Idiotismes : Se vautrer dans la fange…

En khmer, pour parler d’une personne qui, plutôt que de mettre à profit des qualités d’exception pour atteindre les sommets, se complaît dans la fange, on utilise une expression idiomatique assez imagée : trouver refuge dans les excréments de lombric ជ្រកអាចម៍ជន្លេន [chrôk ach chô̆n-lén] (ជ្រក [chrôk] se cacher, se réfugier ; អាចម៍ [ach] excréments ; ជន្លេន [chô̆n-lén] lombric, ver de terre).
Pour les Khmers, cette expression évoque immanquablement un épisode de l’histoire tragique de Tum et de Teav, dans lequel la mère de Teav reproche à sa fille, alors qu’elle possède toutes les qualités qui lui permettraient d’accéder à un statut social des plus élevés en épousant un beau parti, de se vautrer dans la fange en s’abandonnant à sa passion coupable pour Tum, jeune moine défroqué, pauvre et sans position.
L’expression dans sa totalité est la suivante : ខ្ពស់កប់ពពក មកជ្រកអាចម៍ជន្លេន [khpŭh kâ̆p pô-pôk môk chrôk ach chô̆n-lén] (ខ្ពស់ [khpŭh] haut, élevé ; កប់ [kâ̆p] cacher, ensevelir ; ពពក [pô-pôk] : nuage), qui, traduite littéralement, signifie : alors que l’on touche aux nuages, on vient se réfugier dans les excréments de lombric.
On peut entendre cette expression prononcée au début (à 43 s.) de la chanson « Le gâteau et plus grand que le moule » que nous avions évoquée il y a peu dans ce billet.

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Vocabulaire : Jasmin de nuit cambodgien : la défiance est de mise !

Le jasmin de nuit, ou cestreau nocturne (Cestrum nocturnum) est « une solanacée du genre Cestrum, originaire des Antilles et d’Amérique centrale. Cette plante arbustive est abondamment cultivée dans les régions subtropicales pour le parfum très intense de ses fleurs, qui ne s’ouvrent que durant la nuit », nous apprend ici Wikipedia.
En Chine, le jasmin de nuit est appelé 夜香树 [yèxiāngshù] (arbre parfumé la nuit) ou encore 洋素馨 [yángsùxīn] (jasmin à grandes fleurs d’Occident). On le connaît encore sous le nom de 夜来香 [yèláixiāng] (parfum qui vient la nuit), quoi que ce nom soit ambigu, car il peut aussi désigner une autre fleur, Telosma cordata. Le « parfum qui vient la nuit » est notamment le titre d’une chanson très connue chantée en 1978 par l’icône de la musique populaire taiwanaise, Teresa Teng (邓丽君 [dèng lìjūn]) ; la fleur de la chanson désignant par métaphore une « belle de nuit ».
Le jasmin de nuit est également connu au Cambodge, où il est désigné sous le joli nom de nakry (ណាគ្រី [na-kri]). Le jasmin de nuit est aussi cultivé au Cambodge pour son parfum puissant. (Notons que l’on connaît aussi au Cambodge une fleur appelée « lay-heang » (ឡៃហៀង [lăi-héang]), nom qui me semble la transcription phonétique des deux dernières syllabes du nom de la fleur chantée par Teresa Teng. )
C’est sans doute la grande beauté de cette fleur qui a poussé les Cambodgiens à utiliser son appellation en guise de prénom féminin. Le prénom Nakry n’est pas rare en terre khmère. Il est utilisé par exemple dans le titre d’un roman très populaire de Madame Suy Heang (ស៊ុយ ហៀង) publié en 1952 et intitulé Le Destin de Mademoiselle Nakry (រឿងវាសនានៃនាងណាគ្រី) (un article du Khmer Times daté du 5 décembre 2017 présente ce roman, voir ici ; Jean-Michel Filippi, sur son blog Kampot Museum, parle aussi de ce roman dans un billet de mai 2012 intitulé « Paysage littéraire ou littérature du paysage : Une vision de la nature dans l’espace littéraire khmer », voir ici).
En consultant le dictionnaire khmer-anglais de Robert K. Headley à l’entrée ណាគ្រី, j’apprends enfin que le mot en question signifie également « prostituée ». Interrogée, la jeune étudiante cambodgienne qui m’aide dans mes lectures khmères confirme cette acception, en m’expliquant que les femmes vénales, tout comme le jasmin nocturne, ne laissent exhaler leur parfum que lorsque le soleil a cessé de darder ses rayons…
Ci-dessous, la page de couverture du roman de Suy Heang :

