Bibliographie : So Phina, Bophana

So Phina (សូ ភីណា) est, avec Huot Socheata (ហួត សុជាតា), l’une des fondatrices des éditions Kampu Mera, qui ont publié, entre autres, la traduction en khmer d’un recueil de nouvelles de Maupassant (dont nous avons récemment parlé, ici). (Ces éditions viennent également de publier une traduction de L’Étranger, d’Albert Camus, dont nous parlerons bientôt.)
So Phina, très active sur la scène littéraire cambodgienne, est aussi novelliste et romancière. Elle a composé plusieurs nouvelles pour les différents recueils publiés également par Kampu Mera, dont nous avons déjà parlé sur ce blog.
Dans Bophana – La fleur qui ne flétrit pas (បុប្ផាណា ផ្កាមិនរុះរោយ), elle raconte de façon romancée la vie de cette jeune femme, internée pendant plus de six mois au sinistre centre d’interrogation et de torture de Tuol Sleng, à Phnom Penh. L’histoire de Bophana est bien connue, elle a notamment été racontée par Elizabeth Beker (voir ici) et le cinéaste Rithy Panh a réalisé un documentaire intitulé Bophana, une tragédie cambodgienne, largement diffusé.
Dans son roman, car il s’agit bien d’un roman, So Phina donne la parole à la jeune femme (la quasi-totalité du roman est raconté à la première personne).
C’est sur les sentiments éprouvés par la jeune femme que se concentre la romancière, sur son romantisme, sur l’amour infaillible qu’elle éprouve pour son mari « grand frère Daet » (បងដែត), sur son courage dans l’adversité, sur son refus de céder devant ses tortionnaires. So Phina dit de Bophana qu’elle est le modèle du courage de la femme khmère.
Le roman n’a pas d’intrigue au sens propre. Il commence par l’exécution de Bophana à Cheung Aek ; puis la romancière remonte le temps pour raconter de façon chronologique ce qu’elle a pu reconstituer de la vie de la jeune femme à partir de son imposant dossier dans les archives de Tuol Sleng. So Phina précise aussi dans son introduction qu’elle a extrapolé les épisodes pour lesquelles elle ne disposait pas d’informations.
Le style de So Phina est plutôt fluide. Sa narration reste dans la tradition des romans sentimentaux cambodgiens.
La qualité de l’édition est, comme c’est l’habitude chez Kampu Mera, irréprochable.
Bophana a été publié par les éditions Kambu Mera à Phnom Penh en 2019 (ISBN : 9789924920724). Le livre est disponible dans plusieurs points de vente de la capitale. Pour l’instant, seule la version originale en khmer est disponible.

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Cambodge : Le lilas des Indes, une plante aux multiples bienfaits

(NB : J’ai publié la version initiale de cet article sur Tela Botanica le 17 juillet, 2020, voir ici.)
Au Cambodge, le lilas des Indes (Lagerstroemia speciosa), appelé en khmer « en-te-nél »(ឥន្ទនេល) (pour la variété à tronc rugueux) ou « trâ-baèk prèi » (ត្របែកព្រៃ) (pour la variété à tronc lisse), est souvent cultivé comme plante ornementale. Il faut dire que ses jolies fleurs aux teintes qui vont du blanc au pourpre, délicates, aux pétales d’aspect fragile, constituent un spectacle fort agréable lorsque les arbres de l’espèce, qui peuvent atteindre au Cambodge une hauteur d’une quinzaine de mètres, se couvrent de fleurs.
L. speciosa est natif d’Inde et d’Asie du Sud-Est. Il est largement répandu, depuis le sud de la Chine jusqu’en Australie, en passant par l’Asie du Sud-Est péninsulaire, les Philippines et le Japon. La lilas des Indes est aussi connu sous le nom de « reine des fleurs » et, en anglais, sous celui de « queen’s flower ». On parle en chinois de « lilas à grandes fleurs » (大花紫薇 [dàhuā zǐwēi]) ou de « lilas à grandes feuilles » (大叶紫薇 [dàyè zǐwēi]).
Les inflorescences forment des panicules longues de 20 à 40 centimètres. Chaque fleur individuelle est composée de six pétales et elle est pourvue en son centre d’un grand nombre d’étamines. Les fleurs de cette espèce s’épanouissent une fois par an.

