Chanson : Preap Sovath, Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage

En juillet 2015, nous avions vu sur Khmerologie (ici) un proverbe utilisé pour qualifier quelqu’un qui trouve toujours un prétexte pour ne pas reconnaître ses torts : សាបមួយដៃ ប្រៃមួយចឹប [sap mouy dăi prăi mouy chœ̆p], signifiant littéralement « Quand c’est fade, tu dis que tu en as mis une poignée ; quand c’est salé, tu dis que tu n’en a mis qu’une pincée. »
Une autre acception possible de ce proverbe est la suivante : alors que c’est fade, te reproche d’en avoir mis une poignée ; alors que c’est salé, on te reproche de n’en avoir qu’une pincée. Cette deuxième acception est d’ailleurs signalée dans le recueil Dictons khmers d’Alain Fressanges. L’équivalent français de ce proverbe utilisé dans ce sens serait sans doute : « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ».
J’ai trouvé une illustration de cette deuxième acception dans une chanson interprétée par Preap Sovath, justement intitulée សាបមួយដៃ ប្រៃមួយចឹប.
Dans cette chanson, un homme est délaissé par son amante qui lui en préfère un autre. Le jeune homme cite justement ce proverbe pour indiquer que quoi qu’il fasse, elle trouvera prétexte pour cesser de l’aimer.
Le texte khmer de la chanson de Preap Sovath est ici. La piste son est sur Youtube.
(Remarque : Dans cette même chanson, Preap Sovath cite encore un autre proverbe : ឃ្លានឆ្ងាញ់ ស្រលាញ់ល្អ [khleán chhgnănh srâ-lănh l’â], signifiant « l’amour est aveugle », que j’ai déjà présenté ici.)

 

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Idiotismes : La force de l’éléphant en rut

Dans un roman historique khmer, je relève une pression qui titille ma curiosité : « il a la force d’un éléphant en rut » មានកម្លាំងដូចដំរីចុះប្រេង [méan kâ̆m-lăng doch dâ̆m-rei chŏh préng].
L’expression est utilisée pour parler d’un escrimeur qui voit sa force décuplée pendant un combat.
L’éléphant en rut est appelé en khmer ដំរីចុះប្រេង [dâ̆m-rei chŏh préng], littéralement « un éléphant qui laisse couler de l’huile ». En effet, pendant le musth, nom donné à l’état de l’éléphant en rut, les orifices temporaux de l’éléphant laissent échapper une épaisse sécrétion ressemblant à du goudron, appelée frontaline, en khmer ប្រេងដំរី [préng dâ̆m-rei], littéralement « huile d’éléphant ».
Lorsqu’il est en rut, l’éléphant le plus doux est pris de furie, et peut essayer de tuer n’importe quel humain. On a connu des incidents pendant lesquels l’éléphant en rut a même tué son cornac (ហ្ម [mâ]).
(Concernant le musth et la frontaline, je vous invite à lire ici et ici les articles en français de Wikipedia.)
La photo ci-dessous, qui montre un éléphant pendant le musth, vient de l’article que Wikipedia consacre à la frontaline.

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Vidéo : La troupe du ballet royal à Hong Kong

Les 25 et 26 août 2017, le corps du ballet royal du Cambodge a proposé pour la première fois de son histoire deux représentations au Hong Kong Cultural Center.
Cet évènement de prime importance a été couvert par Le Petit Journal du Cambodge, qui a diffusé une vidéo d’un peu plus de sept minutes présentant ce spectacle.
Cambodge Mag a également publié ici un article consacré aux représentations.
Un article en anglais expliquant l’origine du ballet royal est à lire ici.
La vidéo du Petit Journal est disponible sur Youtube :

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Combats d’animaux dans le Cambodge ancien

Dans plusieurs romans historiques dont l’action se situe dans le Cambodge ancien, il est fait allusion à des combats d’animaux donnant lieu à des paris.
Les bas-reliefs du Bayon, notamment, qui donnent des représentations de la vie quotidienne au Cambodge à l’époque angkorienne, représentent des combats.
On peut y voir par exemple un combat de coqs (ជល់មាន់ [chŭl mo͝an], littéralement « affrontement de gallinacés ») sur le point d’être déclenché (l’image ci-dessous vient d’un article en anglais du Phnom Penh Post parlant des combats de coqs au Cambodge, ici) :
On peut aussi voir un combat de porcs (ជល់ជ្រូក [chŭl chruk]) qui est sur le point d’être lancé (l’image vient d’un blog, ici) (à ma connaissance, on n’organise plus aujourd’hui de combats de porcs au Cambodge) :
Sont évoqués également dans un roman se déroulant à l’époque du Funan des combats de criquets (ជល់ចង្រិត [chŭl châ̆ngrĕt]), qui sont extrêmement populaires en Extrême-Orient. À ma connaissance, aucun bas-relief ne représente de combats de criquets, mais il semblerait que les combats de criquets bénéficiaient d’une certaine popularité dans le Cambodge ancien. Aujourd’hui, au Cambodge, les criquets sont élevés essentiellement pour servir d’amuse-bouche aux amateurs. Ci-dessous, une peinture chinoise représentant un combat de criquets (l’image vient d’ici) :
Notons qu’au Cambodge on organise aujourd’hui des combats opposant des « combattants », i.e. des poissons de l’espèce Betta splendens, appelés de façon générique en khmer ត្រីក្រឹម [trei krœ̆m]. Ci-dessous, la photo d’un combattant bleu (la photo vient d’ici) :
Enfin, cette brève esquisse ne serait pas complète sans l’évocation de l’histoire célébrissime de Preah Ko et Preah Keo, qui se déroule à l’époque de Longvek et dans laquelle il est raconté que Preah Ko (littéralement « le taureau sacré »), parvint à sauver le pays à trois reprises, en mettant en déroute successivement un coq, un taureau et un éléphant du roi de Siam lors de trois combats épiques.