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Bibliographie : Steven Boswell, King Norodom’s Head

Steven Boswell est un Américain qui a enseigné l’anglais pendant neuf ans à l’Université Royale de Phnom Penh. Il est venu au Cambodge en septembre 2000 et, comme de nombreux Occidentaux, a cédé au charme du royaume qu’il n’a pas quitté depuis.
Après avoir visité les sites de la capitale recommandés par les guides touristiques (Palais Royal, Musée, Wat Phnom, S-21…), il a commencé à parcourir la ville pour y découvrir des endroits moins connus, mais pas moins intéressants. De ses découvertes, il a fait un livre publié en 2016, intitulé King Norodom’s Head – Phnom Penh Sites Beyond the Guidebooks.
En trente chapitres, Boswell présente aux curieux des endroits méconnus du grand public. Au-delà des simples descriptions, l’auteur s’est livré à des recherches sérieuses qui lui ont permis de recueillir foule d’informations fort intéressantes. Les sites eux-mêmes sont en réalité le prétexte pour parler de la grande et de la petite histoires de la capitale cambodgienne.
Ainsi, le chapitre 2, « André Malraux Dined Here », dans lequel il est question de l’ancien « Grand Hôtel », partiellement transformé aujourd’hui en établissement de restauration rapide, Boswell raconte les aventures cambodgiennes du grand écrivain qui fut Ministre de la Culture du Général De Gaulle, c’est-à-dire la piteuse tentative de Malraux de dérober des bas-reliefs du temple de Banteay Srei.
Le chapitre 10, « Thorani, the Earth Goddess », prend le prétexte de la statue qui représente cette divinité, dressée sur le terre-plein du carrefour où se croisent les boulevards Charles De Gaulle, Monireth et de Tchécoslovaquie, pour nous raconter l’histoire de Thorani, qui vint au secours de Bouddha en faisant jaillir de sa chevelure des flots peuplés des animaux les plus terribles pour défaire les armées de Mara.
En plus du chapitre consacré à Malraux, le lecteur français sera certainement intéressé, entre autres, par les chapitres 8 (« The Mysterious Frenchman of Wat Phnom »), 9 (« Le Monument aux Morts »), 11 (« Signs of France ») ou encore 16 (« François Bizot’s Gate »), dans lesquels il est question de l’action de la France et des aventures de ses ressortissants au Cambodge.
Le titre du recueil, King Norodom’s Head, fait allusion à la légende tenace selon laquelle la statue équestre du roi Norodom que l’on peut voir dans l’enceinte de la Pagode d’Argent, au Palais Royal, aurait été en réalité une statue de Napoléon III, la tête de l’empereur honni ayant été remplacée in extremis par celle du souverain cambodgien.
Pour chacun des chapitres, l’auteur donne la bibliographie des sources dans lesquelles il a puisé ses informations.
Autant que je puisse en juger, le livre me semble fort bien écrit et l’impression est en outre d’excellente qualité. C’est en tout cas avec beaucoup de plaisir que j’ai lu cet ouvrage, publié chez NIAS Press (ISBN : 978-87-7694-178-9).

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Gastronomie : Cahier des charges du sucre de palme de Kampong Speu