Fleurs et feuilles de lilas des Indes dans la rue 154, près de la rue 15, à Phnom Penh

Aux Philippines, à Taiwan et au Japon, les feuilles sont utilisées pour fabriquer des préparations théiformes. Cette plante fait partie des 69 végétaux qui font l’objet d’une promotion par le Département de la Santé des Philippines. Au Vietnam, les jeunes feuilles seraient consommées comme des légumes.

Tronc du lilas des Indes (crédit photo : J.M.Garg / CC BY-SA) (La photo vient de l’article en anglais que Wikipedia consacre à cette espèce.)

Au Cambodge, on dit que les infusions de l’écorce seraient efficaces contre les diarrhées, tandis que les fleurs et les fruits mûrs contiendraient un produit similaire à l’insuline, qui serait prometteur dans le traitement du diabète.

Fleurs et feuilles dans l’ouest du Bengale, Inde (crédit photo : J.M.Garg / CC BY-SA)

En médecine chinoise traditionnelle sont utilisées la racine et les feuilles. Les racines, recueillies de préférence en automne et en hiver, sont soigneusement rincées, débitées en rondelles et mises à sécher, tandis que les feuilles, récupérées à l’été et à l’automne, sont simplement mises à sécher. Les graines ont des propriétés narcotiques. Pour les praticiens de médecine chinoise, cette plante aide à traiter le diabète, mais elle aurait aussi des vertus cicatrisantes et de détoxification.

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Faune : Poissons du genre Osteochilus au Cambodge

Le Cambodge abrite dans ses eaux douces une faune d’une diversité peu ordinaire. Le poisson occupe dans la diète cambodgienne une place tout à fait privilégiée, et les espèces consommées sont extrêmement nombreuses. Je vous propose de faire connaissance ici avec quelques espèces du genre Osteochilus présentes dans le pays. Les poissons de ce genre sont souvent consommés frais ou séchés et salés, beaucoup sont utilisées pour fabriquer du prahok, et au moins l’une de ces espèces sert à confectionner le « fumet de poisson » (ទឹកត្រី [tuek trei]), l’équivalent cambodgien du nuoc mam vietnamien.
Pour le présent billet, je me suis appuyé sur un article en khmer publié ici, sur le site du Ministère de l’Information, et sur un ouvrage absolument indispensable pour quiconque s’intéresse à la faune aquatique du royaume : Fishes of the Cambodian Mekong, publié par la FAO, qui peut être téléchargé ici. J’ai également consulté la base de données en ligne Fishbase (accessible ici).
(Note : Toutes les illustrations données ici proviennent soit de la base de données Fishbase, soit de Wikipedia.)
ត្រីឆង្វូត [trei chhang-vot] ; Osteochilus enneaporos ; (noms français et anglais inconnus) ; (zh) 九孔纹唇鱼 [jiǔkǒng wénchúnyú]
Ce poisson peut mesurer jusqu’à 23 cm de long. Il était auparavant connu pour peupler une région s’étendant du sud de la Thaïlande à l’Indonésie, il a cependant aussi été observé dans le nord du Cambodge. Il se nourrit de périphyton (organismes qui vivent sur les tiges et les feuilles des plantes aquatiques), de phytoplancton et d’algues. Il migre probablement dans les forêts inondées pendant la saison des pluies. Au Cambodge, il est, comme les autres espèces du genre Osteochilus, capturé à l’aide de sennes, de filets maillants, d’éperviers ou de pièges qui bloquent le passage vers la rivière.

ត្រីក្រុសមេម៉ាយ [trei kroh me-maï] ; Osteochilus hasseli (syn. Osteochilus vittatus) ; (nom français inconnu) ; (an.) bonylip barb, hard-lipped barb, silver sharkminnow ; (zh.) 纵带纹唇鱼 [zòngdào wénchúnyú]
Il s’agit d’une espèce commune que l’on rencontre de la Thaïlande à l’Indonésie dans les rivières, ruisseaux, canaux et marécages. Ce poisson aime s’abriter pendant la saison des pluies dans les zones inondées. Les jeunes sont souvent aperçus à partir du mois d’août, puis ils regagnent progressivement les zones où l’eau est présente en permanence lorsque les régions inondées commencent à s’assécher. Cette espèce se nourrit aussi de périphyton, de phytoplancton et d’algues. Le poisson est vendu frais ou utilisé pour fabriquer du prahok.

