Proverbe : Chi va piano…

Vous connaissez probablement le proverbe italien « chi va piano, va sano e va lontano », qui l’équivalent français de « rien ne sert de courir, il faut partir à point », ou de « qui veut voyager loin ménage sa monture ». Les Chinois disent souvent 欲速则不达 [yù sù zé bù dá] : quand on veut aller vite, on ne parvient pas au but. Quant aux anglophones, ils usent du proverbe « slow and steady wins the race ».
Il existe en khmer un proverbe équivalent : សន្សឹមៗកុំបំបោល ក្រែងពុំដល់ដូចប្រាថ្នា។ [sânseum sânseum kom bâmbaol, kraèng pum dâl dôch prathna] :
សន្សឹម [sânseum] doucement, petit à petit
កុំ [kom] ne pas
បំបោល [bambaol] faire galoper, faire courir (un animal)
ក្រែង [kraèng] de peur de
ពុំ [pum] (négation)
ដល់ [dâl] parvenir, arriver
ដូច [dôch] comme
ប្រាថ្នា [prathna] volonté, désir
Le sens n’est pas très difficile à comprendre : « (Va) tout doucement, ne te précipite pas, tu risquerais de ne pas atteindre le but. »

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Vidéo : Le bibliobateau du Sipar à Kampong Leng

Le Sipar fait un travail remarquable pour la diffusion de la lecture et la lutte contre l’illettrisme au Cambodge. Le troisième épisode la série « Cambodge » de l’émission Destination Francophonie de TV5 Monde est consacré à l’une des très belles initiatives du Sipar : le « bibliobateau » de Kampong Leng (កំពងលែង), qui amène des livres aux enfants des villages flottants de ce district de la province Kampong Chhnang qui borde le lac Tonle Sap.
La vidéo n’est pas encore sur le site de TV5 Monde, mais elle est déjà visible sur la page Facebook de Destination Cambodge : https://www.facebook.com/DestinationFrancophonie/.
Le site d’information cambodgien ThmeyThmey a par ailleurs tourné il y a un an environ un reportage en français de quelques minutes consacré à cette initiative :

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Aphrodite khmère sortant du bain

Zhou Daguan rapporte que les Cambodgiennes du XIIIe siècle avaient l’habitude de se baigner nues dans la rivière, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui : les Cambodgiennes, notamment à la campagne, se baignent volontiers dans une rivière ou un étang, mais elles se gardent bien de se dévêtir. Cela n’empêche en rien de nombreux hommes cambodgiens de rechercher avidement le spectacle des nymphes khmères sortant du bain.
Roland Meyer, dans le premier volume de son roman Saramani, narre ainsi une scène dans lequel Komlah, l’époux de la danseuse royale, assiste au spectacle de l’une des cousines de Saramani sortant d’un bain dans une rivière :

Alors, au sommet des gradins creusés à même l’argile de la falaise, deux sveltes sil­houettes de filles parurent, l’une portant sur sa tête une amphore en terre de Kompong Chnnang, l’autre appuyant à sa hanche une corbeille à mailles étroites servant à laver le poisson.
L’aînée, Sa Boun, forte fille des thiamkar, au teint bronzé, aux grands yeux de gazelle, au front droit encadré de sourcils admirables et de cheveux coupés courts, laissait deviner sous un sampot de cotonnade souple et sous une tunique de soie violette, des formes de cariatide et une poitrine de kénoreï. Co Houn, sa cadette, moins âgée de deux ans, offrait des lignes moins accusées et des manières plus discrètes.
Telles étaient Sa Boun et Co Houn, les petites-filles de Yéay Kem, les cousines de Saramani.

Amusées par cette aventure, les deux filles découvraient en riant leurs dents laquées de noir et leurs lèvres rougies par l’usage de la chique d’arec, de bétel et de chaux. Komlah, accoutumé à ce trait de leur physionomie, sui­vait des yeux Sa Boun qui s’ébattait dans les flots, pour aller puiser loin du bord une eau plus courante et moins souillée ; elle avait soin de plonger sa cruche brusquement à l’envers et de la redresser une fois immergée au fond, pour éviter de recueillir les mousses verdâtres de la surface, descendues des pêcheries d’amont.
Or, quand elle se retourna pour gagner la rive, sa tunique retroussée, son langouti mouillé collé à ses cuisses, rondes, sa chemise échancrée plaquée sur sa poitrine par le vent de marée qui enjambait en sifflant les thiamkar de l’autre rive et faisait clapoter le fleuve assombri, Komlah sentit, à la vue de cette fière silhouette, renaître en lui cette flamme mal éteinte d’une lubricité excessive qui caractérise les peuples d’Occident.
Quand il se ressaisit, les deux paysannes avaient disparu au sommet du kompong. Komlah, honteux de pareils sentiments dans ce milieu de profonde honnêteté, s’assit pour s’essuyer sur la pointe  effilée de la pirogue de l’oncle Pol, amarrée à un pieu fiché en terre.

