Vidéo : Avec les meilleures intentions du monde

Dans son édition du 25 mai 2017, l’émission Envoyé Spécial de France 2 consacre l’un de ses reportages au « volontourisme », qui se définit par un tourisme d’un type nouveau, dont les adeptes, au lieu d’aller bêtement se faire dorer la pilule sur les plages de Sihanoukville ou d’ailleurs, mettent leur temps (et leur argent) à la disposition d’organisations « caritatives », pour donner gratuitement des cours d’anglais, fabriquer des filtres à eau, ou creuser des puits, aider les orphelins…
Il y a peu encore, en pays khmer, les volontouristes pouvaient apporter leur chaleur humaine et leur gentillesse aux « orphelins » du Cambodge… Il a malheureusement été constaté que ces « orphelinats » n’étaient le plus souvent que des entreprises à but lucratif, et que de nombreux enfants n’étaient orphelins ni de père, ni de mère, mais avaient été plus ou moins achetés aux parents par les responsables de ces entreprises, qui expliquaient que les enfants seraient éduqués à Phnom Penh. Heureusement, les autorités cambodgiennes ont produit des efforts réels pour endiguer ces pratiques, et de nombreux établissements ont été fermés. Mais tous les problèmes ne sont pas résolus, comme le montre Envoyé Spécial.
Dans « Avec les meilleures intentions du monde… », les journalistes expliquent comment des gens sans scrupules abusent des bonnes intentions des volontouristes pour essayer de se remplir les poches. L’émission montre dans une première partie comment les touristes, pour la plupart occidentaux, sont grugés pour « venir en aide » aux familles défavorisées de Siemreap. Dans la seconde partie, les reporters décrivent la situation qui prévaut dans de nombreux orphelinats népalais, dirigés également par des personnes qui profitent sans vergogne de la bonne volonté de ces touristes d’un nouveau genre.
Le reportage est à voir, et à diffuser largement. Il est visible en replay sur le site Francetvinfo. Il est également disponible sur Youtube :

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Proverbes : De Charybde en Scylla

Dans le roman Gentleman’s Love (ស្នេហាសុភាពបុរស) de Sokh Chanphâl (សុខ ចាន់ផល), dans un passage où le héros se trouve dans une situation délicate à laquelle il ne trouve pas d’issue, est cité à titre d’illustration le proverbe khmer suivant :
ចុះទឹកក្រពើ ឡើងលើខ្លា។
Littéralement, ce proverbe signifie littéralement « Quand on descend dans l’eau, c’est le crocodile ; quand on remonte sur la berge, c’est le tigre. »
Il me semble que ce proverbe correspond assez bien à notre « Aller/tomber de Charybde en Scylla »…

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Bibliographie : Long Lina, Techniques de pliage des fleurs de lotus

Au Cambodge, le lotus (ឈូក) est un végétal très important, à de nombreux titres : son rhizome, ses graines, ses tiges sont consommés, ses feuilles servent de matériau d’emballage, la fibre extraite de ses tiges est utilisé par l’industrie textile…
La fleur (ផ្កាឈូក) est également très prisée. Lorsque l’on se promène à proximité des temples anciens, il y a souvent des enfants qui vous proposent d’acheter des fleurs de lotus, souvent en boutons, à offrir aux divinités du sanctuaire. Les fleurs, épanouies ou non, sont également utilisées pour leur valeur décorative dans les endroits les plus divers : restaurants, cafés, salons de massage… ou encore chez soi.
Les Cambodgiens ont en outre mis au point des techniques de pliage des pétales (ត្របក) des fleurs de lotus. C’est à ces techniques que Long Lina (ឡុង លីណា) a consacré un bref ouvrage, intitulé Manières de plier les fleurs de lotus (របៀបបត់ផ្កាឈូក). Dans ce livre d’à peine 40 pages, on trouve une partie d’introduction qui décrit brièvement les divers usages que l’on fait du lotus au Cambodge. L’auteure donne ensuite quelques conseils pour l’entretien des fleurs coupées, de façon à leur conserver leur fraîcheur le plus longtemps possible.
Mais l’essentiel du livret consiste en la description d’une trentaine de techniques de pliage des pétales de fleurs de lotus, qui permettent d’obtenir des effets décoratifs divers. Les différentes étapes du pliage sont expliquées, et illustrées par des photos assez claires.
Enfin, un bref texte vient expliquer succinctement comment réaliser une composition (en fichant les fleurs coupées sur un morceau d’« oasis », cette mousse solide et poreuse que les fleuristes connaissent bien).
Le livre a été publié en 2011 par les éditions Nokor Wat, qui ont publié un nombre appréciable d’ouvrages consacrés à la culture cambodgienne. ISBN : 978-99963-28-22-0
Voici la première de couverture de mon exemplaire :

