Vocabulaire : Les couleurs des ailes de perruche et de l’urine bovine

Le vocabulaire des couleurs en khmer est très riche. Il y a bien sûr les couleurs les plus courantes : ខ្មៅ [khmav] noir ; ស [sâ] blanc ; លឿង [lœueng] jaune ; ក្រហម  [krâ-hâm] rouge. Cela se complique un peu pour le bleu et le vert, car, comme en chinois, un seul mot était traditionnellement utilisé pour les couleurs de la portion de l’échelle chromatique qui s’étend du bleu au vert : ខៀវ [khiav], qui, selon les cas, peut donc se traduire par bleu ou vert (en chinois, c’est aussi le cas pour le mot 青 [qīng]). Certes, aujourd’hui, on a tendance à penser que le mot ខៀវ désigne la couleur bleue, mais pour bien faire la différence entre le bleu et le vert, les Khmers ont emprunté aux Siamois le mot បៃតង [baï-tang] pour désigner la couleur verte, et ont inventé le mot ពណ៍ទឹកប៊ិច [poa teuk-bich] (littéralement : couleur d’encre de stylo Bic) pour désigner la couleur bleue.
Il existe aussi des noms de couleur inspirés par l’observation de l’environnement ; par exemple, l’orange est la couleur du jus d’orange (ពណ៍ទឹកក្រូច [poa teuk kroch]), le gris est celle de la cendre (ពណ៍ប្រផេះ [poa prâ-phèh]), le bleu marine celle du bleu de la mer (ខៀវ​សមុទ្រ [khiev samot]), l’azur celle du ciel (ពណ៍​ផ្ទៃ​មេឃ [poa phteï-mék), etc.
Dans le roman Orange Blossom de Bunchan Sokserei, j’ai découvert deux noms de couleurs dont j’ignorais l’existence. Le premier se trouve page 204 et sert à décrire la couleur des rizières dans lesquelles passe un cortège funéraire : ស្រែខ្លះមានពណ៍​ខៀវ​ស្រងាត់ ស្រែ​ខ្លាះ​មាន​ពណ៍​ស្លាប​សេក ស្រែ​ខ្លះ​មាន​ពណ៍​លឿង​ខ្ចី : Certaines rizières avaient une couleur vert foncé (ខៀវ​ស្រងាត់ [khiev srâ-gat], remarquez ici l’utilisation du mot ខៀវ pour désigner le vert), d’autres la couleur des ailes de perruche (ស្លាបសេក [slab sek]), d’autres encore avaient une couleur jaune clair (លឿង​ខ្ចី [loeueng-khchei]). Le vert foncé et le jaune sont faciles à comprendre, la couleur « ailes de perruche », en revanche, l’est moins. Il s’agit d’une couleur proche de celle des ailes des perruches ci-dessous (Photographie : Karthik Easvur, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons), peut-être un peu plus claire :

A la page 220 de ce même ouvrage, la romancière décrit la couleur du sucre de palme en fin de cuisson :
ទឹក​ត្នោត​បាន​ប្រែ​ពីរាវ​និង​ពណ៍​ស​ភ្លាវ​ មក​ជា​ខាប់​ពណ៍​រាងក្រហម​ប្រឿងៗ (ដែលអ្នកស្រុក​គេ​ហៅ​ថា​ពណ៍​ទឹក​នោម​គោ) : La sève du palmier à sucre, de liquide et de couleur blanchâtre (ស​ភ្លាវ [sâ phliev]), avait pris une consistance épaisse et une couleur rouge clair (ក្រហម​ប្រឿងៗ [krâ-hâm proeueng-proeueng]) (que certains villageois appellent couleur d’urine de bovin – ពណ៍​ទឹក​នោម​គោ [poa teuk nôm kô]).
La couleur de l’urine des bovins est variable selon l’animal, mais l’urine illustrée ci-dessous a une couleur proche de celle du sucre de palme en fin de cuisson (la photo vient d’une page web d’un site consacré à la médecine indienne, qui présente les effets thérapeutiques de l’urine de vache, ici)  :

Je ne doute pas de découvrir dans d’autres lectures d’autres descriptions « exotiques » des couleurs, je vous en ferai profiter…

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Poésie : Pich Tum Krovil, « L’Homme au krâsang »

Pich Tum Krovil (ពេជ្រ ទុំក្រវិល, 1943-2015) était un intellectuel réputé, spécialiste de la littérature cambodgienne et acteur célèbre. Il a publié une vingtaine d’ouvrages consacrés aux formes traditionnelles de l’art khmer, ainsi que, en 2011, un recueil de poèmes : Les Chants des crickets de fer (ចម្រៀង​ចង្រិត​ដែក). Dans ce recueil, un poème burlesque intitulé « L’homme au krâsang » (បុរស​ផ្លែ​ករសាំង) est bien connu des Cambodgiens.
Pour rappel, l’arbre krâsang (ក្រសាំង, Feroniella lucida) donne son nom à son fruit, proche parent des Citrus, connu pour la dureté extrême de sa peau (j’ai publié sur Tela Botanica un article consacré à cette espèce, voir ici). Cette caractéristique a toute son importance dans le poème dont je vous propose ci-dessous la traduction. Le texte khmer suit la traduction, et après le texte khmer, je vous réserve une petite surprise.
Ci-dessous, un krâsang. (Pour fendre le fruit en doux, j’ai dû m’armer d’une feuille de boucher et d’un marteau !)