ត្រីក្រុស [trei kroh] ; Osteochilus lini ; (nom français inconnu) ; (an.) dusky face carp ; (zh.) 林氏纹唇鱼 [línshì wénchúnyú]
Cette espèce se rencontre dans les cours d’eau assez grands des bassins de la Chao Praya en Thaïlande, ou du Mékong. Lors de la saison des pluies, on trouve ce poisson dans les champs inondés ; en octobre, il regagne les cours d’eau. Il peut mesurer jusqu’à 15 cm. Il est herbivore, et se nourrit de périphyton, de phytoplancton, d’algues et occasionnellement de déchets. Il est habituellement utilisé pour fabriquer du prahok.

ត្រីគ្រុំ [trei krum] ; Osteochilus melanopleurus ; (noms français et anglais inconnus) ; (zh.) 纹唇鱼 [wénchúnyú]
Cette espèce peut mesurer jusqu’à 40 cm. Il s’agit d’une espèce que l’on trouve communément dans les cours d’eau assez importants de la Thaïlande à l’Indonésie. Lors de la saison des pluies, ce poisson migre vers les zones inondées. Il se nourrit principalement de périphyton et de plantes feuillues. Il regagne les rivières en octobre. Les individus les plus gros sont vendus frais ou séchés et salés, les plus petits servent à fabriquer du prahok.

ត្រីក្រុសឆ្នូត [trei kroh chhnot] ; Osteochilus microcephalus ; (noms français et anglais inconnus) ; (zh.) 三孔纹唇鱼 [sānkǒng wénchúnyú], 小头纹唇鱼 [xiǎotóu wénchúnyú]
Cette espèce peut mesurer jusqu’à 24 cm. Son habitat et ses habitudes alimentaires sont les mêmes que ceux de l’espèce O. melanopleurus. Ce poisson retourne plus tard dans les rivières, en décembre. Il est utilisé essentiellement pour produire du « fumet de poisson » et du prahok.

ត្រីលលកស [trei lolok sâ] ; Osteochilus schlegelii ; (nom français inconnu) ; (an.) giant sharkminnow ; (zh.) 施氏纹唇鱼 [shīshì wénchúnyú]
Ce poisson peut mesurer jusqu’à 40 cm ; les spécimens rencontrés dans le Mékong sont moins grands. Il aime les cours d’eau assez grands. Il est présent de la Thaïlande à l’Indonésie. Son habitat et ses habitudes alimentaires sont similaires à ceux des deux espèces précédentes. Son importance commerciale est mineure. Il sert principalement à fabriquer du prahok.

ត្រីក្រុសក្រហម [trei kroh krâhâm] ; Osteochilus waandersii ; (nom français inconnu) ; Waanders’s hard-lipped barb ; 瓦氏纹唇鱼 [wǎshì wénchúnyú]
Ce poisson, qui peut mesurer jusqu’à 20 cm, se trouve dans les petits cours d’eau du cours supérieur du Mékong à l’Indonésie. Ses habitudes alimentaires sont similaires à celles de O. melanopleurus.

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Lien utile : Flora Malesiana

Le Cambodge et la Malaisie partagent de nombreuses espèces végétales, si bien que le site Flora Malesiana permettra souvent de trouver des informations intéressantes concernant des végétaux présents au Cambodge. Sur cette page-ci, on pourra faire une recherche à partir des noms binomiaux ; à partir de celle-là, on pourra accéder à de nombreuses ressources concernant les végétaux classés par famille.
Tout est en anglais.
(Liens visités le 22 juillet 2020.)