La statue d’une Aphrodite du type Vénus Génitrix, copie romaine d’une statue de Callimaque (sculpteur grec de la fin du Ve siècle avant notre ère) donne sans doute un aperçu du spectacle que Komlah eut à voir (la photo vient de Wikipedia) :

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La vie résumée en quatre mots

Suite à un décès familial, j’ai eu l’occasion d’assister il y a peu à une crémation. Même si la famille concernée était chrétienne, la crémation s’est déroulée dans une pagode, située dans un quartier périphérique de Phnom Penh.
Pendant les trois jours que durèrent les funérailles, j’avais eu l’occasion d’entendre à plusieurs reprises quatre mots répétés à la suite : កើត ចាស់ ឈឺ ស្លាប់ [kaet chah chheu slap] : naissance, vieillesse, maladie mort. Je pensais que les personnes voulaient simplement exprimer que le cours de la vie est immuable et inexorable…
Arrivé à la pagode, je remarquai au-dessus de l’entrée du petit bâtiment en forme de tour qui contenait deux chambres d’incinération, une plaque reprenant les mêmes mots. Voici la plaque en question :

Je me suis souvenu ensuite que la même expression, exactement, existait en chinois : 生老病死 [shēng lǎo bìng sǐ]. L’expression n’est donc pas spécifiquement Cambodgienne.
Une recherche rapide m’a permis de découvrir qu’il s’agit en fait d’une expression qui relève du bouddhisme. La première des nobles vérités est que, dans la vie, tout est souffrance. La naissance, la vieillesse, la maladie, la mort… sont des souffrances.
Le mot utilisé en khmer pour parler de souffrance (ou de peine, de douleur…) est ទុក្ខ [tuk], qui est en réalité la transcription khmère du mot sanskrit/pali « dukkha ».
Pour désigner ces quatre souffrances, on dispose aussi en khmer des mots savants suivants :
ជាតិទុក្ខ [chiet tuk], la souffrance causée par la naissance ;
​ជរាទុក្ខ [chéah-rie tuk] : la souffrance causée par la vieillesse ;
ព្យាធិទុក្ខ [phyie-thi tuk] : la souffrance causée par la maladie ;
មរណទុក្ខ [mo-ro-nah tuk] : la souffrance causée par le décès.

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Des traces du passage de l’eunuque navigateur chinois Zheng He au Phnom Kulen