(Photographie : Pascal Médeville)

L’Homme au krâsang
1.
En pleine saison sèche, à l’ombre d’un krâsang,
Un homme s’arrête, pour se rouler une cigarette,
Se reposant à l’ombre, au bord d’une diguette
D’un joli champ de citrouilles.
2. Il se met à râler : « En y réfléchissant,
Un peu intensément, la nature est mal faite !
Et là elle n’est pas juste, quand elle donne des citrouilles
Grosses comme des paniers.
3.
En effet les citrouilles ont pour coutume
De ramper sur le sol, tandis que le krâsang,
Qui a l’ombre si fraîche, a des fruits minuscules.
Il y a quelque chose qui ne va pas !
4.
Avec cet arbre immense, des fruits comme des citrouilles,
Ce serait magnifique ! » Juste à ce moment-là,
Un vent furieux survient, grondant comme un avion,
Secouant le krâsang.
5.
Les branches s’agitent, à s’en presque briser
Car le vent souffle fort ; un fruit se détache.
Quand il tombe sur la tête de l’homme, ce krâsang assassin
Lui met devant les yeux trente-six chandelles.
6.
Des mains couvrant son chef, notre homme s’écrie :
« La nature est bien faite ! Car gros comme une citrouille,
Ce fruit à la peau dure m’aurait cassé la tête,
Et je mangerais maintenant les pissenlits par la racine ! »
Voici le texte khmer :
ពេជ្យ ទុំក្រវិល – បុរសផ្លែក្រសាំង
កំណាព្យ​បទ​កាក​គតិ

(១) នារដូវប្រាំង ក្រោមម្លប់ក្រសាំង
បុរសម្នាក់ឈប់ មូរបារីជក់
សម្រាកក្រោមម្លប់ ប្របជើងទំនប់
ក្បាលចំការល្ពៅ។
(២) គាត់រអ៊ូថា បើពិចារណា
ឱ្យស៊ីជម្រៅ បង្កើតធម្មជាតិ
នេះមិនត្រឹមត្រូវ បណ្ដោយឱ្យល្ពៅ
ផ្លែប៉ុនៗល្អី។
(៣) កំពូជអាល្ពៅ ធ្លាប់តែរស់នៅ
ដើមវល្លិ៍វារដី ដើមក្រសាំងខ្ពស់
មានម្លប់ត្រឈៃ ផ្លែប៉ុនកដៃ
វាមិនសមសោះ។
(៤) ដើមក្រសាំងធំ ផ្លែប៉ុនល្ពៅទុំ
ទើបសមឥតខ្ចោះ គាប់ជួនពេលនោះ
ខ្យល់កួចបោកបក់ លាន់ដូចយន្ដហោះ
កួចមែកក្រសាំង។
(៥) មែកក្រសាំងវ័ធ ស្ទើរតែបាក់ភ្លាត់
ព្រោះខ្យល់កួចខ្លាំង យោកមែកធ្លាក់ផ្លែ
ត្រូវក្បាលលាន់ម៉ាំង មួយផ្លែក្រសាំង
ផ្កាយរះពេញភ្នែក។
(៦) ភ្ញាក់ដៃខ្ចប់ក្បាល រួចស្រែកចំទាល
យីត្រូវអនេក បើឱ្យវាធំ
ផ្លែរឹងដូចដែក ក្បាលឯងនឹងបែក
ស្នូលដីមិនខាន?។
La surprise promise ?
Un lecteur de l’article publié sur Tela Botanica a remarqué que le sens de ce poème était identique à celui d’un fable de Jean de La Fontaine, intitulée « Le gland et la citrouille ». La similitude est effectivement frappante. Voici dont la fable en question :
Jean de La Fontaine – Le Gland et la Citrouille
Dieu fait bien ce qu’il fait. Sans en chercher la preuve
En tout cet Univers, et l’aller parcourant,
Dans les Citrouilles je la treuve.
Un villageois considérant,
Combien ce fruit est gros et sa tige menue :
À quoi songeait-il, dit-il, l’Auteur de tout cela ?
Il a bien mal placé cette Citrouille-là !
Hé parbleu ! Je l’aurais pendue
À l’un des chênes que voilà.
C’eût été justement l’affaire ;
Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.
C’est dommage, Garo, que tu n’es point entré
Au conseil de celui que prêche ton Curé :
Tout en eût été mieux ; car pourquoi, par exemple,
Le Gland, qui n’est pas gros comme mon petit doigt,
Ne pend-il pas en cet endroit ?
Dieu s’est mépris : plus je contemple
Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo
Que l’on a fait un quiproquo.
Cette réflexion embarrassant notre homme :
On ne dort point, dit-il, quand on a tant d’esprit.
Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme.
Un gland tombe : le nez du dormeur en pâtit.
Il s’éveille ; et portant la main sur son visage,
Il trouve encor le Gland pris au poil du menton.
Son nez meurtri le force à changer de langage ;
Oh, oh, dit-il, je saigne ! et que serait-ce donc
S’il fût tombé de l’arbre une masse plus lourde,
Et que ce Gland eût été gourde ?
Dieu ne l’a pas voulu : sans doute il eut raison ;
J’en vois bien à présent la cause.
En louant Dieu de toute chose,
Garo retourne à la maison.

