Cinoche : Ombre sur Angkor, film de Norodom Sihanouk

Ombre sur Angkor (ឆាយាលើអង្គរ [chha-ya leu ângko]) est un film produit en 1968, écrit, mis en scène et interprété par Norodom Sihanouk. Norodom Sihanouk y joue le rôle du prince Dhanari, jeune, brillant et élégant officier de marine, qui est nommé au service de contre-espionnage du royaume, avec la mission de déjouer un complot visant à renverser le roi.
Le hasard met sur la route de Dhanari l’ambassadrice (rôle joué par la reine Monique) d’une puissance non nommée. Des sentiments amoureux se nouent entre le prince et l’ambassadrice.
Mais il se trouve que la puissance représentée par l’ambassadrice est impliquée dans un complot qui vise à renverser la monarchie cambodgienne. À la tête du complot se trouve le général Mchulpich (interprété par l’acteur Nop Nem ណុប ណែម), qui espère arriver au pouvoir avec le soutien de la CIA, qui fournit des armes et de l’or, et du Sud-Vietnam, qui fournit des troupes.
Heureusement, le complot est découvert et déjoué par le prince Dhanari, le colonel représentant la CIA est contraint de s’enfuir et le général Mchulpich est tué pendant l’assaut de sa maison. L’ambassadrice se rend compte que l’histoire d’amour qui la lie au prince khmer est impossible et elle se résigne à rentrer dans son pays.
Le scénario de l’œuvre est assez transparent, le jeu des acteurs est parfois médiocre. Mais le film est le prétexte de mettre sous les yeux du spectateurs les temples d’Angkor, la ville de Phnom Penh et la culture cambodgienne traditionnelle. Il est aussi un instrument de propagande pour le Sangkum Reastr Niyum de Norodom Sihanouk. Et, bien qu’il s’agisse d’une fiction, il dénonce l’ingérence des puissances étrangères dans la politique cambodgienne.
Le Cambodge Mag a consacré en août 2015 un article à ce film, voir ici.
Le film, en khmer et sous-titré en français, peut être visualisé sur Youtube.
(Lien consulté le 4 mars 2019.)

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Faune : Gobemouches du genre Ficedula au Cambodge