(Note : Je reproduis ici, en lui ajoutant du vocabulaire en khmer et en le complétent, un article que j’avais publié sur Sinogastronomie le 5 décembre 2017.)
Le sucre de palme de Kampong Speu bénéficie depuis 2010 d’une IG (indication géographique) au Cambodge. Cette IG est l’aboutissement d’efforts fournis par des producteurs de sucre de palmier Palmyre qui veulent promouvoir les qualités de ce produit traditionnel. Une demande d’IGP est en outre en cours d’examen par l’Union Européenne.
En vue de l’obtention de l’IG cambodgienne, un « Cahier des charges pour le sucre de palme de Kampong Speu » (« Book of specification of Kampong Speu Palm Sugar ») a été rédigé, que doivent respecter tous les producteurs souhaitant se prévaloir de cette IG.
Le nom officiel du produit est ស្ករត្នោតកំពងស្ពី [skâ tnaot kâ̆mpong spœ] en khmer, « Kampong Speu palm sugar » en anglais et « sucre de palme de Kampong Speu » en français.
L’appellation française de « sucre de palme » et celle, anglaise, de « sugar palm » sont sujettes à caution : en effet, en plus du palmier Palmyre (ត្នោត [tnaot]), il existe au Cambodge quatre autres espèces d’arécacées (le dattier Phoenix dactylifera លមើ [lô-meu] ou ល្ម៊ើ [lmeu], le palmier nipa Nypa fruticans ចាក [chak], le palmier arenga Arenga pinnata ចក់ [chŭk] et le cocotier Cocos nucifera ដូង [dong]) qui sont susceptibles d’être exploitées pour produire du sucre. L’appellation khmère de ស្ករត្នោត [skâ tnaot] ne présente quant à elle aucune ambiguïté, puisque le mot ត្នោត [tnaot] désigne spécifiquement le palmier Palmyre (Borassus fabellifer) (ស្ករ [skâ] signifie « sucre »). Mais il est vrai que la plus grande partie du sucre de palme produit au Cambodge l’est à partir de la sève de Borassu flabellifer, connu aussi en français de borasse ou de rônier, si bien que lorsque l’on parle de « sucre de palme » ou de « sugar palm », on sous-entend en général qu’il s’agit du sucre de borasse.
L’indication géographique spécifie « Kampong Speu » car, pour pouvoir bénéficier de cette indication, le sucre produit doit être issu de palmiers exploités dans les districts de Samrong Tong សំរោងទង [sâ̆m-raông tông] et de Oudong ឧដុង្គ [ŭdŏng], dans la province de Kampong Speu, ou encore dans celui de Ang Snuol អង្គស្នួល [âng snuŏl], dans la province de Kandal. Les provinces de Kampong Speu et de Kandal sont limitrophes de Phnom Penh, la capitale du pays. Les palmiers doivent pousser sur du sol sablonneux (ដីខ្សាច់ [dei khsăch]) ayant au moins 80 centimètres de profondeur et possédant une couche de gravier sous-jacente. Le sol doit en effet pouvoir bénéficier d’un bon drainage.
L’emballage et le conditionnement du sucre peuvent se faire dans d’autres districts des provinces de Kampong Speu et de Kandal, dans certains districts de la province de Kampong Chhnang, et sur le territoire de la municipalité de Phnom Penh. Dans la carte ci-dessous, les districts de production sont en vert, les zones d’emballage et de conditionnement sont hachurées.
Les formes sous lesquelles peut se présenter le sucre de palme de Kampong Speu sont les suivantes : sucre en poudre (ស្ករហុយ [skâ hŏy] ou ស្ករម្សៅ [skâ msau]), sucre en pâte (ស្ករពាង [skâ péang] ou ស្ករសាច់ [skâ săch]), sucre en palets (ou en blocs) (ស្ករផែន [skâ phên] ou ស្ករដុំ [skâ dom]) et sirop de sucre (ស្ករស៊ីរ៉ូ [skâ siro]). Dans les trois premières présentations, le sucre doit présenter un arôme caractéristique de sucre de palme, et ne doit comporter aucune odeur de moisissure ni de brûlé. Le sirop de sucre de palme doit quant à lui avoir un arôme de nectar. Le degré Brix du sucre de palme sous les trois premières formes se situe aux alentours de 85 à 95. Celui du sirop de sucre de palme est de 50 à 70.
Ci-dessous, les quatre présentations du sucre de palme : de gauche à droite et de haut en bas, sucre en pâte, sucre en poudre, sucre en palets et sirop de sucre.
La couleur des produits finis obtenus à partir de la sève de Borassus flabellifer est définie dans le tableau ci-dessous :
La sève du palmier Palmyre est recueillie à partir des inflorescences mâles et femelles de l’arbre (B. flabellifer est un palmier dioïque : il existe des individus mâles et des individus femelles). La sève est recueillie chaque année entre le 1er janvier et le 30 avril. Pour recueillir la sève, il est nécessaire de grimper au palmier et d’entailler l’extrémité des inflorescences. Ce travail est pénible et dangereux : les mesures de sécurité prises par les grimpeurs de palmier à sucre (អ្នកឡើងត្នោត [néăk laeung thnaôt]) sont le plus souvent inexistantes et le chutes sont nombreuses, si bien que les grimpeurs se font de plus en plus rares.
Ci-dessous, l’incision des inflorescences mâles (gauche) et femelle (droite) :