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Vidéo : Opium en Indochine, une affaire d’Etat

L’une des principales ressources financières de l’Indochine française était celle apportée par le très lucratif et très immoral commerce de l’opium.
Pour administrer ce commerce avait été créée en 1897, par l’administration de Paul Doumer (gouverneur général de l’Indochine français de 1897 à 1902), la Régie de l’Opium, qui avait le monopole de l’achat, de la fabrication et de la vente de ce stupéfiant dans tout le territoire indochinois.
Un documentaire de 54 minutes diffusé le 18 décembre 2022 sur la chaîne France 5 retrace l’histoire du commerce de l’opium pratiqué par l’administration française.
Le documentaire est disponible ici, sur France TV, jusqu’au 26 avril 2023. (Nota : Si vous n’êtes pas en France, vous aurez probablement besoin d’un VPN pour le visionner.)

Planche botanique du pavot (Papaver somniferum), plante dont la sève, matière première de l’opium, est extraite. (Image du domaine public, Prof. Dr. Otto Wilhelm Thomé Flora von Deutschland, Österreich und der Schweiz 1885, Gera, Germany)
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Vocabulaire : Pousse-pousse

Dans un roman khmer que je suis en train de lire, le personnage principal se trouve à Saïgon (សៃហ្កន). On lui propose de lui appeler un « pousse-pousse » pour ses déplacements.
Le pousse-pousse est un ancien moyen de locomotion, muni de deux roues, d’un siège et de deux bras, tiré par un homme à pied. Ce véhicule fit son apparition au Japon, où il était appelé « jin riki sha » (人力車), littéralement « véhicule à force humaine » ; le mot est resté en chinois, prononcé « rénlìchē » (d’autres mots en chinois sont également utilisés pour désigner le pousse-pousse). Il est l’un des symboles forts de l’exploitation de l’homme par l’homme.
Dans le roman, le mot khmer utilisé est ឆែកែវ [chae-kaev]. Quelques rapides recherches permettent de découvrir qu’il s’agit en fait d’un emprunt au vietnamien « xe kéo » : « xe » signifie « véhicule » et correspond au mot chinois 车 (prononcé « chē », écrit 車 en chinois traditionnel), « kéo » signifie « tirer ».
D’autres mots khmers concurrents existent : រទេះអូស [roteh us], littéralement « chariot tiré », mais ce mot peut aussi désigner une brouette, ou tout autre véhicule comportant deux roues, deux bras, et tracté par un homme ou, plus rarement, par un animal. Le dictionnaire de Chuon Nath donne encore le mot រថអូស [rât us] (véhicule tiré), qui est apparemment tombé en désuétude, et même le mot ពុសស្ពុស [pus-spus], qui est bien évidemment la transcription phonétique du mot français.
PS : Un roman chinois très connu et à recommander sans réserve, de Lao She (老舍), Le Pousse-pousse, ou Chameau le Veinard (《骆驼祥子》 [luòtuo xiángzi), raconte le destin tragique d’un tireur de pousse-pousse dans le Pékin des années 1920. Ci-dessous, la couverture de la traduction française du roman de Lao She, aux Éditions Philippe Picquier (l’image vient du site de l’éditeur) :

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La fête du sillon sacré… en Chine

La fête du sillon sacré est bien connue au Cambodge. Célébrée chaque année, elle marque le début de la saison agricole, et elle est le symbole de l’importance attachée par le Roi à l’agriculture du pays.
Ce que l’on ignore souvent, c’est que des cérémonies similaires avaient lieu dans d’autres pays, comme en Chine. Pierre Poivre, dans ses Œuvres complètes de Pierre Poivre (pp. 185~187) décrit ce qu’il appelle une « cérémonie de l’ouverture des terres » à laquelle il a assisté en Chine au début du XVIIIe siècle.

