Proverbe : Ne résistez pas à l’homme puissant…

Dans la « Légende du serpent Kéng Kâng », Neang Ny part en forêt chercher du bois équipée d’une herminette (en khmer ដឹង [deung] – c’est un homonyme du verbe « savoir ») ; selon le Larousse en ligne, l’herminette est la « hache à long manche et à fer recourbé du charpentier ou du tonnelier ». En cherchant sur Internet la confirmation de la traduction du mot ដឹង donnée par le dictionnaire khmer-anglais de Headley (adze), je découvre un proverbe khmer plein de bon sens :
កុំរាមុខដឹង កុំទទឹងមុខទ័ព។ [kom rie muk deng, kom toteung muk toap]
Ne t’oppose pas à l’herminette, ne te mets pas en travers d’une armée.
Dans une édition parisienne datée de 1821 de la Sainte Bible, au verset 32 du chapitre IV de « l’Ecclésiaste », on peut lire la recommandation suivante, dont le sens est identique à celui du proverbe khmer : « Ne résistez point en face à l’homme puissant, et ne vous roidissez pas contre le cours du fleuve. » (voir ici)
Ci-dessous, la photo d’une herminette cambodgienne illustrant ce proverbe sur le site Khmer Legend (ici) :

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La légende du serpent Kéng Kâng (រឿងពស់កេងកង)