A l’occasion de la lecture d’un conte khmer (« Le passereau des villes et le passereau des champs »), j’ai voulu m’intéresser d’un peu plus près aux petits oiseaux appelés « chab » (ចាប) présents au Cambodge, pour découvrir que la base de données des espèces sauvages du Cambodia Clearing House Mechanism (voir ici) mentionnait plus de 80 espèces de ces passereaux … Je propose ici de m’intéresser plus particulièrement, pour commencer, aux gobemouches du genre Ficedula.
D’après le Wiktionnaire, le substantif gobemouche (ou gobe-mouches) désigne une « espèce de petit oiseau passereau, à bec fin et légèrement fendu, à longues ailes et à pattes courtes qui se nourrit de mouches et d’autres insectes volants qu’il attrape en vol ». Pour les ornithologues, on appelle gobemouches des passereaux classés dans 16 genres, dont le genre Ficedula. La base de données citée ci-avant recense au Cambodge neuf espèces de gobemouches appartenant à ce genre Fiducela.
Le nom khmer générique attribué à ces oiseaux, ចាបស៊ីរុយ [chap si ruy], littéralement « passereau qui mange les mouches », est visiblement une traduction du nom anglais « flycatcher » ou français « gobemouche ». Le nom chinois du genre Ficedula est 姬鹟 [jīwēng] ; le sinogramme 鹟 [wēng] désigne de façon générique les gobemouches.
Dans la liste ci-dessous, classée dans l’ordre alphabétique du nom binomial, vous trouverez le nom khmer avec la traduction littérale de ce nom, le nom anglais, le nom français et le nom chinois avec entre crochets la transcription phonétique des caractères chinois. Les noms français viennent du site Oiseaux.net. Les noms chinois viennent principalement de Wikipedia et de Baidu.
Ficedula albicilla ; ចាបស៊ីរុយត្នោតស្រុក (gobemouche du palmier à sucre de village) ; taiga flycatcher ; gobemouche de la taïga ; 红喉姬鹟 [hónghóu jīwēng]
Cette espèce prend ses quartiers d’hiver dans une très vaste zone englobant l’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Est. Elle est aussi connue en anglais sous le nom de « red-throated flycatcher » (gobemouche à gorge rouge, c’est également la signification littérale du nom chinois de l’espèce). Pour une description plus complète, je vous invite à lire ici l’article en anglais que Wikipedia consacre à cette espèce. C’est aussi de cet article que vient la photo ci-dessous.
Ficedula elisae ; ចាបស៊ីរុយខ្នងបៃតង (gobemouche à dos vert) ; green-backed flycatcher ; gobemouche à dos vert ; 绿背姬鹟 [lǜbèi jīwēng]
L’article en chinois qui Wikipedia consacre ici à cette espèce précise qu’on la aussi trouve aussi en Chine, en Malaisie, en Thaïlande et au Vietnam. Cet oiseau mesure environ 13 cm de long. La photo ci-dessous vient du blog Malaysian Paradise.
Ficedula hodgsonii ; ចាបស៊ីរុយខ្នងប្រផេះ (gobemouche à dos gris) ; slaty-backed flycatcher ; gobemouche de Hodgson ; 锈胸蓝姬鹟 [xiùxiōng lán jīwēng]
Cette espèce se trouve au Boutan, au Cambodge, en Chine, en Inde, au Laos, au Myanmar, au Népal et en Thaïlande. Elle vit dans les forêts humides des basses terres et dans les forêts humides montagneuses des zones subtropicales et tropicales. La photo ci-dessous ainsi que la description viennent du bref article en anglais que Wikipedia consacre à cette espèce, ici.
Ficedula hyperythra ; ចាបស៊ីរុយចិញ្ចើមស (gobemouche à sourcils blancs) ; snowy-browed flycatcher ; gobemouche givré ; 棕胸蓝姬鹟 [zōngxiōng lán jīwēng]
On rencontre cet oiseau dans une bonne partie de l’Asie du Sud, de l’Asie du Sud-Est et de l’Asie du Nord-Est. La description et la photo ci-dessous viennent du bref article en anglais que Wikipedia consacre à cette espèce, ici.
Ficedula mugimaki ; ចាបស៊ីរុយមូឃីម៉ាគិ (gobemouche mugimaki) ; mugimaki flycatcher ; gobemouche mugimaki ; 鸲姬鹟 [qú jīwēng]
Cette espèce est aussi connue en anglais sous le nom de « robin flycatcher ». On la trouve en Asie orientale. Cet oiseau mesure entre 13 et 13,5 cm de long. Wikipedia donne ici une article assez détaillé consacré à cette espèce. C’est de ce même article que provient la photo ci-dessous.
Ficedula narcissina ; ចាបស៊ីរុយចិញ្ចើមលឿង (gobemouche à sourcils jaunes) ; narcissus flycatcher ; gobemouche narcisse ; 黄眉姬鹟 [huángméi jīwēng]
Le gobemouche narcisse se trouve en Asie depuis les îles Sakhaline jusqu’au Japon, en Corée, en Chine continentale et à Taiwan. Il passe ses quartiers d’hiver en Asie du Sud-Est. Wikipedia consacre à cette espèce un article en anglais, duquel je tire aussi la photo ci-dessous.
Ficedula solitaris ; ចាបស៊ីរុយបំពង់កស (gobemouche à cou blanc) ; rufous-browed flycatcher ; gobemouche à face rousse ; 棕眉姬鹟 [zōngméi jīwēng]
Synonyme : Anthipes solitaris. Se trouve aussi en Indonésie, au Laos, en Malaisie, au Myanmar, en Thaïlande et au Vietnam. Il s’agit d’une espèce menacée. La photo ci-dessous vient de l’article en anglais de Wikipedia, ici.
Ficedula westermanni ; ចាបស៊ីរុយខ្មៅស (gobemouche noir et blanc) ; little pied flycatcher ; gobemouche pie ; 小斑姬鹟 [xiǎobān jīwēng]
La distribution de cette espèce est la même que celle de F. hyperythra. Pour plus d’informations, voir ici l’article en anglais de Wikipedia, duquel provient aussi la photo ci-dessous.
Ficedula zanthophygia ; ចាបស៊ីរុយចុងខ្នងលឿង (gobemouche à l’extrémité du dos jaune) ; yellow-rumped flycatcher ; gobemouche à croupion jaune ; 白眉姬鹟 [báiméi jīwēng]
Cette espèce se reproduit en Asie orientale et passe l’hiver dans certaines parties de la péninsule malaise et au sud de l’Asie. Wikipedia donne un article en français assez complet (ici), ainsi que la photo ci-dessous.