Cérémonie de l’ouverture des terres[1]
Chaque année, le quinzième jour de la première lune[2], qui répond ordinairement aux premiers jours de mars , l’empereur fait en personne la cérémonie de l’ouverture des terres. Le prince se transporte en grande pompe au champ destiné à la cérémonie[3]. Les princes de la famille impériale, les présidents des cinq grands tribunaux[4], et un nombre infini de mandarins, l’accompagnent. Deux côtés du champ sont bordés par les officiers et les gardes de l’empereur ; le troisième est réservé à tous les laboureurs de la province, qui accourent pour voir leur art honoré et pratiqué par le chef de l’empire. Les mandarins occupent le quatrième.
L’empereur entre seul dans le champ, se prosterne et frappe neuf fois la tête contre terre pour adorer le Tien[5], c’est-à-dire le Dieu du ciel. Il prononce à haute voix une prière réglée par le tribunal des rites[6], pour invoquer la bénédiction du grand maître sur son travail et sur celui de tout son peuple, qui est sa famille. Ensuite, en qualité de premier pontife de l’empire, il immole un bœuf qu’il offre au ciel, comme au maître de tous les biens. Pendant qu’on met la victime en pièces et qu’on la place sur un autel, on mène à l’empereur une charrue attelée d’une paire de bœufs magnifiquement ornés. Le prince quitte ses habits impériaux, saisit le manche de la charrue[7], et ouvre plusieurs sillons dans toute l’étendue du champ[8] ; puis d’un air aisé, il remet la charrue aux principaux mandarins qui labourent successivement, se piquant les uns et les autres de faire ce travail honorable avec plus de dextérité[9]. La cérémonie finit par distribuer de l’argent et des pièces d’étoffes aux laboureurs qui sont présents, et dont les plus agiles exécutent le reste du labourage avec adresse et promptitude en présence de l’empereur.
Quelque temps après qu’on a donné à la terre tous les labours et les engrais nécessaires, l’empereur vient de nouveau commencer la semaille de son champ, toujours avec cérémonie et en présence des laboureurs.
La même cérémonie se pratique le même jour dans toutes les provinces de l’empire par les vice-rois, assistés de tous les magistrats de leur département, et toujours en présence d’un grand nombre de laboureurs de la province. J’ai vu cette ouverture des terres à Canton, et je ne me rappelle pas avoir jamais vu aucune des cérémonies inventées par les bommes, avec autant de plaisir et de satisfaction que j’en ai eu à considérer celle-là.

Les informations données dans les notes ci-dessous proviennent essentiellement d’un article décrivant la cérémonie d’ouverture des terres par les empereurs de la dynastie des Qinq, article disponible en ligne, ici.
Ci-dessous, la scène du labourage, deuxième tableau d’un ensemble de 23 tableaux décrivant les différentes étapes de la riziculture, ensemble intitulé Tableaux des labours et du tissage de Yongzheng (《雍正耕织图》 [yōnghzèng gēngzhītú]), commandité par le futur empereur Yongzheng (1678-1735) :

Cérémonie impériale au Temple de l’Agriculture (cliquer sur l’image pour l’agrandir) :


[1] La cérémonie de l’ouverture des terres était pratiquée en Chine dès les temps les plus anciens. Cette cérémonie existait déjà à l’époque de la dynastie des Zhou (ca. -1100~-256). Pendant la dynastie des Qing (1644-1911), cette cérémonie fut exécutée pour la première fois en 1654.
[2] Il s’agissait en réalité du premier jour « hai » (亥日 hàirì) du premier mois du calendrier lunaire. La date était variable, mais effectivement c’était en général un jour près du quinzième jour de ce premier mois lunaire.
[3] A Pékin, capitale de la dynastie des Qing, le champ en question se trouvait au Temple de l’Agriculture (先农坛 [xiānnóngtán]), dans le district de Xuanwu (宣武区 [xuānwǔqū]), dans le sud-ouest de Pékin. Le champ était appelé le « champ de la cérémonie du labourage » (演耕田 [yǎn’gēngtián]) ; il ne mesurait qu’un mu et trois dixièmes, soit un peu moins de 1000 mètres carrés. Le Temple de l’Agriculture était le lieu où l’empereur effectuait différentes cérémonies en relation avec l’agriculture.
[4] Tribunaux : Il s’agit en fait des grands ministères, dont le nombre a varié. A l’époque de la dynastie des Qing (1644-1911), il y avait en réalité six grands ministères. Les ministres participaient à la cérémonie de l’ouverture des terres.
[5] 天 tiān : le Ciel ; l’empereur de Chine est qualifié de « fils du Ciel » 天子 tiānzǐ
[6] Il s’agit du Ministère des Rites 礼部 lǐbù
[7] L’empereur saisit le manche de la charrue d’une main et tient un fouet dans l’autre.
[8] Les sillons étaient au nombre de trois. L’empereur faisait trois aller-retour. L’empereur n’était pas seul : des laboureurs sélectionnés dans tout l’empire assistaient le souverain en soutenant pour lui la charrue.
[9] Après avoir labouré, l’empereur observait les membres de la famille impériale et les grands mandarins labourer le champ du haut de la « terrasse de l’observation des labours » (观耕台 [guān’gēngtái]).

