Chanson : Seule avec un enfant

Les Khmers comparent parfois les jeunes filles (ក្រមុំ [krå-mum]) à des fleurs en boutons, qui, lorsqu’elles écloront, seront sans doute très belles et très parfumées. Par comparaison, les veuves ou divorcées (មេម៉ាយ [mé-may]) sont comparées à des fleurs épanouies, dont la magnificence est déjà visible et qui dégagent un parfum enivrant.
Une petite remarque sur le mot មេម៉ាយ : on est gêné, si l’on n’a pas de contexte, lorsqu’il s’agit de traduire ce mot en français, car il désigne une femme qui avait un mari et qui ne l’a plus, soit que ce dernier est décédé, soit qu’il l’a quittée. Si l’on veut préciser, il faut user en khmer de périphrases : une veuve est désignée sous l’expression de « femme seule dont le mari est mort » (មេម៉ាយស្លាប់ប្ដី [mé-may slap bdei]), tandis que la divorcée est une « femme seule que son mari a quittée » (មេម៉ាយប្ដីលែង [mé-may bdei leng]). Dans la culture khmère, il est acceptable d’épouser une veuve, tandis que, même si cela est profondément injuste, une femme qui a été quittée par son mari est hautement suspecte. On se souvient par exemple de la recommandation que le père avait faite à son fils pour ce qui du choix d’une épouse dans le conte Les femmes et le paon d’or : « N’épouse pas une femme abandonnée par son mari ni une vieille fille, épouse seulement une fille chaste et vertueuse, ou une veuve. » (Voir ce conte ici.) L’équivalent masculin de មេម៉ាយ est ពោះម៉ាយ [pôh-may].
Un dicton khmer fait l’éloge de la femme seule avec un enfant, qu’il compare à une vierge, mais assène un jugement définitif à la femme qui se retrouve seule avec trois enfants, puisqu’il la compare à une vieille fille : មេម៉ាយកូនមួយ ដូចព្រហ្មចារី មេម៉ាយកូនបី ដូចស្រីសៅកែ [mé-may kon mouy doch prum-charei mé-may kon bei doch srei sav-kae]. (Cf. Alain Fressanges, Dictons khmers, p. 117.)
Une chanson très populaire vient illustrer la haute idée que se font les Khmers de la femme seule avec un enfant : មេម៉ាយកូនមួយ [mé-may kon mouy] (Femme seule avec un enfant), dont je connais la version interprétée en duo par Monsieur Chhouy Sopheap (ឈួយ សុភាព) et Mademoiselle Aok Somarima (ឪក សុម៉ារីម៉ា).
Dans cette chanson, un homme courtise une mère célibataire. Il est séduit car, dit-il, une mère célibataire a un parfum plus enivrant que celui d’une noix de coco grillée (មេម៉ាយកូនមួឈ្ងុយជាងដូងដុត [mé-may kon mouy chhnguy cheang dong dot]) ; mais il s’inquiète un peu. La femme courtisée le rassure : une mère célibataire saura être pleine d’attentions pour lui. Mais qu’en est-il de l’enfant ? Acceptera-t-il la présence d’un homme aux côtés de sa mère ? Là non plus, aucune inquiétude à avoir : la mère lui dira qu’elle a trouvé un nouveau père pour lui, et lui demandera d’appeler le nouveau venu « Papa ».
Remarquons encore que le texte de la chanson cite un autre proverbe, qui vient expliquer qu’une femme, veuve ou divorcée, reste une femme à part entière : កកក៏បាយ មេម៉ាយក៏ស្រី [kåk kå bay, mé-may kå srei] : Même froid, le riz reste du riz ; même veuve (ou abandonnée), une femme reste une femme. (Nous avions déjà parlé de ce proverbe ici, sous la forme បាយកកក៏បាយ មេម៉ាយក៏ស្រី [bay kåk kå bay, mé-may kå srei].)
Ci-dessous, le clip de la chanson :

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