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Un légume populaire au Cambodge : la feuille de Cratoxylum formosum

La grande diversité des légumes cambodgiens surprend souvent : tubercules, fruits mûrs ou verts, pousses, fleurs, tiges, feuilles… Les Khmers sont de grands consommateurs de végétaux. Les légumes sont souvent appréciés crus, en accompagnement de condiments aux saveurs puissantes, ou pour apporter une nuance aromatique et de la texture à des plats liquides ou semi-liquides. Ces légumes crus sont réunis sous le nom générique d’anluk (អន្លក់). Ci-dessous, un assortiment d’anluks, à l’état encore brut, destinés à accompagner une « soupe khmère » (សម្លខ្មែរ [sâmlâ khmaer], préparation s’apparentant à un curry liquide vert), dégustée avec des nouilles de riz fraîches :

« Anluk » bruts (photo : Pascal Médeville)

Les feuilles occupent une place privilégiée parmi ces légumes. Là aussi, les espèces consommables sont diverses et variées. Les feuilles sont surtout recherchées pour leur saveur et pour leur texture. Parmi ces feuilles, celles de l’espèce Cratoxylum formosum sont particulièrement appréciées.
C. formosum est présent sur une aire assez étendue, qui s’étend de l’île de Hainan, dans le sud de la Chine, jusqu’à l’archipel indonésien, en passant par le Vietnam, le Laos, la Thaïlande, le Cambodge, les Philippines et la Malaisie.
Au Cambodge, deux espèces du genre Cratoxylum sont présentes : C. formosum et C. cochinchinensis. C’est la première de ces deux espèces qui est la plus courante et la plus consommée. Le genre porte au Cambodge le nom générique de « l’nghieng » (ល្ងៀង), ou « ro-nghieng » (រងៀង). On distingue deux sous-espèces : C. formosum subsp. formosum et C. formosum subsp. pruniflorum.
Les utilisations de cet arbre (dont la hauteur peut atteindre une quinzaine de mètres) sont multiples : l’écorce sert à produire un colorant brun. Le bois, dur et souple, est recherché et peut être utilisé en ébénisterie. Il sert aussi, notamment au Laos, à produire du charbon de bois. L’espèce a aussi des usages médicinaux : la résine peut servir à traiter les démangeaisons, un mélange pilé d’écorces, de feuilles et de lait de coco sert à traiter d’autres problèmes de peau. Les jeunes feuilles peuvent aussi être infusées pour obtenir une boisson théiforme.
Cette espèce a aussi une valeur ornementale : l’arbre produit, entre mars et mai, de très élégantes et très délicates fleurs qui, au Cambodge, sont d’une couleur blanche subtilement teintée de rose.

(La photo ci-dessus vient d’une page du Ministère cambodgien de l’Information ; d’autres photos de l’espèce se trouvent aussi sur cette page.)

C’est essentiellement la feuille de la sous-espèce formosum qui est consommée en guise de légume, car celles de la sous-espèce pruniflorum, âcres, sont peu appréciées. Les feuilles présentent une couleur rougeâtre lorsqu’elles sont jeunes, verte lorsqu’elles sont à maturité. Elles ont une saveur acidulée et sont légèrement astringentes.

Feuilles prêtes à consommer (photo : Pascal Médeville)

PS : En juillet 2012, j’avais publié sur Sinogastronomie un article intitulé « herbes à nouilles » dans lequel je consacrais un paragraphe à cette espèce. Je disais qu’il s’agissait de Croatoxylum cochinchinensis. Je me trompais.

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Intermède musical : Sin Sisamuth, La fleur romduol de la rivière Sangkae