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Poésie : Khun Srun, La vie du rônier

(Je reprends ici, en y ajoutant le texte en khmer du poème de Khun Srun, un article que j’avais publié sur Tela Botanica le 19 septembre 2022 sous le titre de « La vie du rônier, poème Khmer », voir ici)

Les Cambodgiens sont à juste titre fiers de leurs ressources naturelles, qu’il s’agisse d’oiseaux, de félins, de fleurs, de fruits ou d’arbres… Aussi n’est-il pas étonnant que les poètes khmers choisissent pour sujets de leurs odes les représentants les plus appréciés de la flore de leur pays. C’est le cas du poème présenté ici, qui est consacré à l’arbre emblème du Cambodge : le palmier à sucre.

Khun Srun (ឃុន ស្រ៊ុន, 1945-1978), enseignant, écrivain, journaliste, poète, fut une figure majeure parmi les intellectuels cambodgiens des années 1960-1970. Il fut emprisonné à deux reprises dans les geôles du maréchal Lon Nol, qui avait reversé Norodom Sihanouk par un coup d’État en 1970. Après son second emprisonnement, il décida en 1973 de fuir Phnom Penh pour rejoindre la guérilla khmère rouge. Il fut assassiné par les suppôts de Pol Pot, avec presque toute sa famille, dans la sinistre prison S-21 en décembre 1978, quelques jours à peine avant l’entrée des troupes vietnamiennes à Phnom Penh (janvier 1979). Son poème « La vie du rônier » (ជីវិតដើមត្នោត) se trouve dans un recueil de textes intitulé La Beauté de la vie (សម្រស់ជីវិត), publié à Phnom Penh en 1971.
Dans « La vie du rônier », Khun Srun dresse en quelques traits un portrait tout à fait fidèle du palmier à sucre (appelé aussi rônier, ou encore borasse, Borassus flabellifer, en khmer ត្នោត [tnaot]), qui a été choisi comme arbre symbole du Cambodge. Le poète parle de la façon dont ce palmier pousse, de sa rusticité, de sa silhouette élancée et reconnaissable entre toutes, omniprésente sur les diguettes de la campagne cambodgienne, de ce qu’il apporte aux hommes…
La traduction que je propose ci-dessous n’est pas littérale. J’ai plutôt tenté de rendre en français la poésie du texte khmer.
Khun Srun – La vie du rônier
1. On abandonne ses graines à la terre des rizières,
Il n’est pas surveillé comme les potagers,
Il n’est pas dorloté comme les fleurs des barrières,
Et il est pour cela de tous apprécié.
2. Il se dresse, solitaire, de nombreuses années,
De sa silhouette il marque les limites des champs,
Il ne plie ni ne rompt sous la force du vent,
Mais il n’ est pas l’objet des éloges des hommes.
3. Quand enfin il déploie sa svelte silhouette,
On lui coupe ses palmes et l’on cueille ses fruits,
On prélève sa sève le matin et le soir,
Le rônier est heureux d’offrir tout ce qu’il a.
4. Un rônier dont la taille dépasse les autres,
Se trouve à la merci de la foudre implacable,
Son grand corps décharné se dresse dans le vide,
Et il arrête alors de donner son nectar.
5. Et même s’il parvient à surpasser l’épreuve,
Quand la foudre a frappé mais qu’il survit encore,
Tous ceux qui l’aperçoivent tremblent en le voyant,
Disent qu’il porte malheur et ne l’approchent plus.

Un rônier devant le temple d’Angkor Wat (photo personnelle)

Ci-dessous, le texte original :
ឃុន ស៊្រុន – ជីវិតដើមត្នោត
១.គេបោះគ្រាប់ចោលតាមដីស្រែ   គ្មានថែដូចដាំដំណាមផង
  គ្មានថ្នមដូចផ្កាក្នុងរបង   អ្នកផងខ្លះកោតត្នោតព្រឹក្សា។
២.ដែលរស់ឯងឯងអង្វែងឆ្នាំ ឈរចាំព្រំដែនដីចម្ការ
  គ្មានរេទន់ទេរតាមវាតា បានត្រឹមគេថាគ្រាន់បើដែរ។
៣.ដើមណាដុះខ្ពស់ពេញរូបរាង គេកាប់មែកធាងបេះផ្កាផ្លែ
គេរឹតទាំងទឹកព្រឹកល្ងាចហែ នៅតែត្នោតឱ្យដោយត្រេកអរ។
៤.ដើមណាលូតខ្ពស់ហួសគេឯង ភ្លើងផ្សែងរន្ទះរះដាច់ក
ក្ស័យប្រាណត្រងាលកណ្ដាលល្ហ ខានផ្ដល់ជាតិស្ករឱ្យអនុស្សា។
៥.បើត្នោតអាយុថ្លៃនៅឡើយ រន្ទះបាញ់ហើយមិនមរណា
គេនាំគ្នាគិតនឹករអា    គេថាចង្រៃគេលែងជិត។ PS :
1. Au sujet de Khun Srun, on pourra utilement consulter la page Wikipedia qui lui est consacrée en anglais (ici) ;
2. Un autre recueil de textes de Khun Srun, très émouvant, intitulé L’Accusé, a été traduit en français par Christophe Macquet et publié en avril 2018 aux Éditions du Sonneur (ISBN : 9782373850772) ; le livre est aussi disponible au format E-book (ISBN ebook : 9782373850895) ; j’avais consacré un billet à la traduction de Christophe Macquet en mars 2018, voir ici.