La sève est recueillie dans des tubes de bambou (le cahier des charges interdit l’utilisation de tubes en plastique). Entre chaque cueillette, les tubes de bambous sont méticuleusement rincés et lavés à l’eau froide, puis nettoyés à l’eau bouillante. Ci-dessous, les tubes de bambou utilisés pour recueillir la sève :
Afin d’inhiber la fermentation que subit naturellement la sève du palmier, avant de recueillir cette sève dans les tubes, on place au fond de ces derniers des copeaux de bois de « popèl » (ពពេល [pôpél]) (Shorea cochinchinensis, Hopea recopei ou Shorea roxburghinia) et de bois de « koki » (គគី [kôki]) (soit Hopea helferi គគីដែក [kôki dêk], soit Hopea pierrei គគីម្សៅ [kôki msau]). Ci-dessous, l’introduction des copeaux de bois dans les tubes :
L’utilisation de « gouttières » permettant d’acheminer vers un seul et même tube la sève de plusieurs inflorescences est interdite. Le cueilleur peut faire couler la sève d’une inflorescence femelle ou de quatre inflorescences mâles au maximum dans un seul et même tube.
Les tubes doivent être récupérés au plus tard dans les 15 heures après leur mise en place et la transformation de la sève recueillie doit commencer dans les deux heures suivant la collecte. L’utilisation de substances chimiques, comme l’hydrosulfite de sodium (connu sous le nom populaire de ថ្នាំស [thnăm sâ], littéralement « produit blanc »), visant à limiter la fermentation (ឡើងមេ [laeung mé]) ou à blanchir le sucre de palme, est absolument interdite, à tous les stades de la production.
Après avoir récupéré les tubes de bambou sur le palmier, le producteur doit directement verser la sève recueillie dans le chaudron. La sève doit être filtrée. Tous les équipements utilisés pour recueillir la sève et la filtrer doivent être soigneusement nettoyés à l’eau froide, puis à l’eau bouillante. Ci-dessous, le filtrage de la sève lorsqu’elle est versée dans le chaudron :
Depuis le 1er décembre 2009, tous les producteurs qui souhaitent bénéficier de l’IG ont l’obligation d’utiliser le chaudron dit « amélioré » (ចង្ក្រានកែលំអ [châ̆ng-kran kê lâ̆m’â]), i.e. un chaudron muni d’une cheminée qui permet à la fois de réduire la consommation de bois de chauffage et de prévenir la contamination du sucre par les cendres. Avec ce type de chaudron, on obtient aussi un sucre de palme de couleur moins foncée, car on évite aussi la caramélisation du sucre sur les parois du chaudron.
Le site de cuisson de la sève doit être propre et couvert. Le combustible utilisé peut être du bois, de la sciure de bois (អាចម៍រណារ [ach rô-na]), de la balle de riz (អង្កាម [âng-kam]) ou tout autre combustible végétal sec. Lorsque la cuisson de la sève se fait au gaz, le producteur peut utiliser une cuisinière ordinaire. Il est interdit d’ajouter quelque adjuvant que ce soit pendant le cours de la production.
Pour préparer le sucre en pâte, la durée d’ébullition doit être de trois heures au maximum, et le malaxage doit durer au moins 15 minutes. Le sucre en poudre doit avoir subi un malaxage d’au moins 30 minutes et le sucre obtenu doit être tamisé. Pour le sucre en blocs, le malaxage doit durer au moins vingt minutes et la cuisson 3 heures et 15 minutes. Le sirop de sucre subit quant à lui une cuisson de 2 heures et demie.
Lorsque l’évaporation de la sève a atteint le niveau voulu, le chaudron est retiré du feu et le sucre est laissé à cristalliser. Le sucre doit de nouveau être malaxé. Ci-dessous, l’opération de malaxage du sucre après évaporation de la sève :
Le stockage du sucre ainsi obtenu se fait dans des jarres en terre cuite, ou dans des récipients en plastique conçus pour stocker les produits alimentaires. Le sucre ainsi stocké doit être conditionné dans les trois mois. Après conditionnement, la durée limite de conservation est d’un an pour le sucre en pâte et le sucre en blocs, de deux ans pour le sirop de sucre et de trois ans pour le sucre en poudre. Le sucre doit toujours être conservé dans un endroit sec, propre, et à l’abri des rayons du soleil.
Le conditionnement doit se faire en utilisant des matériaux compatibles (qui n’altèrent pas la qualité du produit), qui permettent sa conservation et qui sont respectueux de l’environnement. L’hygiène doit être garantie à toutes les étapes : récolte, transformation, stockage et conditionnement.
Les producteurs qui bénéficient de l’IG doivent respecter scrupuleusement le cahier des charges et sont soumis à des contrôles. Tout producteur ne respectant pas les exigences se voit disqualifier et ne peut plus utiliser l’IG.
NB : L’essentiel des informations recueillies pour ce billet proviennent du cahier des charges, intitulé en anglais « Book of specifications of Kampong Speu Palm Sugar », qui peut être téléchargé à partir de cette adresse. Les illustrations et le vocabulaire khmer du présent billet proviennent quant à eux de la version khmère de ce même document, disponible ici.

