Dans la pièce de théâtre Salaud de patron (ថៅកែចិត្តចោរ) de Pov Yu Leng et Um Chhoeun, je rencontre une expression que l’on peut sans trop hésiter qualifier d’hermétique si l’on n’est pas initié. Jugez plutôt :
យកជ័រព្នៅមកត្បៀតក្លៀក [yok choa pnov tbeat kleat] : littéralement, « se mettre de la colle d’oranger de Malabar sous l’aisselle »
ជ័រ colle
ព្នៅ oranger de Malabar, Aegle marmelos
ត្បៀត mettre sous l’aisselle
ក្លៀក aisselle
Pour comprendre cette expression, il faut savoir que si le fruit de l’oranger de Malabar peut être consommé frais, mais aussi, coupé en deux, il peut servir de pot de colle ; en outre, « au séchage, [les fruits] possèdent un pouvoir adhésif puissant, d’où leur emploi éventuel comme ciment par les joaillers », explique Pauline Dy Phon dans son Dictionnaire des plantes utilisées au Cambodge (cf. p. 11). Il semble donc bien peu judicieux de vouloir se garnir l’aisselle de colle d’oranger de Malabar !
C’est la raison pour laquelle cette expression idiomatique est utilisée pour décrire une situation délicate dans laquelle on s’est soi-même « englué ».
Une petite remarque gastronomique concernant l’expression « colle d’orange de Malabar » (ជ័រព្នៅ [choa pnov]) : c’est également cette expression qui est utilisée pour désigner les œufs mollets : ពងជ័រព្នៅ [pong choa pnov]. Sans doute la consistance de l’œuf mollet n’est-elle pas sans rappeler celle de la colle en question…
Ci-dessous, une orange de Malabar ouverte. La photo vient du site Chanbokeo, ici :
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