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Expression idiomatique : Une montagne et deux tigres

Je lis dans un roman récent une expression des plus imagées : ភ្នំ​មួយ​មិន​អាច​មាន​ខ្លា​ពីរ [phnom mouy men ach mean khla pi], qui se comprend sans difficulté : il ne peut pas y avoir deux tigres sur une montagne.
Contexte : deux personnes sont chargées ensemble de la direction d’une entreprise, mais parviennent pas à se mettre d’accord, et les employés de l’entreprise décrivent la situation en expliquant que deux tigres ne peuvent pas cohabiter sur la même montagne.
Cette expression est probablement d’origine chinoise. En effet, on dit fréquemment en Chine, pour décrire une situation dans laquelle deux personnes rivalisent pour prendre le dessus l’une sur l’autre : 一山不容二虎 [yī shān bù róng èr hǔ] : une montagne n’admet pas deux tigres, ou tout simplement 一山二虎 [yī shān èr shǔ] : une montagne deux tigres.
L’expression a même été utilisée pour traduire le titre d’un livre de Richard C. Bush, spécialiste américain des affaires chinoises, publié en 2010 et intitulé The Perils of Proximity: China-Japan Security Relations (Les dangers de la proximité : les relations de sécurité entre la Chine et le Japon).
Ci-dessous, la couverture de la traduction en chinois de cet ouvrage (l’image vient du site Yahoo Auctions) :

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Langue : Pierre-feuille-ciseaux

Au Cambodge aussi, on joue à « pierre-feuille-ciseaux », mais on parle plutôt de marteau (ញញួរ [nho-nhuo]), de feuille (ក្រដាស [krâ-dah]) et de ciseaux (កន្ត្រៃ [kân-tray]). Jusque-là, tout va bien…
En revanche, le nom khmer du jeu m’intrigue un peu : ប៉ាវស៊ីញស៊ុម [pav-sign-sum]. Prises individuellement ou ensemble, ces trois syllabes n’ont pas vraiment de sens. Intuitivement, je me dis qu’il doit s’agir d’une transcription en khmer du nom chinois du jeu. Cependant, le nom chinois que je connais (剪刀石头布 [jiǎngdāo, shítou, bù], i.e. ciseaux, pierre, étoffe) ne correspond absolument pas à la prononciation du khmer. Le mystère s’épaissit…
En effectuant une recherche sur Internet, je me rends compte que la version chinoise que je connais n’est que l’une des nombreuses versions qui existent en Chine. L’énoncé et la prononciation varient en effet selon les régions et les dialectes.
La version qui me semble la plus proche de la prononciation cambodgienne est une version cantonaise : 布剪-som ([bou] étoffe, [zin] ciseaux, « som » étant la prononciation d’un caractère non identifié).
(Notons enfin que différentes versions chinoises remplacent aussi la pierre par le marteau (锤 [chuí]).)

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Pierre Poivre, Cambodge et Champa

Après avoir donné une description circonstanciée et enthousiaste de Ponthiamas, Pierre Poivre dresse un triste et bref portait du Cambodge et du Champa au début du XIXe siècle (pp. 143-144 des Œuvres complètes) :
En sortant de Ponthiamas, on trouve au nord les terres du Cambodge et du Champa. Elles sont naturellement de la plus grande fertilité, surtout celles de Cambodge, qui paraissent avoir été anciennement bien cultivées ; mais Je gouvernement de ces deux petits états n’a aucune forme stable. Les habitants, toujours occupés à détruire des
tyrans, pour en recevoir d’autres, ont abandonné la culture. Leurs terres pourraient être couvertes de riz et de troupeaux, et ils sont réduits à ne vivre que de quelques racines qu’ils arrachent au travers des ronces qui
couvrent leurs champs.(1)
Les voyageurs trouvent avec étonnement, à quelque distance de la peuplade de Cambodge, les ruines d’une ancienne ville bâtie en pierre, dont l’architecture a quelque rapport avec celle de l’Europe.(2) Les terres des environs portent encore des traces de sillons qui y furent ouverts autrefois. En cet endroit, tout annonce que l’agriculture et les autres arts y ont fleuri, mais ils sont disparus avec la nation qui les possédait. Celle qui habite aujourd’hui ce pays, n’a aucune histoire, aucune tradition même qui puisse donner des éclaircissements à ce sujet.
Notes :
(1) Cette description de la désolation de la région est à rapprocher de celle qu’Adhémard Leclère fit dans son journal, moins d’un siècle plus tard, de la région de Kampot, où il séjourna de 1886 à 1890. Voir Luc Mogenet, Kampot – Miroir du Cambodge, Annexe III, « Adhémard Leclère et Kampot », pp. 251~262 (2003, Éditions You-Feng)
(2) Pierre Poivre parle ici probablement d’Angkor Borei (អង្គរបុរី) (dans l’actuelle province de Takeo, dans le sud du Cambodge), qui fut la dernière capitale du Founan.
Sur la carte ci-dessous, Ponthiamas, le Champa (Tsiompa) et le Cambodge. Il s’agit du détail d’une carte datée de 1801, dressée par John Cary et intitulée « A New Map of the East India Isles, from the Latest Authorities » (l’image vient de Wikipedia, voir ici)