Il arrive assez souvent que les contes cambodgiens relatent des histoires de femme adultère. C’est le cas dans la légende du serpent Keng Kang, que l’on raconte également en Thaïlande. Cette légende a fourni la matière à de nombreuses adaptions cinématographiques. La version khmère dont je donne traduction dans ce billet se trouve ici, sur le site de l’Institut Bouddhique de Phnom Penh.
Il y a bien longtemps, on ne trouvait en terre khmère aucun serpent venimeux. On ne connaissait en fait qu’un seul serpent, dépourvu de venin, qui portait le nom de Kéng Kâng. On raconte à propos de ce reptile l’histoire qui suit.
Il était une fois un homme et son épouse. L’épouse s’appelait Neang Ny. Elle avait donné naissance à une fille, connue sous le nom de Neang Ét. Le mari était parti se livrer au commerce des perles, et n’avait donné aucune nouvelle de lui depuis de longs mois.
Neang Ny s’était réunie à un groupe parti quérir du bois en forêt. Armée de son herminette, elle emmena avec elle sa fille Neang Ét. Arrivée en forêt, Ny aperçut une belle bûche. Elle se mit en devoir de débiter la bûche avec son herminette. Alors qu’elle était à la tâche, l’outil lui échappa des mains et tomba dans le terrier qu’occupait un serpent.
Voyant que l’herminette était tombée non loin du serpent Kéng Kâng, Neang Ny lui demanda de lui tendre l’outil. L’animal lui répondit : « Je ne te rendrai ton herminette que si tu consens à devenir mon épouse. Si tu te refuses à moi, je conserverai l’outil. » Ayant entendu la prière du reptile, Neang Ny, qui était une femme frivole, accepta en ces termes : « Rends-moi donc l’herminette. Patiente jusqu’au soir, j’enverrai ma fille Ét venir te chercher. » Cela dit, Neang Ny plaça le bois sur sa tête, et prit le chemin du retour en compagnie de sa fille.
À la tombée de la nuit, elle envoya comme promis sa fille quérir le serpent Kéng Kâng. Arrivée à l’entrée de la tanière du serpent, Neang Ét appela : « Hé, Kéng Kâng ! Neang Ny te demande de venir. » Le serpent sortit de son trou en rampant. Voyant l’animal, apeurée, Neang Ét se mit à trembler de tout son corps ; mais comme elle craignait sa mère encore plus, elle rassembla tout son courage et guida le serpent jusqu’à la demeure familiale.
Le reptile était gigantesque, et écrasait de son poids toutes les plantes sur lesquelles il passait. Arrivé au pied de la maison, Kéng Kâng se hissa à l’étage et rejoignit Neang Ny dans sa couche. Cette dernière déclara à son nouvel amant : « Je suis marié, mais mon époux est parti se livrer au commerce des perles depuis deux ou trois ans déjà. » Kéng Kâng demanda : « Il faudra qu’il s’écoule encore combien de jours, combien de mois avant que ton mari ne revienne ? » « J’ignore le nombre de jours et le nombre de mois qui devront s’écouler avec qu’il ne revienne, » expliqua Neang Ny
Kéng Kâng et Neang Ny restèrent ensemble jusqu’au point de jour, et ce n’est qu’alors que le serpent dit au revoir à la femme pour regagner son terrier. Au moment du départ, Neang Ny lui dit : « S’il arrivait que mon mari rentre, je n’enverrai pas Ét t’appeler. Mais s’il n’est pas encore rentré, j’enverrai ma fille te chercher. Surtout, ne viens pas sans que je te fasse appeler. » Sur ces mots, le serpent s’en retourna.
Tous les soirs, Neang Ny envoya ainsi sa fille appeler le serpent. Comme elle avait peur de sa génitrice, la jeune fille n’osait pas désobéir, mais en son for intérieur, elle était terrorisée par la bête, qui était à la fois énorme et très longue. De plus, elle était outrée du fait que sa mère ait fait du serpent son amant.
Arrivée à l’entrée du trou du serpent, Neang Ét appela : « Hé, serpent Kéng Kâng, Neang Ny te demande de venir. » Tout en rampant hors de sa demeure, le serpent demanda : « Ét, dis à ta mère que je ne viendrai pas, car si jamais ton père rentrait, il me couperait la tête. » Neang Ét la rassura : « Mon père est parti faire le commerce des perles, cela fait deux ou trois ans qu’il a quitté la maison, il n’est toujours pas revenu. » Entendant cela, rassuré, Kéng Kâng quitta sa tanière pour rejoindre son amante. Il se livra à ce ménage tous les jours. Neang Ny coucha tant et si bien avec le serpent qu’elle en fut enceinte.
Quelque temps plus tard, le mari de Neang Ny, ayant mené à bien ses affaires, revint au logis. Lorsqu’il trouva son épouse le ventre gros, il en conçut du soupçon. Il décida d’interroger sa fille Ét. Neang Ét révéla la vérité à son père : « Maman est devenue la maîtresse du serpent Kéng Kâng ; tous les jours, à la tombée de la nuit, elle m’envoie le chercher. » Entendant cela, le père donna à Neang Ét les instructions suivantes : « Ce soir, tu iras chercher le serpent comme d’habitude. Je l’attendrai derrière la porte. Surtout, ne dit rien à ta mère. » À la tombée de la nuit, Neang Ét se rendit comme de coutume à la tanière du serpent et l’appela : « Hé, serpent Kéng Kâng, Neang Ny te demande. » Le serpent répondit : « Ét, Ét ! Dis à ta mère que je ne viendrai pas. Ton père n’hésitera pas à me couper la tête, c’est certain ! » Neang Ét la rassura de nouveau : « Mon père est parti faire le commerce des perles, cela fait deux ou trois ans qu’il a quitté la maison, il n’est toujours pas revenu. »
Ainsi rassuré, le serpent Kéng Kâng crut qu’en effet le mari n’était pas encore rentré et se livrait toujours au commerce des perles, aussi se rendit-il chez sa maîtresse comme de coutume.
Sur ces entrefaites, le père de Neang Ét s’était armé d’un sabre et s’était dissimulé derrière la porte de sa maison, prêt à abattre son arme. À peine la tête du serpent Kéng Kâng avait-elle franchi le seuil que le père d’Ét la coupa. Il coupa aussi un morceau de la queue qu’il plaça sur une étagère ; quant à la tête, il alla la dissimuler sur la branche d’un jujubier. La partie centrale du corps du serpent, il la dépeça soigneusement et dit à sa fille : « Ne dis rien à ta mère. Nous allons garder la chair du serpent pour en faire une soupe que nous donnerons à manger à ta mère. » Le père de Neang Ét rinça alors avec le plus grand soin la chair de l’animal, de façon à en faire disparaître toute trace de sang.
Neang Ny ne soupçonnait bien sûr pas que son mari rentré avait découpé le serpent son amant. Elle s’était en effet absentée pour rendre visite à ses frères et sœurs qui demeuraient en un lieu éloigné. Le lendemain matin, Neang Ét prit la chair du serpent qu’elle avait gardée et en confectionna une soupe qu’elle servit à sa mère. Neang Ny, voyant de la graisse briller aussi bien à la surface de son bol qu’à celle de la marmite, demanda à Neang Ét : « Avec quelle viande as-tu préparé cette soupe, Ét ? » « Avec du porc, » répondit Neang Ét. Neang Ny n’eut pas de raison de douter de cette assertion, et demanda à Neang Ét de lui verser une louche de soupe sur son riz. Lorsque Neang Ny porta à sa bouche la soupe que venait de lui servir sa fille, un corbeau vit la tête du serpent cachée sur la branche du jujubier. Comme il convoitait la chair du serpent, il se mit à croasser : « Croa, croa ! Tu te régales de la chair de ton mari ! » Neang Ny, entendant le corbeau croasser ainsi, tourna son regard vers la branche du jujubier et y aperçut la tête du serpent Kéng Kâng ; de tristesse, la femme ne put contenir ses larmes, mais n’osa pas pleurer à haute voix, car elle craignait son mari qui était en train de prendre son repas avec elle. Voyant les larmes de son épouse couler, le mari lui demanda : « Mais pourquoi pleures-tu ainsi ? » Neang Ny répondit : « Ce riz chaud, cette soupe chaude me font penser à notre enfant, c’est pour cela que j’en ai les larmes aux yeux. » Mais le corbeau continua de plus belle : « Croa, croa ! Tu te régales de la chair de ton mari, dont la tête est sur la branche de jujubier et la queue sur l’étagère ! » Neang Ny porta son regard sur l’étagère, et y vit la queue du serpent Kéng Kâng.
Le mari eut ainsi la confirmation que sa femme avait vraiment été la maîtresse du serpent, et fut pris d’une envie irrépressible de mettre fin à la vie de sa femme. Il n’en laissa cependant rien paraître. Lorsque Neang Ny parvint à la fin de sa grossesse et alors qu’elle était sur le point d’accoucher, son mari l’invita à aller se laver les cheveux sur le bord d’un étang. Lorsqu’ils arrivèrent à l’étang, le mari dit à son épouse : « Allons un peu plus loin, loin des habitations. Nous y serons plus à l’aise pour nous laver les cheveux et nous pourrons aussi profiter de ce moment d’intimité. »
Neang Ny ignorait que son mari voulait mettre fin à ses jours et crut qu’il voulait vraiment qu’ils se lavent les cheveux, aussi suivit-elle son époux au plus profond de la forêt. Lorsqu’il vit un embarcadère bien plat, avec une belle prairie, le mari dit à sa femme : « Cet embarcadère est parfait, arrêtons-nous donc ici. » Neang Ny, ne soupçonnant pas les intentions de son époux, s’assit pour se laver les cheveux sur la rive. Le mari sortit alors son sabre et l’abattit sur sa femme, sans que cette dernière ne soupçonnât quoi que ce fût ; la femme fut coupée en deux et mourut. On put alors voir les petits serpents sortir du ventre de la femme. Le mari de Neang Ny coupa les serpents avec son sabre. Plusieurs de ces reptiles réussirent à échapper à la lame en allant se réfugier dans des crevasses du sol, d’autres plongèrent dans l’eau, d’autres encore disparurent dans la forêt. C’est pourquoi il existe de nombreuses sortes de serpents qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui.
Ci-dessous, la bande annonce d’une adaptation très récente de cette légende au cinéma.