D’après une légende cambodgienne transcrite dans le recueil de contes de l’Institut Bouddhique, le fameux eunuque navigateur chinois du début des Ming (XVe siècle), Zheng He, aurait en fait été un prince khmer né à Kampong Cham. On trouve d’ailleurs sur le site du temple de Nokor Bachey (ប្រាសាទ​នគរ​បាជ័យ), tout près de la ville de Kampong Cham, un petit temple chinois consacré à « Sanbao » (三保公庙), surnom donné à Zheng He.
Dans un article intitulé « Notes sur la recherche des traces historiques de Zheng He au Cambodge » (寻觅郑和在柬埔寨历史痕迹的笔记) publié dans le numéro de septembre 2005 de la revue chinoise Around Southeast Asia (《东南亚纵横》), les auteurs, Cai Ximei et Xing Heping, relatent la légende susmentionnée (qui fera un jour sans doute l’objet traduction), et rapportent également une autre histoire, moins connue, qui a trait au passage de Zheng He dans la région d’Angkor. Voici ce que dit ce récit :
Dans le cadre de sa mission diplomatique, Zheng He, l’eunuque aux trois trésors, vint rendre visite au roi du Zhenla. Après cette visite, il voulut se rendre au Siam, pour présenter ses salutations au roi de cette contrée.
Ne souhaitant pas refaire le chemin à travers le Tonle Sap pour regagner le Golfe de Siam, il décida de mettre à contribution sa maîtrise exceptionnelle de la magie pour faire voyager son escadre par voie terrestre. Ainsi, une nuit, il formula un charme pour faire ses navires s’élever dans les airs, leur permettant d’aller par monts et par vaux et de franchir tous les obstacles. Aucun membre des équipages ne fut informé de cette merveille, afin que personne ne fût effrayé par ce prodige.
Mais, pendant la nuit, le cuisinier de l’un des navires, vaquant à son office, voulut puiser de l’eau. Il lança donc par-dessus bord un seau relié à une corde, croyant que l’on se trouvait encore sur le grand lac. Quelle ne fut pas sa surprise quand il entendit, au lieu du « plouf » attendu, un sonore « pong » qu’émit le seau lorsqu’il tomba sur le sol. Se penchant par-dessus le bastingage, le maître queux se rendit compte que le navire sur lequel il se trouvait était en train de survoler une montagne !
Effrayé, il poussa un grand cri, provoquant ainsi la rupture du charme. Le navire tomba alors sur le sol, tandis que les autres bateaux de l’escadre continuèrent leur voyage vers le Siam. Ce navire fut transformé en rocher, qui fut baptisé le « bateau fracassé » (សំពៅ​ធ្លាយ [sâm-pov thleay]). Ce rocher, dont la forme évoque vaguement celle d’un bateau à voiles, est l’une des attractions touristiques que l’on peut visiter aujourd’hui sur le mont Kulen.

Ci-dessous, le temple consacré à Zheng He à Nokor Bachey (photo personnelle) :

Temple de Zheng He à Nokor Bachey (三保公庙)
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Bibliographie : Le touk khmer, par Hoc Cheng Siny

Après la « découverte » d’un fragment de texte chinois du IIIe siècle donnant une description qui m’a semblé frappante des longues pirogues monoxyles du Funan, j’étais à la recherche d’une description précise de ces pirogues pour m’aider à interpréter le texte chinois. Un ami a eu l’amabilité de me signaler un article de feu Hoc Cheng Siny, intitulé « Le touk khmer », paru en 2001 dans la revue Techniques et Culture (« revue trimestrielle d’anthropologie des techniques »). Si je n’ai pas pu y trouver toutes les informations que je recherchais, cet article n’en contient pas moins des informations précieuses.

Dans la première partie de ce texte, l’auteur décrit de façon détaillée les techniques mises en œuvre pour la fabrication des pirogues, depuis le choix de l’arbre, son abattage, son écorçage, opérations qui se déroulaient traditionnellement en forêt, jusqu’à la fabrication de la pirogue une fois le tronc ramené au village. La description donnée est des plus détaillées et fort éclairante. Cette partie est encore agrémentée de quelques illustrations très utiles.

Dans une seconde partie, Hoc Cheng Siny décrit de façon également circonstanciée les rituels et cérémonies qui sont associés aux diverses opérations susmentionnées.

Enfin, une brève bibliographie vient compléter cette excellente étude. L’article est disponible en ligne sur le site Open Edition, ici.

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Bibliographie : The Culinary Art of Cambodia