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Histoire : Ponthiamas

Pierre Poivre (1719-1786), horticulteur, botaniste, administrateur… s’embarque en 1741 pour la Chine. Il passe par l’Afrique, Madagascar, l’Inde, l’Asie du Sud-Est. Il séjourne deux ans à Canton (Guangzhou), puis il passe à Macao avant de s’installer à Fai-fo (aujourd’hui Hội An, dans le centre du Vietnam). Il était parti comme missionnaire, mais il oublie rapidement sa mission première pour se passionner pour le commerce et l’agriculture. En 1768, il publie les Voyages d’un philosophe, observations sur les mœurs et les arts des peuples de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique. Cet ouvrage est réédité en 1797 sous le titre d’Œuvres complètes de Pierre Poivre… ; le livre reprend les Voyages et inclut quelques autres textes de Pierre Poivre. (Concernant Pierre Poivre, voir ici l’article que lui consacre Wikipedia.) Dans le texte des Voyages, de nombreux passages intéresseront sans doute ceux qui se passionnent pour l’Asie.
Dans les pages 137 à 142 des Œuvres complètes, Poivre relate dans un chapitre intitulé « Origine du royaume de Ponthiamas » l’œuvre de Mạc Cửu, Chinois qui avait fui sa région natale de Leizhou, dans la province du Guangong, pour s’installer en 1687 dans le delta du Mékong, dans la région de l’actuelle ville vietnamienne de Hà Tiên, à la frontière du Cambodge. (Concernant l’aventure de Mạc Cửu, je vous invite à lire ici, sur le site du Cambodge Mag un excellent article de Jean-Michel Filippi, intitulé « Ponthiamas, un « royaume » oublié au sud du Cambodge ».)
Je reproduis ci-dessous le texte de ce chapitre ; je me suis contenté d’adapter l’orthographe et la ponctuation aux usages modernes, et d’ajouter quelques notes à la suite du texte.

Une statue de Mạc Cửu à Hà Tiên (Bùi Thụy Đào Nguyên, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