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Flore : Quisqualier d’Extrême Orient

Le balcon de l’hôtel où je logeais lors de ma dernière escapade à Siemreap était orné d’un végétal aux jolies inflorescences en épis de 15 à 20 fleurs blanches et roses. Personne parmi le personnel de l’hôtel ne connaissait le nom khmer de ces fleurs élégantes. En désespoir de cause, j’ai envoyé la photo à une amie fleuriste chinoise, qui sans hésiter m’a donné le nom mandarin de ce végétal : 使君子 [shǐjūnzi]. Armé de ce nom vernaculaire, j’ai consulté la version en ligne de la Flore de la République Populaire de Chine et pu apprendre ainsi que le nom binomial de cette espèce était Quisqualis indica. D’après ce site, cette liane est présente en Chine à Taiwan, au Fujian et au Sichuan, ainsi qu’en Asie tropicale.
Aussi bien le Dictionnaire des plantes utilisées au Cambodge de Pauline Dy Phon que la Flore photographique du Cambodge de Mathieu Leti et al. parlent de cette espèce.
D’après Pauline Dy Phon, la plante, qu’elle dit être originaire d’Inde, est utilisée comme ornementale dans les jardins, ses jeunes pousses sont comestibles et les graines sont utilisées comme vermifuge contre les ascaris. Mathieu Leti précise encore que la feuille est utilisée en usage externe contre les brûlures et les ulcères.
En français, Quisqualis indica est aussi appelé « caractère des hommes » ou « liane vermifuge ». Un synonyme couramment rencontré est Combretum indicum. En anglais, l’espèce est appelée « Chinese honeysuckle » ou « Rangoon creeper ».
Q. indica est connu en khmer sous les noms de « sâk seh » (សក់សេះ, crinière de cheval), « phka sâk seh » (ផ្កាសក់សេះ, fleur crinière de cheval) ou « ân-dong prang » (អណ្ដូងប្រាំង, puits de saison sèche).
Ci-dessous, le quisqualier d’Extrême-Orient qui ornait le balcon de ma chambre :

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Culture : La feuille glissée derrière l’oreille du roi

Cette année encore, Sa Majesté Norodom Sihamoni assistera aux régates qui se tiennent devant le palais royal à Phnom Penh pendant les célébrations de la fête des eaux. Si vous regardez les photos des éditions précédentes, vous remarquerez peut-être qu’une feuille vert clair, avec trois folioles, est glissée derrière l’oreille droite du roi.
Il s’agit d’une feuille d’oranger de Malabar, Aegle marmelos (ព្នៅ [phnov]), qui a été cueillie par les bakous (les descendants des anciens brahmanes) sur le plus bel oranger du palais royal et remise au souverain.
Les trois folioles symbolisent à la fois les trois védas, ou triple véda (ត្រៃវេទ [trei vet]) et les trois divinités Vishnu, Shiva et Brahma. Il est expliqué que les trois divinités présentes sur un seul et même pétiole unissent leurs forces pour lutter contre les démons, assurer la prospérité et garantir la victoire contre les ennemis.
L’oranger de Malabar est fréquemment utilisé dans la pharmacopée cambodgienne. Comme l’indique Pauline Dy Phon dans son Dictionnaire des plantes utilisées au Cambodge, les feuilles et les fruits de cet arbre ont des vertus médicinales variées.
De plus, dans la campagne khmère, cet arbre était souvent planté aux abords des maisons car il était réputé éloigner les démons et esprits malins, et ainsi assurer la prospérité des villages.
La photo ci-dessous vient d’un article en khmer du site Dara News qui explique la signification de cette feuille (voir ici).