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Bibliographie : Auguste Pavie, Contes populaires du Cambodge, du Laos et du Siam

Auguste Pavie (1847-1925), né à Dinan, fut l’un de ces nombreux personnages qui explorèrent l’Indochine et qui s’intéressa de près aux cultures locales. Il a passé quelque cinq décennies au Cambodge, au Siam et au Laos. Son œuvre est riche et on lui doit des livres essentiels pour quiconque s’intéresse à l’aventure indochinoise de la France : À la conquête des cœurs, Mission Pavie
Dans les Contes populaires du Cambodge, du Laos et du Siam, Pavie relate avec un talent certain quelques-unes des histoires parmi les plus connues dans l’Asie hindouisée : Neang Roum Say Sok, Les douze jeunes filles, L’histoire de Rothisen, Néang Kakey, Méa Yeung et Vorvong et Saurivong. Chaque conte est précédé d’une introduction dans laquelle l’auteur explique les circonstances dans lesquelles ces histoires lui ont été racontées.
Les éditions Olizane ont republié en 2016 le texte de l’édition de 1903 de ce recueil de contes (ISBN : 978-2-88086-438-5). La version numérisée de l’édition originale est également disponible sur Gallica, ici.

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Chanson : Haem Sovann et Him Sivon, Le gâteau est plus grand que le moule

J’ai présenté il y a peu un proverbe très connu au Cambodge : Le gâteau ne peut pas être plus grand que le moule (នំមិនធំជាងនាឡិ [nŏm men thŏm cheang neal]) (voir ici). Dans l’esprit des Khmers, ce proverbe évoque immédiatement l’histoire d’amour tragique de Tum et Teav. Il exhorte les jeunes à se conformer à la volonté de leurs parents, notamment lorsqu’il est question de mariage.
Ce proverbe sert de titre (នំធំជាងនាឡិ [nŏm thŏm cheang neal], « le gâteau est plus grand que le moule ») à une chanson interprétée par Haem Sovann (ហែម សុវណ្ណ) et Him Sivon (ហ៊ីម ស៊ីវន). Dans le clip vidéo ci-dessous est jouée la scène dans laquelle la mère exige de la jeune Teav, éperdument amoureuse de Tum, qu’elle renonce à cet amour indigne d’elle.
Dans ce clip, l’actrice Kan Sovanni (កាន់ សុវណ្ណនី) joue le rôle de la mère, et Roat Konthea (រ័ត្ន គន្ធា) celui de la jeune Teav.

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Bibliographie : Bounchan Suksiri, An Apsara of Maha Nokor