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Proverbe : Le gâteau ne peut pas être plus grand que le moule

L’histoire d’amour tragique du jeune moine défroqué Tum et de la jeune fille Teav est connue de tous les Khmers. La version la plus connue de cette histoire est donnée sur sous la forme d’un long poème, mais l’histoire a aussi donné lieu à plusieurs adaptations cinématographiques (voir par exemple la version de 2003 dont Khmerologie a parlé ici).
La mort du jeune homme et de la jeune fille sont la conséquence, considèrent les Khmers, du fait que Teav refuse obstinément d’obéir à sa mère, qui a organisé son mariage avec une jeune homme de bonne famille (et aussi, accessoirement, du fait que les jeunes amoureux ont eu des relations sexuelles avant le mariage). Au Cambodge, jusqu’à nos jours, il est en effet coutume de considérer que les enfants doivent se plier à la volonté de leurs parents, notamment en matière de mariage.
La principale morale tirée de l’histoire de Tum et de Teav est exprimée en khmer par le proverbe នំមិនធំជាងនាឡិ [nŭm mĭn thŭm chéang néal], littéralement « le gâteau n’est pas plus grand que le moule » (នាឡិ désigne ici un moule, la dernière voyelle ិ ne se prononce pas).
On trouve aussi ce proverbe sous diverses autres formes : នំមិនបានធំជាងកញ្ចប់ [nŭm mĭn ban thŭm chéang kâ̆nh châ̆p] (« le gâteau ne peut pas être plus grand que le panier »), ou encore, d’après le docteur Pannetier (proverbe 193), នំមិនដែលធំជាងនាឡិ ([nŭm mĭn dêl thŭm chéang néal]) (« le gâteau n’a jamais été plus grand que le moule »). Ces deux dernières variantes sont cependant bien moins courantes.

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Bibliographie : CBI, Exporting palm sugar to Europe

(Je reprends ici, en l’adaptant légèrement, un billet publié sur mon blog Sinogastronomie.)
J’ai en cours un projet de livre sur le palmier Palmyre, ou « palmier à sucre » (ត្នោត [tnaot], Borassus flabellifer) au Cambodge, et suis donc en permanence à la recherche de sources permettant d’enrichir mes données.
C’est pendant le cours de mes recherches que j’ai découvert un document en anglais, publié par un organisme néerlandais appelé CBI (Center for the Promotion of Imports from developing countries) et intitulé « Exporting palm sugar to Europe ».
Ce document présente d’abord succinctement les sucres produits à partir de divers palmiers, dont le palmier Palmyre (mais aussi le dattier លម៉ើ [lâmaeu] ou ល្ម៉ើ [lmaeu], le palmier nipa ចាក [chak], le palmier arenga ជក់ [chŭk] et le cocotier ដូង [dong], toutes espèces qui sont présentes au Cambodge).
Il parle également des opportunités offertes aux exportateurs de sucre de palme sur le marché européen, des exigences concernant le sucre de palme permettant son importation en Europe, de la concurrence à laquelle le sucre de palme se trouve confronté sur le marché européen, des canaux d’importation et enfin du prix de vente de ce sucre.
La première partie m’a semblé particulièrement intéressante, car elle explique notamment quelles sont les qualités du sucre de palme par rapport aux autres sucres, ainsi que les mesures à prendre pour améliorer la qualité du sucre obtenu (certaines de ces mesures sont d’ailleurs mentionnées dans le cahier des charges pour la certification du sucre de palme de Kâmpong Speu, qui bénéficie déjà d’une IGP au Cambodge) (la version anglaise de ce cahier des charges est disponible ici, sur le site du CIRD – Cambodian Institute for Reasearch and Rural Development).
Ce document passionnant est accessible ici, sur le site du CBI.
(Lien consulté le 2 décembre 2017.)

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Divers : La construction des langues

Je découvre aujourd’hui une émission de France Culture, intitulée « La construction des langues », dans laquelle intervient principalement Charles Brazart, agrégé d’anglais et chercheur au laboratoire de linguistique de Nantes.
Dans cette émission nous est expliqué de façon claire la façon dont les langues ont été et sont construites. On y parle de la langue chinoise de Chine continentale, qui est qualifiée de « langue construite » par le régime chinois depuis cinquante ans (sur ce point précis, je suis plutôt réservé). Mais il y est aussi question des aires linguistiques, de l’origine des langues (notamment des langues indo-européennes), des langues construites (esperanto, volapuk…), des langues des signes…
Cette émission est fort intéressante, et mérite largement, à mon humble avis, de consacrer une heure à son écoute.
L’émission, dont l’enregistrement date de 2016, peut être écoutée ici, sur le site de France Culture.

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