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Proverbe : De la timidité mal placée

A la page 118 de son recueil de Dictons khmers, Alain Fressanges cite un proverbe qui invite à ne pas faire preuve de timidité excessive, sauf à en supporter les conséquences :
ខ្មាសគ្រូគ្មានវិជ្ជា ខ្មាសភរិយាគ្មានកូន [khmah kru kmean vich-chea, khmas pho-ri-ya kmean kon]
Si tu fais preuve de timidité envers ton maître, tu resteras ignorant ; si tu fais preuve de timidité envers ton épouse, tu n’auras pas de descendance.
ខ្មាស [khmah] être timide, être embarrassé (être timide envers les autres se dit ខ្មាសគេ [khah ke])
វិជ្ជា [vich-chea] connaissance, savoir
ភរិយា [pho-ri-ya] épouse (il s’agit d’un mot littéraire, le mot courant pour dire « épouse » est ប្រពន្ធ [prå-pun] ; attention de ne pas confondre ce dernier mot avec le mot ប្រព័ន្ធ [prå-poan], qui signifie « système »)
En effet, si l’élève, en raison d’une timidité excessive et mal placée n’ose pas interroger son maître, il n’apprendra pas. Quant au mari qui fait preuve de timidité envers son épouse, il est peu probable qu’il parvienne à avoir une progéniture.
Ce proverbe est mentionné sous une forme légèrement différente à la page 86 du Dictionnaire de proverbes khmers commentés de Ly Thai-ly : ខ្មាសគ្រូអាប់ប្រាជ្ញា ខ្មាសភរិយាគ្មានកូន [khmah kru ap prach-nha, khmas pho-ri-ya kmean kon]
អាប់ être obscur
ប្រាជ្ញា [prach-nha] intelligence, savoir

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Chanson : Seule avec un enfant

Les Khmers comparent parfois les jeunes filles (ក្រមុំ [krå-mum]) à des fleurs en boutons, qui, lorsqu’elles écloront, seront sans doute très belles et très parfumées. Par comparaison, les veuves ou divorcées (មេម៉ាយ [mé-may]) sont comparées à des fleurs épanouies, dont la magnificence est déjà visible et qui dégagent un parfum enivrant.
Une petite remarque sur le mot មេម៉ាយ : on est gêné, si l’on n’a pas de contexte, lorsqu’il s’agit de traduire ce mot en français, car il désigne une femme qui avait un mari et qui ne l’a plus, soit que ce dernier est décédé, soit qu’il l’a quittée. Si l’on veut préciser, il faut user en khmer de périphrases : une veuve est désignée sous l’expression de « femme seule dont le mari est mort » (មេម៉ាយស្លាប់ប្ដី [mé-may slap bdei]), tandis que la divorcée est une « femme seule que son mari a quittée » (មេម៉ាយប្ដីលែង [mé-may bdei leng]). Dans la culture khmère, il est acceptable d’épouser une veuve, tandis que, même si cela est profondément injuste, une femme qui a été quittée par son mari est hautement suspecte. On se souvient par exemple de la recommandation que le père avait faite à son fils pour ce qui du choix d’une épouse dans le conte Les femmes et le paon d’or : « N’épouse pas une femme abandonnée par son mari ni une vieille fille, épouse seulement une fille chaste et vertueuse, ou une veuve. » (Voir ce conte ici.) L’équivalent masculin de មេម៉ាយ est ពោះម៉ាយ [pôh-may].
Un dicton khmer fait l’éloge de la femme seule avec un enfant, qu’il compare à une vierge, mais assène un jugement définitif à la femme qui se retrouve seule avec trois enfants, puisqu’il la compare à une vieille fille : មេម៉ាយកូនមួយ ដូចព្រហ្មចារី មេម៉ាយកូនបី ដូចស្រីសៅកែ [mé-may kon mouy doch prum-charei mé-may kon bei doch srei sav-kae]. (Cf. Alain Fressanges, Dictons khmers, p. 117.)
Une chanson très populaire vient illustrer la haute idée que se font les Khmers de la femme seule avec un enfant : មេម៉ាយកូនមួយ [mé-may kon mouy] (Femme seule avec un enfant), dont je connais la version interprétée en duo par Monsieur Chhouy Sopheap (ឈួយ សុភាព) et Mademoiselle Aok Somarima (ឪក សុម៉ារីម៉ា).
Dans cette chanson, un homme courtise une mère célibataire. Il est séduit car, dit-il, une mère célibataire a un parfum plus enivrant que celui d’une noix de coco grillée (មេម៉ាយកូនមួឈ្ងុយជាងដូងដុត [mé-may kon mouy chhnguy cheang dong dot]) ; mais il s’inquiète un peu. La femme courtisée le rassure : une mère célibataire saura être pleine d’attentions pour lui. Mais qu’en est-il de l’enfant ? Acceptera-t-il la présence d’un homme aux côtés de sa mère ? Là non plus, aucune inquiétude à avoir : la mère lui dira qu’elle a trouvé un nouveau père pour lui, et lui demandera d’appeler le nouveau venu « Papa ».
Remarquons encore que le texte de la chanson cite un autre proverbe, qui vient expliquer qu’une femme, veuve ou divorcée, reste une femme à part entière : កកក៏បាយ មេម៉ាយក៏ស្រី [kåk kå bay, mé-may kå srei] : Même froid, le riz reste du riz ; même veuve (ou abandonnée), une femme reste une femme. (Nous avions déjà parlé de ce proverbe ici, sous la forme បាយកកក៏បាយ មេម៉ាយក៏ស្រី [bay kåk kå bay, mé-may kå srei].)
Ci-dessous, le clip de la chanson :