Sin Sisamuth avait déjà chanté des amours malheureuses sur la rive de la rivière Sangkae (ស្ទឹងសង្កែ [steung sang-kae]), à Battambang, dans la chanson L’Ombre du dixième cocotier (ម្លប់ដូងទិដប់), dont Khmerologie avait parlé ici.
Une fois encore, l’Empereur à la voix d’or (អធិរាជ​សំឡេង​មាស), surnom que les Cambodgiens ont donné au chanteur cambodgien le plus populaire de tous les temps, rencontre par hasard une jeune femme sur les bords de la rivière Sangkae. C’est tout naturellement que la beauté et le parfum de ce parangon de vertus féminines incitent le chanteur à la comparer à la fleur nationale du Cambodge, la fleur romduol (ផ្ការំដួល [phka rom-duol]). Dans la chanson La Fleur romduol de la rivière Sangkae (រំដួលដងស្ទឹងសង្កែ [rom-duol dang steung sang-kae]), le chanteur explique qu’il serait vain pour le plus talentueux des peintres de vouloir peindre le tableau d’une femme plus belle qu’elle, car en ce bas-monde, il n’en existe tout simplement pas. Et quant à la lettre que la jeune femme a écrite au chanteur, elle sera pour toujours blottie contre sa peau, et il l’emportera jusque dans la tombe.
Voici les paroles de la chanson (je les ai trouvées ici).
រំដួលដងស្ទឹងសង្កែ
ស៊ិន ស៊ីសាមុត

មហាសង្ក្រាន្តច្រានឆ្នាំមួយទៅ
ទ្រូងសែនហ្មងសៅ
នឹកព្រួយក្រែងពៅ
ឆាប់ភ្លេចរឿងដើម
រឿងបាត់ដំបងចងទងដង្ហើម
កាលជួបស្រីឆ្នើម
រដូវសន្សើម
ផ្ការីកស្គុះស្គាយ
អូនដើររើសគ្រុំក្នុងស្ទឹងសង្កែ
ភ័ក្ត្រដូចដួងខែ
ថ្ពាល់ខួចមានស្នេហ៍
នេត្រាពណ្ណរាយ
ហត្ថាខ្ចីល្ហក់សក់ខ្មៅរំសាយ
បងគន់មិនណាយ
ក្លិនខ្លួនឆោមឆាយ
រាយសំណាញ់ស្នេហ៍
វិចិត្រករអើយ
កុំបាច់គូរអី
នៅក្នុងលោកីយ៍ស្រីល្អគ្មានទេ
មានតែរំដួលដងស្ទឹងសង្កែ
ដែលខ្ញុំលួចស្នេហ៍
ទោះរយខួបខែក៏នៅចាំចង
ឥឡូវរដូវផ្ការីកវិលវិញ
ទ្រូងសែនទោរម្នេញ
ព្យុះកម្មបក់ដេញ
បាត់ផ្កាមួយទង
ត្រីក្រឹមអូនស្លាប់នៅក្នុងដបបង
លិខិតនួនល្អង
បងទុកទ្រាប់ខ្នង
ដេកស្លាប់ក្នុងផ្នូរ
វិចិត្រករអើយ
កុំបាច់គូរអី
នៅក្នុងលោកីយ៍ស្រីល្អគ្មានទេ
មានតែរំដួលដងស្ទឹងសង្កែ
ដែលខ្ញុំលួចស្នេហ៍
ទោះរយខួបខែក៏នៅចាំចង
ឥឡូវរដូវផ្ការីកវិលវិញ
ទ្រូងសែនទោរម្និញ
ព្យុះកម្មបក់ដេញ
បាត់ផ្កាមួយទង
ត្រីក្រឹមអូនស្លាប់នៅក្នុងដបបង
លិខិតនួនល្អង
បងទុកទ្រាប់ខ្នង
ដេកស្លាប់ក្នុងផ្នូរ
Et voici la chanson, que l’on trouve sur Youtube :

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Proverbe : Vicissitudes

La vie humaine est faite de hauts et de bas. Même si l’on est aujourd’hui dans une situation favorable, il n’est pas dit qu’on ne sera pas confronté demain aux pires difficultés. C’est souvent le destin qui décide, et l’on ne peut que s’y plier.
Dans son recueil de Dictons khmers (p. 97), Alain Fressange cite un proverbe qui illustre parfaitement cela :
ទឹកឡើងត្រីស៊ីស្រមោច  ទឹកហោចស្រមោចស៊ីត្រី
ឡើង [laeng] monter
ស៊ី [si] manger (pour les animaux)
ស្រមោច [srâ-maoch] fourmi
ហោច [haoch] en petite quantité, presque épuisé
Je propose la traduction suivante : « Lorsque l’eau monte, les poissons mangent les fourmis ; lorsqu’elle se retire, ce sont les fourmis qui mangent les poissons. »