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Intermède musical : Khemarak Sereymon – Demande en mariage

Khemarak Sereymon (ខេមរៈ សេរីមន្ដ) est parmi les chanteurs les plus populaires sur la scène musicale cambodgienne actuelle. Cette année (2017), il a notamment interprété une chanson qui a eu un énorme succès au moment du nouvel an khmer : « Dans mon village, on danse comme ça » (ស្រុកខ្ញុំគេរាំតែអញ្ជឹង). Mais avant cette chanson-là, il a eu quelques franches réussites, notamment avec un air intitulé en khmer « Demande en mariage » (ទៅដណ្ដឹងកូនគេ), connu aussi sous le titre anglais, plus explicite, de « 5000 dollars to wed ».
La chanson raconte l’histoire d’un jeune homme de la campagne qui rencontre la fille d’un petit commerçant. Les deux jeunes tombent amoureux l’un de l’autre, et le garçon obtient de sa mère qu’elle aille demander la main de la jeune fille. Les espoirs du jeune homme sont brisés lorsqu’il entend la mère de la jeune fille fixer à 5000 dollars le prix de la dot.
Voici la chanson, qui se trouve sur Youtube :

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Bibliographie : Biv Chhay Leang, La jeune fille aux cheveux parfumés

La jeune fille aux cheveux parfumés (នាងសាក់ក្រអូប, Neang Sâk Krâ’ôp) est un personnage très connu de la culture populaire cambodgienne. Elle est fréquemment citée dans des romans, les contes qui circulent sur son compte sont nombreux. Adhémard Leclère, par exemple, donne une version de l’histoire de la jeune fille aux cheveux parfumés dans son recueil Contes et Légendes du Cambodge ; la jeune fille aux cheveux parfumés est également évoquée dans L’Amour à contre-sens de Chin Oddom ; l’histoire de cette jeune femme a aussi été adaptée au cinéma…
Dans roman historico-sentimental et tragique, simplement intitulé La jeune fille aux cheveux parfumés, Biv Chhay Leang donne une existence historique au personnage et situe son histoire à l’époque du règne de Preah Thong, le fondateur légendaire du royaume pré-angkorien du Funan (vers le IIe siècle de l’ère commune).
Dans ce récit, la jeune fille aux cheveux parfumés est la fille d’un riche marchand, qui tombe amoureuse d’un jeune et vaillant paysan. Le père s’oppose bien tendu obstinément à cette union, et cherche à éliminer le prétendant. Les amants s’enfuient, mais c’est pour être pourchassés par un roi khmer qui a eu vent de la beauté hors du commun de Neang Sâk Krâ’ôp. La réputation de beauté de la jeune femme est d’ailleurs telle que même le roi de Chine la convoite, et envoie deux émissaires accompagnés de troupes pour s’emparer d’elle. Les amants réussissent à peine à échapper aux troupes khmères lancés à leurs trousses, mais c’est pour tomber entre les mains des envoyés chinois. L’histoire a une fin tragique.
Biv Chhay Ling est un romancier important (et assez prolifique) de la littérature khmère contemporaine. J’avais d’ailleurs déjà présenté sur Khmerologie l’un de ses romans policiers : Les Brigands du mont Roang (voir ici).
La jeune fille aux cheveux parfumés a été publié pour la première fois en 1967. Le livre est encore en vente dans les librairies de Phnom Penh, et des copies numériques circulent sur Internet.
Ci-dessous, la couverture de mon exemplaire :

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Proverbes : Du caractère incertain de la destinée

