Aphrodite khmère sortant du bain

Zhou Daguan rapporte que les Cambodgiennes du XIIIe siècle avaient l’habitude de se baigner nues dans la rivière, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui : les Cambodgiennes, notamment à la campagne, se baignent volontiers dans une rivière ou un étang, mais elles se gardent bien de se dévêtir. Cela n’empêche en rien de nombreux hommes cambodgiens de rechercher avidement le spectacle des nymphes khmères sortant du bain.
Roland Meyer, dans le premier volume de son roman Saramani, narre ainsi une scène dans lequel Komlah, l’époux de la danseuse royale, assiste au spectacle de l’une des cousines de Saramani sortant d’un bain dans une rivière :

Alors, au sommet des gradins creusés à même l’argile de la falaise, deux sveltes sil­houettes de filles parurent, l’une portant sur sa tête une amphore en terre de Kompong Chnnang, l’autre appuyant à sa hanche une corbeille à mailles étroites servant à laver le poisson.
L’aînée, Sa Boun, forte fille des thiamkar, au teint bronzé, aux grands yeux de gazelle, au front droit encadré de sourcils admirables et de cheveux coupés courts, laissait deviner sous un sampot de cotonnade souple et sous une tunique de soie violette, des formes de cariatide et une poitrine de kénoreï. Co Houn, sa cadette, moins âgée de deux ans, offrait des lignes moins accusées et des manières plus discrètes.
Telles étaient Sa Boun et Co Houn, les petites-filles de Yéay Kem, les cousines de Saramani.

Amusées par cette aventure, les deux filles découvraient en riant leurs dents laquées de noir et leurs lèvres rougies par l’usage de la chique d’arec, de bétel et de chaux. Komlah, accoutumé à ce trait de leur physionomie, sui­vait des yeux Sa Boun qui s’ébattait dans les flots, pour aller puiser loin du bord une eau plus courante et moins souillée ; elle avait soin de plonger sa cruche brusquement à l’envers et de la redresser une fois immergée au fond, pour éviter de recueillir les mousses verdâtres de la surface, descendues des pêcheries d’amont.
Or, quand elle se retourna pour gagner la rive, sa tunique retroussée, son langouti mouillé collé à ses cuisses, rondes, sa chemise échancrée plaquée sur sa poitrine par le vent de marée qui enjambait en sifflant les thiamkar de l’autre rive et faisait clapoter le fleuve assombri, Komlah sentit, à la vue de cette fière silhouette, renaître en lui cette flamme mal éteinte d’une lubricité excessive qui caractérise les peuples d’Occident.
Quand il se ressaisit, les deux paysannes avaient disparu au sommet du kompong. Komlah, honteux de pareils sentiments dans ce milieu de profonde honnêteté, s’assit pour s’essuyer sur la pointe  effilée de la pirogue de l’oncle Pol, amarrée à un pieu fiché en terre.

La statue d’une Aphrodite du type Vénus Génitrix, copie romaine d’une statue de Callimaque (sculpteur grec de la fin du Ve siècle avant notre ère) donne sans doute un aperçu du spectacle que Komlah eut à voir (la photo vient de Wikipedia) :

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