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Faune : Cochon aquatique

Dans un article publié le 27 juin 2020 sur le site du Ministère de l’Information (ici), Monsieur Ut Vibol, Directeur de l’Administration des Pêcheries, appelle l’ensemble de la population, et notamment les pêcheurs côtiers, à participer à l’effort de protection d’une espèce marine en voie de disparition, appelée en khmer le « cochon aquatique » (ជ្រូកតឹក [chruk teuk]). Une recherche rapide dans un dictionnaire en ligne m’apprend que c’est sous ce nom exotique que les Khmers désignent une espèce maritime rare : le dugong (Dugon dugong).
Le dugong est une espèce de mammifères marins qui vit sur les littoraux d’une zone qui va de l’Océan Indien à la partie occidentale du Pacifique. Il est, avec les trois espèces de lamantins, l’une des rares espèces qui subsistent du genre des siréniens. En français, on le connaît aussi sous les noms de vache marine et d’halicore. Il est également nommé dugong en anglais, et en chinois, on l’appelle « rúgèn » (儒艮) (c’est, je pense, est une transcription phonétique du nom dugong qui est d’origine malaise), ainsi que sous les noms évocateurs de « vache de mer » (海牛 [hǎiniú]), de « cochon de mer » (海猪 [hǎizhū]), et même de « chameau de mer » (海骆驼 [hǎiluòtuó]).

Aire de répartition du dugong

Il a une silhouette potelée, peut atteindre 3 à 4 mètres de long, pour un poids respectable de 500 kg. Il peut vivre jusqu’à soixante-dix ou quatre-vingts ans.
Le dugong se tapisse dans les herbes marines qui couvrent le fond du littoral peu profond et il est difficile à observer, car craintif. On peut cependant trouver des traces de son passage sur la végétation marine. Il s’agit d’une espèce en voie de disparition et cela pour diverses raisons. La raison principale est probablement son mode de reproduction : il atteint la maturité sexuelle vers l’âge de dix ans. La femelle ne donne naissance qu’à un petit tous les 4 à 5 ans, après une gestation qui dure de 12 à 14 mois. Le petit ne sera sevré qu’à l’âge de 18 mois.

Allure générale

Une autre cause de sa situation précaire est la destruction de son habitat. Le dugong peut en réalité servir de témoin de la qualité de l’environnement : il ne survit que dans les zones où les conditions écologiques sont favorables. Il n’est plus guère chassé pour sa chair, mais il est parfois pris dans les filets des pêcheurs ou blessé par les hélices des bateaux à moteur.
Localement, le dugong est présent sur le littoral des provinces de Kampot et de Kep, et la province vietnamienne voisine de Kiên Giang. On le sait d’une part parce que l’on retrouve les traces de son passage, et d’autre part parce qu’il arrive, rarement, que l’on retrouve sur les plages du Cambodge un corps de dugong échoué.

Tête du cochon aquatique

On estimait en 2006 qu’il subsistait quelque 70 000 dugongs dans le nord de l’Australie et 6 000 dans le Golfe Persique. Au Cambodge, la population de dugongs se situerait entre 15 et 20 individus seulement, et elle serait en déclin.
(Toutes les images qui illustrent le présent billet, ainsi qu’une partie des informations, proviennent de l’article en français que Wikipedia consacre au dugong.)

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Lien utile : Le changement climatique à l’origine du déclin d’Angkor ?

On explique le plus souvent que c’est le sac d’Angkor par les Siamois d’Ayutthaya en 1431 qui fut à l’origine de la chute de ce qui fut la plus grande ville au monde de l’époque préindustrielle. Ce sac aurait provoqué l’abandon soudain de la ville.
Mais des investigations menées par des chercheurs sur des prélèvements du sol (carottes), qui permettent entre autres de reconstituer le climat des temps passés, semblent indiquer que le déclin de la ville fut progressif, et que parmi les facteurs-clés de ce déclin se trouvent des événements climatiques majeurs (sécheresses exceptionnelles, moussons trop abondantes), qui auraient largement contribué à la détérioration du système hydraulique de la ville, provoquant ainsi son abandon. D’après ces chercheurs, c’est là peut-être qu’il faut rechercher la cause principale du déclin de la capitale de l’Empire Angkorien.
L’article (en anglais), publié en avril 2020, qui présente cette thèse est à lire ici.