En 1960, Son Altesse Royale la princesse Norodom Rasmi Sobbhana (1895-1971) publiait un Guide culinaire cambodgien. Cette princesse n’était autre que la sœur de Sa Majesté le roi Norodom Suramarit (1896-1960, r. 1955-1960), et donc la tante du roi Norodom Sihanouk. Elle est notamment connue pour son action en faveur de l’éducation des jeunes filles cambodgiennes. Elle a enseigné à l’école pour filles Sutharot de Phnom Penh et elle a dédié son existence à l’action sociale et aux œuvres charitables.
C’est son Guide culinaire cambodgien qui a servi de base à la très récente publication (premier semestre 2021) d’un nouvel ouvrage consacré à la cuisine cambodgienne, intitulé The Culinary Art of Cambodia (L’Art culinaire du Cambodge) (ISBN : 978-9924-9540-0-2), publié conjointement par le site Angkor Database et l’hôtel Templation Angkor Resort.
L’ouvrage se présente sous la forme d’un joli livre bilingue anglais-khmer de 184 pages, muni d’une couverture cartonnée bleu roi ornée d’une typographie argentées, et imprimé sur papier glacé.
Après une introduction présentant le travail de la princesse, ce sont cinq menus composés par les sœurs Men, bien connues des milieux culinaire et culturel, se basant sur des recettes de la princesse Rasmi Sobbhana.
Vient ensuite la traduction en anglais et en khmer de l’édition originale du Guide culinaire cambodgien. Cet ouvrage est un recueil de recettes classées par catégories (entrées, soupes, crustacés, poisson, volaille…).
Vient enfin un ensemble de recettes en khmer qui furent publiées pendant les années 1970 dans le Bulletin de la famille royale. Les recettes données dans cette partie de l’ouvrage sont pour l’essentiel les recettes préférées de Norodom Sihanouk, dont on sait qu’il n’appréciait que modérément le prahok et la nourriture épicée. Elles ne reflètent dès lors pas forcément toute la gamme de la cuisine cambodgienne.
Cependant, la Princesse avait à cœur de promouvoir les traditions culinaires du Royaume, aussi The Culinary Art of Cambodia donne-t-il un aperçu assez large de la gastronomie de ce pays. On trouve dans ce livre plus de 300 recettes en anglais, et quelque 170 recettes en khmer (seules 70 recettes sont données dans les deux langues), ainsi que de nombreux conseils relatifs à la préparation des mets.
Ce superbe travail a été conduit par Bernard Cohen, fondateur du site Angkor Database, qui offre un accès gratuit à de très nombreuses ressources sur l’histoire et la culture khmères. La publication du livre a été rendue possible grâce au financement du Templation Angkor Resort.
Le livre est vendu au prix modique de 21 dollars américains. Tous les profits réalisés seront reversés à des organisations charitables. Il est en vente dans quelques endroits au Cambodge, et peut être acquis en ligne (contact : angkor.database@templation.asia).

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Proverbe : Avec les moyens du bord

On aperçoit parfois dans la campagne khmère de jeunes bouviers rayonnants de joie, torse nu, la peau brunie par le soleil, nonchalamment installés sur le dos rebondi d’un buffle, ou, plus rarement, sur celui, plus maigrichon, d’une vache.
Ils utilisent donc le moyen de transport qui est à leur disposition, ils font avec les moyens du bord…
Un proverbe khmer décrit joliment cela :
ឃ្វាលក្របីជិះក្របី ឃ្វាលគោជិះគោ។
ឃ្វាល [khviel] prendre soin (d’animaux, notamment de bovins)
ក្របី [krâ-bei] buffle
ជិះ [chih] monter à califourchon, p.ext. prendre un moyen de transport
គោ [kô] bœuf, vache
Ma traduction :
Qui s’occupe d’un buffle chevauche un buffle, qui s’occupe d’une vache chevauche une vache.
Ce proverbe signifie « faire avec les moyens du bord ».
La photo ci-dessous vient du site de l’édition khmère du Phnom Penh Post, ici.

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Confinement à Phnom Penh, et zones rouges, orange et jaunes

Le 26 avril 2021, le Premier Ministre a signé une décision de prolongement d’une semaine du confinement à Phnom Penh. Cette décision annonce également la mise en place de zones rouges, orange et jaunes dans les zones confinées, et précise les mesures qui s’appliquent spécifiquement à ces trois types de zones. Attention : la délimitation des trois types de zones fera l’objet d’une décision qui sera prise le 29 avril, les cartes qui circulent en ce moment sur les réseaux sociaux ont été réfutées par les autorités.
Ci-dessous, la traduction libre de cette décision :

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Puissances de dix en Khmer

Il m’est arrivé de rencontrer dans un texte khmer le terme ប៊ីលាន [bi-lean]. Le contexte m’a permis de deviner qu’il s’agissait de la transcription phonétique du mot anglais « billion » (milliard). J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un anglicisme fautif utilisé par le rédacteur, jusqu’à ce que je découvre un document du Conseil National de la Langue Khmère (NCKL, National Council of Khmer Language) daté du 30 septembre 2015, réglant l’usage de la transcription phonétique des grands nombres, dans l’acception qui est la leur en anglais US.
Je reprends dans le tableau ci-joint les noms khmers utilisés pour les nombres de 10 à 10 puissance 36, soit de dix à un sextillion.
Le document du NCKL se trouve ici (cliquer sur les images pour afficher le texte).

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