Bounchan Suksiri (ប៊ុនចាន់ សុក្រសិរី) est une romancière khmère contemporaine, qui a publié plusieurs romans historiques. C’est une libraire de Phnom Penh, à laquelle je demandais des conseils de lecture, qui m’a chaudement recommandé l’une de ses œuvres : Botum Kesâ (បទុមកេសរ), intitulé en anglais An Apasara of Maha Nokor.
Voici un bref résumé du roman :
Le roman commence à l’époque contemporaine. Un jeune chirurgien cambodgien, amoureux de sculpture khmère, connaît une histoire d’amour difficile avec une danseuse du corps de ballet royal. Il est jaloux, croit qu’elle veut le tromper avec un autre homme, et finit par abuser d’elle. La jeune danseuse le quitte. Alors qu’il se trouve à Siemreap, le médecin est renversé par une voiture et tombe dans un coma profond.
Lorsqu’il se réveille, il est dans un village situé non loin de la ville d’Angkor Thom, à l’époque de Jayavarman VII (r. c. 1181-1218). Il est recueilli par une jeune fille et hébergé chez le sculpteur célèbre où elle loge. Alors qu’il est parti avec la jeune fille cueillir des plantes médicinales dans la montagne, il est surpris par un orage ; la jeune fille et lui se réfugient dans une grotte. Elle se donne à lui.
Le lendemain matin, il est stupéfait de voir un détachement de la garde royale chargé de ramener la jeune fille à Angkor Thom. En effet, elle n’est autre qu’une fille de Jayavarman VII. Croyant que la princesse s’est jouée de lui, il renonce à sa relation amoureuse avec elle.
Sous la direction du vieux sculpteur qui l’a accueilli, le jeune homme parfait sa maîtrise de la sculpture et de l’architecture khmères. Lors du concours décennal organisé pour recruter les sculpteurs et architectes travaillant pour le roi, il est remarqué pour son talent d’exception. Il est chargé par Jayavarman VII de dresser les plans et de conduire les travaux de construction du Neak Pean (ប្រាសាទនាគព័ន្ធ). En plus de son chantier au Neak Pean, le jeune homme est chargé par le roi de sculpter une statue d’apsara en prenant pour modèle la jeune princesse.
Cette dernière est toujours éperdument amoureuse de lui et de plus porte son enfant. Mais lorsque le royaume du Cambodge est en butte aux attaques de soldats du Đại Việt, le jeune sculpteur demande au roi de lui permettre de se joindre aux troupes qui vont mener une expédition contre l’agresseur. Pendant les combats, il est gravement blessé. Il regagne difficilement la capitale angkorienne ; il arrive juste à temps pour voir la jeune princesse, malade, mourir dans ses bras. Ils se font la promesse de se retrouver dans une vie future. Le jeune homme ne supporte pas cette perte et meurt à son tour.
Il se réveille alors sur un lit d’hôpital à Bangkok. C’est pendant son coma qui a duré huit mois qu’il a vécu ces aventures à l’époque angkorienne. Sa fiancée, enceinte de ses œuvres, est à son chevet. Les deux jeunes gens se marient. Alors qu’ils sont en visite à Angkor, le jeune chirurgien retrouve la statue qu’il avait sculptée à l’époque de Jayavarman VII et la montre à sa jeune épouse. Pendant son coma, il n’a fait en réalité que se remémorer une vie antérieure. Il confie son rêve à son épouse, qui lui révèle que, depuis qu’elle est enfant, elle a des rêves étranges qui lui font revivre une vie antérieure, pendant laquelle elle avait connu une histoire d’amour avec une jeune sculpteur de talent…
Les amants ont donc été réunis par le destin quelque huit siècles plus tard.
Le roman de Bounchan Suksiri est passionnant. La romancière a manifestement fait des recherches sérieuses sur l’histoire de la période de Jayavarman VII ; les évènements, les lieux, les personnages qu’elle cite sont connus dans l’histoire du Cambodge. La romancière a également un talent de conteur affûté : le récit de la visite du marché d’Angkor Thom à la fin du XIIº siècle s’appuie en grande partie sur l’étude des bas-reliefs du Bayon ; le compte-rendu de la procession royale de Jayavarman VII est visiblement inspiré de la description que l’on trouve dans les Mémoires sur les coutumes du Cambodge de Zhou Daguan ; quant aux descriptions des scènes de combats entre Cambodgiens et Vietnamiens, ils me semblent directement inspirés des romans et films d’arts martiaux chinois, qui ont connu au Cambodge un succès phénoménal.
Les curieux pourront trouver quelques informations sur la romancière sur son site web consacré à la littérature cambodgienne : Khmer Story Lovers (voir ici).
An Apsara of Maha Nokor a été publié en 2012 à Phnom Penh (ISBN : 9789996366901). On le trouve facilement dans les librairies de Phnom Penh.
(Je suis en train de lire un autre roman de Bounchan Suksiri, Maharaja Kuroung Vnoum, qui se situe lui à la fin de l’époque du Founan. Je ne manquerai pas d’en rendre compte le moment venu.)

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