Vue de la douve à l’entrée d’Ankor Vat (photo prise en février 2020)

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Faune : Martre, binturong et civettes du Cambodge

Un article publié le 22 mai 2020 sur le site du Ministère de l’Information (ici) signale que de nombreuses civettes palmistes hermaphrodites (Paradoxurus hermaphrodites) sont présentes dans une plantation de bois de rose à Siemreap. En lisant cet article, je rencontre pour la première fois le mot សំពោច [sâm-pôch]. D’après Google, ce mot désigne de façon générique la civette, ou chat musqué. Je cherche donc à savoir quelles sont les civettes présentes au Cambodge, et découvre, déçu, que la base de données des animaux sauvages du Cambodia Clearing House Mechanism ne renvoie aucun résultat avec le mot សំពោច. Paradoxurus hermaphrodites est bien mentionné, mais sans son nom khmer. D’autres civettes sont également mentionnées, mais pour une aucune des espèces le nom khmer n’est donné. J’allais abandonner mes recherches lorsque j’ai découvert un document précieux : une liste d’animaux sauvages présents au Cambodge, publiée en 2007 par le Ministère de l’Agriculture, de la Chasse et de la Pêche, intitulé « Classes et noms des espèces d’animaux sauvages » (ce document, en khmer, peut être téléchargé ici). Et dans ce document, je trouve sept espèces appelées សំពោច. Je découvre à la même occasion que ce nom, s’il désigne bien les civettes cambodgiennes, sert aussi à désigner une espèce de martre et une de binturong. Je vous propose de passer ces espèces en revue ci-dessous. (Les espèces sont classées dans l’ordre alphabétique du khmer.)
សំពោចកលឿង (« martre à cou jaune ») ou កាំង ; Martes flavigula ; (fr) martre à gorge jaune ; (an) yellow-throated marten ; (ch) 黄喉貂 [huánghóudiāo]
La martre à gorge jaune est un petit carnivore d’Asie. On la rencontre dans les forêts tempérées de l’Himalaya, de l’Asie du Sud-Est et de l’Asie orientale, y compris la partie orientale de la Russie et la péninsule coréenne. Elle est généralement solitaire et l’adulte peut mesurer jusqu’à plus d’un mètre, du museau jusqu’au bout de la queue, pour un poids de 3,4 kg.
(La photo ci-dessous et les informations ci-dessus viennent de l’article en français que Wikipedia consacre à cette espèce, ici.)
សំពោចក្រអូប (« civette parfumée ») ou សំពោចត្នោត (« civette brune ») ; Paradoxurus hermaphrodites ; (fr) civette palmiste hermaphrodite, luwak ; (an) Asian palm civet ; (ch) 椰子猫 [yēzi māo] (« chat de cocotier »)
Cette espèce est dite hermaphrodite car les deux sexes possèdent des glandes odoriférantes sous la queue, que l’on peut confondre avec des testicules.
C’est cet animal qui ingère des grains de café qui ne sont pas digérés, mais sont naturellement fermentés. Ces grains sont récupérés dans les excréments de l’animal et donnent le kopi luwak, le café le plus cher du monde. L’article cité plus haut explique que cette civette se nourrit aussi de grains de cafés, mais j’ ignore si les Cambodgiens les récupèrent. Au Cambodge, elle est menacée en raison de la chasse, de la destruction de son habitat et des captures pour la contrebande.
(La photo ci-dessous et les informations ci-dessus viennent de l’article en français que Wikipedia consacre à cette espèce, ici, et de l’article précité.)
សំពោចធំ (« grande civette ») ; Viverra megaspila ; (fr.) civette à grandes taches ; (an) large-spotted civet ; (ch) 大斑灵猫 [dàbān língmāo] (viverridé à grandes taches)
