Conte : Le Phnom Neang Kangrei

Le Phnom Neang Kangrei (ភ្នំនាងកង្រី) est une colline de la province de Kâmpong Chhnang, au sujet de laquelle on raconte une histoire célèbre, qui a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 1968. Concernant ce film, connu sous le titre de Puthisean Neang Kong Rey (ពុទ្ធិសែន នាងកង្រី) ou encore The Twelve Sisters, je vous invite à lire ici le billet succinct que lui consacre en anglais Wikipedia. L’histoire a également fait l’objet d’adaptations en Thaïlande et au Laos. Un article assez complet, en anglais, se trouve sur le site WikiVisually, ici.
Je vous propose de découvrir ci-dessous l’histoire telle qu’elle est racontée dans le volume 5, pages 161 à 164, du recueil de contes publié par l’Institut Bouddhique (la version en khmer est disponible en ligne sur le site de l’Institut, ainsi que sur Wikipedia, ici.)
Dans la commune de Pongro, du district de Rolea B’ier, dans la province de Kâmpong Chhnang, on peut voir une colline plus haute que les collines environnantes qui, vue dans le lointain, ressemble à la silhouette d’une femme allongée. Sur cette colline poussent, comme sur les autres, toutes sortes de végétaux, grands et petits ; mais à la différence des autres monts, sur le flanc de cette colline pousse en abondance de l’herbe à paddy (ម្អម [m’âm], Limnophila aromatica). Les paysans qui vivent dans le voisinage de la colline ne consomment pas cette herbe aromatique, car les vieux racontent que cette butte n’est autre que le corps de l’ogresse Neang Kangrei, épouse du roi Puthisaen, et que les brins d’herbe à paddy que l’on trouve ici sont en réalité les poils pubiens de l’ogresse. On trouve encore au pied de la colline un grand mortier et un grand pilon de pierre, dont on ne sait qui les a façonnés. La tradition veut que ceux qui veulent escalader le monticule doivent d’abord frapper le mortier de pierre du pilon, afin de se prémunir contre les maladies. (Cette croyance des villageois est très ancienne.)
L’histoire que l’on raconte au sujet de Neang Kangrei est la suivante :
Il y a bien longtemps vivait en un pays un homme riche qui n’avait pas d’enfant. Il emmena son épouse prier au pied d’un banian pour obtenir une progéniture. La prière réussit tant et si bien que l’épouse donna naissance à douze filles. Mais avec ses douze enfants, l’homme riche s’appauvrit au point de ne plus pouvoir se nourrir, et finit par placer ses douze enfants dans une charrette pour les conduire dans la forêt profonde et les y abandonner.
Après avoir été abandonnées par leur père, les douze filles marchèrent dans la forêt et parvinrent au pays d’une ogresse nommée Santhamea. Cette dernière avait une fille, Neang Kangrei. Lorsque Santhamea vit les filles, elle se transforma en femme et les mena en son palais pour servir sa fille Neang Kangrei.
Lorsque les douze filles apprirent que le pays dans lequel elles se trouvaient était celui de l’ogresse Santhamea, elles prirent la fuite. Santhamea partit à leur recherche ; lorsqu’elle les retrouva, elles étaient devenues les concubines de Rathasith, souverain du royaume des hommes. Santhamea se transforma alors en jeune fille, et devint elle aussi concubine de Rathasith. L’ogresse feignit alors d’être gravement malade et réussit à convaincre les médecins de la cour de déclarer au roi qu’il fallait, pour préparer le remède qui la guérirait, arracher les yeux des douze concubines. Elle fit alors conduire les concubines, qui étaient enceintes, dans une caverne. Elle les priva de nourriture et fit placer les yeux des douze jeunes femmes dans une cachette de son palais au pays des ogres, sous la garde de sa fille Neang Kangrei.
Parmi ces douze jeunes filles, seules les onze aînées s’étaient vu arracher les deux yeux ; la benjamine, quant à elle, conserva un œil. En effet, dans une vie antérieure, elle n’avait arraché qu’un œil à un poisson. Un bodhisattva vint se réincarner dans les entrailles de la benjamine, enceinte comme ses sœurs. Lorsque les aînées accouchèrent, elles déchirèrent la chair de leurs nouveau-nés pour s’en nourrir. La benjamine, lorsqu’elle accoucha, appela son enfant Puthisaen, et le cacha hors de portée de ses tantes.
Plus tard, lorsque Puthisaen atteignit l’âge de l’adolescence, Santhamea apprit qu’il était l’enfant de l’une des douze sœurs. Elle l’envoya en mission à cheval pour porter une missive à sa fille Kangrei. Cette lettre disait : « Si de nuit, il arrive, dévore-le de nuit ; si de jour, il arrive, dévore-le de jour ». Mais la chance était avec le jeune homme. Arrivé au milieu de la forêt, il fit une halte, et un vénérable ermite, le voyant profondément endormi, prit la missive qui était accrochée au cou du cheval et la déchira. Il en en rédigea une autre qui disait : « Si de nuit, il arrive, épouse-le de nuit ; si de jour, il arrive, épouse-le de jour ». Lorsque Puthisaen arriva dans le pays de l’ogresse, Neang Pangrei épousa le jeune homme dès qu’elle eut pris connaissance de la lettre.
Puthisaen régnait depuis peu sur le pays des ogres lorsque Neang Kangrei l’informa de la façon dont sa mère avait perdu un œil, et lui révéla ce qu’il y avait à savoir sur le remède capable de rendre la vue. Elle lui parla aussi d’une potion magique qui, lorsqu’on le jetait, permettait de dresser une montagne ou de creuser une mer. La nuit même, Puthisaen abandonna Neang Kangrei et s’enfuit. Lorsque celle-ci se rendit compte de son absence, elle tenta de le rejoindre. Puthisean jeta alors la potion magique derrière lui pour créer une mer et interdire ainsi le passage à l’ogresse. Cette dernière se mit à pleurer de douleur et finit pas mourir de chagrin au milieu de la forêt. Quant à Puthisaen, il regagna son royaume sain et sauf, guérit les yeux de sa mère et de toutes ses tantes, et fit mourir Santhamea. Il monta sur le trône, et vécut heureux jusqu’à sa mort.
La photo du Phnom Neang Kangrei à Kâmpong Chhnang ci-dessous a été prise le 22 février 2018.

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