : Khmer Story Lovers (voir ici).
An Apsara of Maha Nokor a été publié en 2012 à Phnom Penh (ISBN : 9789996366901). On le trouve facilement dans les librairies de Phnom Penh.
(Je suis en train de lire un autre roman de Bounchan Suksiri, Maharaja Kuroung Vnoum, qui se situe lui à la fin de l’époque du Founan. Je ne manquerai pas d’en rendre compte le moment venu.)

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