Cette espèce est originaire d’Asie du Sud-Est. On la trouve au Myanmar, en Thaïlande, en Malaisie, au Cambodge, au Laos, au Vietnam et en Chine. Elle est menacée en raison de la dégradation de son habitat et de la chasse qui se pratique avec des pièges ou des chiens. On sait peu de choses sur cette espèce.
(L’illustration ci-dessous les informations ci-dessus viennent de l’article en anglais que Wikipedia consacre à cette espèce, ici.)
សំពោចពណ៍លាត (« civette aux couleurs dispersées ») ; Paguma larvata ; (fr) civette palmiste à masque ; (an) masked palm civet ; (ch) 果子狸 [guǒzilǐ] (« civette à fruits »)
C’est cette espèce qui est probablement à l’origine de l’épidémie de SRAS qui a éclaté en Chine fin 2002. La chair de civette palmiste à masque était en effet recherchée par les gastronomes chinois.
Cette civette est un petit carnivore rare et peu connu de la Chine du Sud et d’Asie du Sud-Est. C’est un animal nocturne et arboricole. Son régime alimentaire est omnivore : il se nourrit d’oiseaux, de rongeurs, mais aussi de fruits, de certaines écorces…
(La photo ci-dessous vient de l’article en anglais de Wikipedia, les informations de l’article en français.)
សំពោចភ្នំ (« civette de montagne ») ou ឈ្មុសប្រែង (« civette à poils ») ; Arctictis binturong : (fr) binturong ; (an) binturong ; (ch) 熊狸 [xiónglǐ] (« civette ours »)
Le binturong est la seule espèce du genre Arctictis. Cette bestiole peut peser de 9 à 14 kg. Son corps peut atteindre 65 à 95 cm de long, sa queue 56 à 89 cm de long. C’est un animal arboricole, solitaire et nocturne. Son régime est principalement composé de végétaux, surtout de fruits, mais il ne dédaigne pas de se régaler de diverses petits proies. C’est donc un animal omnivore.
(La photo ci-dessous et les informations ci-dessus viennent de l’article en français que Wikipedia consacre à cette espèce, ici.)
សំពោចវល្លិ៍ ou ឈ្មុសវល្លិ៍ (« civette à liane ») ; Viverricula indica ; (fr) petit civette de l’Inde, civette indienne, civette rasse ; (an) small Indian civet ; (ch) 小灵猫 [xiǎo língmāo] (« petit viverridé »)
Cette civette est originaire d’Inde et d’Asie du Sud-Est. Elle est présente sur une large aire qui va de l’Inde à Taiwan, en passant par toute l’Asie du Sud-Est et par le sud de la Chine. Cet animal est nocturne, évolue sur le sol et se nourrit d’insectes. Il habite dans des terriers, sous les rochers ou dans les buissons épais. Il est omnivore : il se nourrit de rats, de souris, de fruits, de racines.
(La photo ci-dessous et les informations ci-dessus viennent de l’article en anglais que Wikipedia consacre à cette espèce, ici.)
សំពោចអុជខ្នង (« civette à dos enflammé) ; Arctogalidia trivirgata : (fr) civette palmiste à trois bandes ; small-toothed plam civet (« civette palmiste à petites dents) ; (ch) 小齿狸 [xiǎochǐlǐ] (« civette à petites dents »)
Cet animal vit dans les forêts denses d’Asie du Sud-Est, sur une aire qui s’étend de l’Assam (Inde) jusqu’à la péninsule malaise, Sumatra, Java, Bornéo. Il pèse environ 2,4 kg et son corps mesure 53 cm de long ; à cela il faut ajouter une queue de 58 cm.
Il a une diète omnivore, constituée d’insectes, de petits mammifères, de fruits, de grenouilles, de lézards.
(La photo ci-dessous et les informations ci-dessus viennent de l’article en anglais de Wikipedia, ici.)
Une remarque d’ordre linguistique concernant la civette : pour qualifier quelqu’un dont le visage est ingrat, on dit en khmer que cette personne a un « visage de civette » : មុខដូចសំពោច [muk doch sâm-pôt], et à l’inverse, d’une personne qui a un joli visage, on dit qu’elle a « un visage de chat » : មុខដូចឆ្មា [muk doch chhma]).

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