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Divers : Lost in translation, again

(Je reprends ici un article que j’ai publié sur Sinoiseries.)
La fantaisie linguistique n’est pas, et de très loin, réservée aux Khmers. Certains linguistes chinois ont également un talent inégalable pour produire des traductions qui dénotent un sens très élevé de l’humour. Voir l’exemple ci-dessous (la photo vient d’ici) :

La Chine s’étend économiquement de façon exponentielle en Asie du Sud-Est, notamment au Cambodge. Dans le sillage des grandes entreprises se trouvent de nombreux Chinois qui tentent, avec plus ou moins de succès, de grapiller des miettes de la manne financière qui tombe en pluie drue sur le pays des descendants d’Angkor. On a vu ainsi fleurir à Phnom Penh, depuis quelques années, nombre de petits restaurants chinois, dont certains veulent se distinguer de leurs concurrents en proposant des spécialités bien connues en Chine.
Un restaurateur chinois a eu l’idée de proposer aux gastronomes phnompenhois une spécialité fameuse de la ville de Guilin (桂林 [guìlín]), dans la région autonome zhuang du Guangxi (广西壮族自治区 [guǎngxī zhuàngzú zìzhìqū]) : les nouilles de riz de Guilin (桂林米粉 [guìlín mǐfěn]). Pour son établissement, le restaurateur a pris la peine de faire réaliser une enseigne trilingue, que voici (la photo vient d’un groupe de discussion de Facebook « Mythes, Légendes et Réalités Khmers », voir ici) :

Passons sur la médiocrité de l’anglais, on a vu bien pire.
Ici, c’est plutôt la version khmère qui pose problème. L’enseigne dit មីឥួយលីជ. Le mot មី [mi] désigne stricto sensu les nouilles de blé, mais peut parfois s’utiliser pour désigner des nouilles en général. Ce mot khmer n’est autre qu’un emprunt au chinois 面 [miàn] (en graphie traditionnelle 麵), prononcé [mi6] en dialecte minnan (闽南话 [mínnánhuà]). Jusqu’ici, pas de souci. En revanche, le mot ឥួយលីជ est problématique : si la deuxième syllabe, លីជ peut se prononcer ([lich]) ce n’est pas le cas de la première. L’association des lettres ឥ [i] et ួ [ouy] est impossible en khmer : ឥ est une voyelle indépendante qui ne peut se voir accompagner d’aucune autre voyelle. Pour comprendre ce que tente d’exprimer le restaurateur, on doit se reporter aux versions anglaise ou chinoise. Le chinois est tout à fait clair : l’établissement est la succursale (分店 [fēndiàn]) de Ratana Plaza (金宝城 [jīnbǎochéng], un centre commercial de Phnom Penh) d’un restaurant spécialisé dans les nouilles de riz de Guilin, dans le quartier de l’aéroport de Phnom Penh. On comprend alors que ឥួយលីជ est l’orthographe erronée du mot khmer គួយលីន [kouy-lin], qui est le nom cambodgien de la ville du Guangxi. Espérons pour l’entrepreneur que l’erreur ne se répétera pas sur les enseignes des autres succursales…

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