Dans le roman La jeune fille aux cheveux parfumés (នាងសក់ក្រអូប) de Biv Chhay Leang (ប៊វឆៃលាង), je note le proverbe suivant, utilisé pour illustrer le caractère incertain de la destinée des personnages :
កង់ត្រាច កង់ធ្នង់។
Le mot កង់ (kâng, prononcé court) désigne à l’origine la roue, il est fréquemment employé dans le lexique relatif à la roue : ខ្នងកង់ le « dos de la roue », i.e. la jante, ពោះវៀនកង់ le « boyau de la roue », i.e. la chambre à air, កាំកង់ rayon de roue, etc.
Quant aux mots ត្រាច (krach) et ធ្នង់ (thnung), ils désignent deux essences végétales. Le ត្រាច, Dipterocarpus intricatus, produit un bois apprécié pour la construction des chars et des habitations, et son oléorésine est utilisée pour confectionner les torches (voir Pauline Dy Phon, Dictionnaire des plantes utilisées au Cambodge, p. 245). Quant au ធ្នង់, appelé amboine, bois de rose de Birmanie, ou encore sang-dragon (Pterocarpus indicus), il donne, en plus de la résine de l’écorce utilisée pour teindre les tissus en rouge, un bois apprécié en construction ainsi qu’en coutellerie d’art (voir l’article de Wikipedia, ici).
Si l’on traduit littéralement, le proverbe évoqué ci-dessus signifie donc « Roue de trach, roue d’amboine »…
J’avoue que j’étais plus que perplexe en lisant ce proverbe !
Heureusement, le site Khmer Virtue propose ici une page expliquant ce proverbe : les roues de charrettes à bœufs (រទេះគោ) ou à buffles (រទេះក្របី) possèdent des rayons et des jantes confectionnés avec des essences dures. Les jantes sont fabriquées à partir de plusieurs morceaux de bois assemblés, qui ne proviennent pas forcément tous de la même essence. Il est possible d’utiliser des morceaux de trach, des morceaux d’amboine… et les fixer ensemble pour constituer une jante.
Et lorsque la roue tourne, c’est alternativement le morceau de trach et le morceau d’amboine que l’on voit sur le sommet de la roue. Il est ainsi des hommes : c’est parfois l’un qui atteint le sommet de la gloire ou de la richesse, parfois c’est l’autre…
Ci-dessous, la photo d’une planche de bois d’amboine (cette illustration vient de l’article de Wikipedia).

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Bibliographie : Gérard Groussin, Histoire de Vessandâr, le jâtaka du roi généreux

Vessandâr (en khmer វេស្សន្ដរ), connu aussi sous le nom pâli de Vessantara, est un personnage important du bouddhisme, puisqu’il est l’avant-dernière réincarnation du Bouddha. Il est connu pour son immense générosité : alors qu’il était roi, il offrit à des brahmanes qui le lui réclament l’éléphant blanc qui était le palladium du royaume ; cela lui valut d’être chassé du trône par ses sujets mécontents. Exilé, il offrit sans hésiter les chevaux qui tiraient son char, puis le char lui-même, et alla finalement jusqu’à offrir ses deux enfants et sa femme.
L’histoire du roi généreux est racontée dans le dernier des jâtakas du corpus pâli, connu en anglais sous le titre de Vessantara Jātaka, en khmer sous celui de វេស្សន្ដរជាតក. Cette histoire est bien connue des bouddhistes, qu’ils soient du petit ou du grand véhicule. (Concernant Vessantara, je vous invite à lire ici l’article en anglais que lui consacre Wikipédia ; l’article correspondant en khmer se trouve ici.)
L’Histoire de Vessandâr, le jâtaka du roi généreux est l’adaptation en français Gérard Groussin de cette histoire. L’auteur explique dans son introduction qu’il s’est principalement appuyé sur la traduction de ce jâtaka réalisée du pâli en khmer par Nhok Thaèm (l’auteur, entre autres, de La Rose de Pailin). Il cite également dans la courte bibliographie qui se trouve à la fin de l’ouvrage une traduction du khmer réalisée par Adhémar Leclère et publiée en 1903 à Paris sous le titre de Le livre de Vessandar, le roi charitable (cette traduction, qui n’est pas d’un accès facile, est à télécharger sur Gallica).
Le texte de Gérard Groussin ne brille certes pas, à mon humble avis, par ses qualités littéraires, mais il est malgré tout plus lisible que la traduction d’Adhémar Leclère, et permettra au lecteur français d’avoir une vision assez correcte de cette histoire que connaissent tous les Cambodgiens.
L’Histoire de Vessandâr a été publiée en 2005 par Kailash Editions (ISBN : 2-84268-129-0).
Ci-dessous, la couverture de mon exemplaire :

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