Vocabulaire : Jasmin de nuit cambodgien : la défiance est de mise !

Le jasmin de nuit, ou cestreau nocturne (Cestrum nocturnum) est « une solanacée du genre Cestrum, originaire des Antilles et d’Amérique centrale. Cette plante arbustive est abondamment cultivée dans les régions subtropicales pour le parfum très intense de ses fleurs, qui ne s’ouvrent que durant la nuit », nous apprend ici Wikipedia.
En Chine, le jasmin de nuit est appelé 夜香树 [yèxiāngshù] (arbre parfumé la nuit) ou encore 洋素馨 [yángsùxīn] (jasmin à grandes fleurs d’Occident). On le connaît encore sous le nom de 夜来香 [yèláixiāng] (parfum qui vient la nuit), quoi que ce nom soit ambigu, car il peut aussi désigner une autre fleur, Telosma cordata. Le « parfum qui vient la nuit » est notamment le titre d’une chanson très connue chantée en 1978 par l’icône de la musique populaire taiwanaise, Teresa Teng (邓丽君 [dèng lìjūn]) ; la fleur de la chanson désignant par métaphore une « belle de nuit ».
Le jasmin de nuit est également connu au Cambodge, où il est désigné sous le joli nom de nakry (ណាគ្រី [na-kri]). Le jasmin de nuit est aussi cultivé au Cambodge pour son parfum puissant. (Notons que l’on connaît aussi au Cambodge une fleur appelée « lay-heang » (ឡៃហៀង [lăi-héang]), nom qui me semble la transcription phonétique des deux dernières syllabes du nom de la fleur chantée par Teresa Teng. )
C’est sans doute la grande beauté de cette fleur qui a poussé les Cambodgiens à utiliser son appellation en guise de prénom féminin. Le prénom Nakry n’est pas rare en terre khmère. Il est utilisé par exemple dans le titre d’un roman très populaire de Madame Suy Heang (ស៊ុយ ហៀង) publié en 1952 et intitulé Le Destin de Mademoiselle Nakry (រឿងវាសនានៃនាងណាគ្រី) (un article du Khmer Times daté du 5 décembre 2017 présente ce roman, voir ici ; Jean-Michel Filippi, sur son blog Kampot Museum, parle aussi de ce roman dans un billet de mai 2012 intitulé « Paysage littéraire ou littérature du paysage : Une vision de la nature dans l’espace littéraire khmer », voir ici).
En consultant le dictionnaire khmer-anglais de Robert K. Headley à l’entrée ណាគ្រី, j’apprends enfin que le mot en question signifie également « prostituée ». Interrogée, la jeune étudiante cambodgienne qui m’aide dans mes lectures khmères confirme cette acception, en m’expliquant que les femmes vénales, tout comme le jasmin nocturne, ne laissent exhaler leur parfum que lorsque le soleil a cessé de darder ses rayons…
Ci-dessous, la page de couverture du roman de Suy Heang :

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