Origine du royaume de Ponthiamas
En quittant les îles et les terres des Malais, on trouve au nord un petit territoire nommé Cancar(1), et connu sur les cartes marines sous le nom de Ponthiamas(2). Il est enclavé dans le royaume de Siam, que le despotisme dépeuple sans cesse, entre celui de Cambodge, dont le gouvernement n’a aucune forme stable, et entre les terres de la domination des Malais, dont le génie, sans cesse agité par leurs lois féodales, ne peut souffrir la paix, ni au dedans, ni au dehors. Environné de tels voisins, ce beau pays était inculte, et presque sans habitants, il y a environ cinquante années.
Un négociant chinois, maître d’un vaisseau qui servait à son commerce, fréquentait ces côtes avec ce génie réfléchi, et cette intelligence qui est naturelle à sa nation. Il vit avec douleur des terres immenses condamnées à la stérilité, quoiqu’elles fussent d’un sol naturellement plus fertile que celles qui faisaient la richesse de son pays : il forma le projet de les faire valoir. Dans ce dessein, il s’assura d’un certain nombre de cultivateurs de sa nation et des nations voisines, puis il commença par se ménager, avec art, la protection des princes les plus puissants du voisinage, qui lui donnèrent une garde à sa solde.
Dans ses voyages aux îles Philippines et à Batavia, il avait pris des Européens ce qu’ils ont de meilleur, suivant les Chinois, dans la science politique, l’art de se fortifier et de se défendre. Bientôt les profits de son commerce le mirent en état d’élever des remparts, de creuser des fossés, et de se pourvoir d’artillerie. Ces premières précautions le mirent à couvert d’un coup de main, et le garantirent des entreprises des peuples barbares qui l’environnaient.
Il distribua les terres à ses cultivateurs en pur don, sans aucune réserve de ses droits, connus sous le nom de services, lods(3) et ventes, droits qui, ne laissant aucune propriété, sont le fléau te plus terrible de l’agriculture, et dont l’idée n’est jamais tombée sous le sens commun des peuples sages. Il ajouta à ce premier bienfait, celui de procurer à ses colons tous les instruments pour faire valoir les terres.
Dans son projet de former un peuple de laboureurs et de négociants, il crut ne devoir proposer que les lois que la nature a données aux hommes de tous les climats ; il sut les faire respecter en leur obéissant le premier, en donnant l’exemple de la simplicité, du travail, de la frugalité, de la bonne foi et de l’humanité ; il n’établit aucune loi, il fit plus, il établit des mœurs.
Son territoire devint le pays de tous les hommes laborieux qui voulurent s’y établir. Son port fut ouvert à toutes les nations ; bientôt les forêts furent abattues avec intelligence, les terres furent ouvertes et ensemencées de riz ; des canaux tirés des rivières inondèrent les champs, et des moissons abondantes fournirent d’abord aux cultivateurs la matière de leur subsistance, puis l’objet d’un commerce immense.
Les peuples barbares du voisinage, étonnés de la promptitude avec laquelle l’abondance avait succédé à la stérilité, vinrent chercher leur nourriture dans les magasins de Ponthiamas. Ce petit territoire est regardé comme le grenier le plus abondant de cette partie orientale de l’Asie. Les Malais, les Cochinchinois, Siam même, ce pays naturellement si fertile, regardent ce port comme une ressource assurée contre les disettes.
Les procédés de la culture du riz, qui est la principale du pays, sont les mêmes qu’en Cochinchine […]. Mon objet est de faire remarquer que ce n’est pas à une méthode particulière de cultiver la terre, que les heureux habitants de Ponthiamas doivent l’abondance dont ils jouissent, mais à leurs lois et à leurs mœurs.
Si le négociant chinois, fondateur de cette société de laboureurs négociants, imitant le vulgaire des souverains de l’Asie, avait établi des impôts arbitraires ; si, par une invention féodale dont il avait l’exemple chez ses voisins, il avait voulu garder pour un seul la propriété des terres, en feignant de les céder aux cultivateurs ; si, dans un palais, il avait établi le luxe à la place de la simplicité qu’il fit régner dans sa maison ; s’il avait mis sa grandeur à avoir une cour brillante, à se voir environné d’une foule de serviteurs inutiles, en donnant la préférence aux talents agréables ; s’il avait méprisé ces hommes laborieux qui ouvrent la terre, l’arrosent de leur sueur, et nourrissent leurs frères ; s’il avait traité ses associés comme des esclaves ; s’il avait reçu dans son port les étrangers autrement que comme ses amis, les terres de son territoire seraient encore en friche et dépeuplées, ou ses malheureux habitants mourraient de faim, malgré toutes leurs connaissances sur l’agriculture, et avec les instruments les plus merveilleux, soit pour ouvrir la terre, soit pour l’ensemencer. Mais le sage Kiang-tse(4), c’est le nom du négociant chinois dont je parle, persuadé qu’il serait toujours très riche si ses cultivateurs l’étaient, n’établit qu’un droit médiocre sur les marchandises qui entraient dans son port ; le revenu de ses terres lui parut suffire pour le rendre puissant. Sa bonne foi, sa modération, son humanité le firent respecter. Il ne prétendit jamais régner, mais seulement établir l’empire de la raison.
Son fils(5), qui occupe aujourd’hui sa place, a hérité de ses vertus, comme de ses biens. Il est parvenu par l’agriculture et le commerce des denrées que produit son territoire, à un tel degré de puissance, que les barbares ses voisins lui donnent tous le titre de roi qu’il dédaigne. Il ne prétend des droits de la royauté
que le plus beau de tous, celui de faire du bien à tous les hommes. Très content d’être le premier laboureur et le premier négociant de son pays, il mérite sans doute, ainsi que son père, un titre plus grand que celui de roi, celui de BIENFAITEUR DE L’HUMANITÉ.
Qu’il me soit permis de le dire ici en passant, quelle différence entre de tels hommes et ces conquérants célèbres qui ont étonné, désolé la terre, et qui, abusant du droit de conquête, ont établi des lois, qui, même après que le genre humain a été délivré d’eux, perpétuent encore les malheurs du monde, pendant la suite des siècles !

Notes :
(1) Cancar est probablement la transcription phonétique de la prononciation cantonaise du mot chinois 港口 gǎngkǒu, prononcé en cantonais [gong2-hau2]. Noter que le nom khmer de l’endroit est ពាម [peam], mot qui désigne l’embouchure d’un fleuve ou un port. Le dictionnaire khmer de Chuon Nath indique que ពាម est l’ancien nom de l’actuel district de Kampong Trach កំពងត្រាច, dans l’est de la province de Kampot, à la frontière avec le Vietnam. Aujourd’hui, les Cambodgiens appellent « province de Peam » ខេត្តពាម [khaet peam] la province vietnamienne de Kiên Giang, dont Hà Tiên fait partie. Dans son Voyage dans les royaumes de Siam…, Henri Mouhot parle du port de Cancoo.
(2) Ponthiamas est la transcription phonétique du khmer បន្ទាយមាស [banteay meas], littéralement la « citadelle d’or », nom qui désigne aujourd’hui un district de la province de Kampot, à la frontière du Vietnam, au nord-est du district de Kampong Trach.
(3) Lod ou laud : ancienne taxe, droit de mutation testamentaire
(4) Kiang-tse : sans doute le prénom social (字 [zì]) de Mạc Cửu ; il est habituel en Chine de parler de quelqu’un en le désignant par son prénom social.
(5) Mạc Thiên Tứ (鄚天賜 [mò tiāncì], 1700-1780)

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