 

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Vidéo : Carte historique animée du Cambodge

L’Université de Sydney, grâce à l’application TimeMap™ de Java, a créé une carte animée de l’Asie du Sud-Est, montrant notamment, en un peu plus de trois minutes, l’évolution territoriale du Cambodge de l’an 100 à l’an 1550 de l’ère commune.
La carte ne se trouve plus sur le site de l’Université de Sydney, mais elle reste disponible sur Youtube. (Malheureusement, la résolution est insuffisante pour permettre la lecture du texte.)

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Intermède musical : Sinn Sisamouth, Oh ! Mon aimée !

Comme son titre l’indique, le leitmotiv de la nouvelle Des chansons à message (ចម្រៀងនាំសារ) de So Phina, dans le recueil Tomber dans l’abîme de l’amour, est l’envoi de chansons par une jeune femme à l’objet de son amour, objet qui persiste, au grand dam de l’héroïne, à ne pas comprendre, ou à feindre de ne pas comprendre, ses allusions amoureuses.
La jeune amoureuse transie soupçonne celui qui occupe toutes ses pensées d’avoir déjà une amante, aussi lui pose-t-elle indirectement la question en lui envoyant la chanson Oh ! Mon aimée ! (ឱ កែវជីវ៉ា), interprétée par Sinn Sisamouth.
Le texte original de la chanson se compose des deux couplets suivants :
១.​​​ ឱ! កែវជីវ៉ា មេត្តាអាសូររៀមផង ព្រោះគេប្រាប់បងថានួនល្អងនាងនៅទំនេរ
ទើបបងហ៊ាន ស្កាត់មករកជួបមាសមេ ព្រោះឭថាអូននៅទំនេរ តើដូចគេប្រាប់ដែរឬអី?
២. មែន ឬ មិនមែន? ពន្លកប្រាប់មកឱ្យត្រង់ កុំឱ្យរៀមលង់ឆ្កួតវង្វេងព្រោះតែរូបស្រី
សូមអូនឆ្លើយ មកចុះឱ្យអស់សង្ស័យ បើសិនអូននាងមានគូហើយ
សូមស្រីឆ្លើយឱ្យបងអស់ចិត្ត ។
(J’ai trouvé les paroles ici.)
Traduction :
1. Oh ! Mon aimée, je t’en supplie, prends pitié de moi, car on m’a dit, ma très belle, que tu étais libre,
Et c’est pour cela que j’ai l’audace, cher trésor, de venir t’importuner, car j’ai entendu dire que tu étais libre, mais est-ce bien la vérité ?
2. Est-ce donc bien vrai ? Ma chérie, réponds-moi sans détour, car je suis fou d’amour pour toi.
Je t’en supplie, petite sœur, lève donc mes soupçons, et si tu as déjà un amant,
Dis-le moi, je t’en prie, que je me fasse un raison.
Ci-dessous, le lien vers cette chanson sur Youtube. (Une pochette de disque aussi osée que celle reproduite ici n’est plus de mise dans le très prude Cambodge d’aujourd’hui !)
(Cette chanson relève du style roam vong រាំវង់.)

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Idiotisme : Lever tardif

Dans la nouvelle La première lettre d’amour (សំបុត្រស្នេហ៍ទី១) de Kim An Arun (គីម អាន អរុណ) (la troisième du recueil Tomber dans l’abîme de l’amour), je relève une expression qui m’est tout à fait familière…. en chinois.
L’expression est utilisée par l’une des jeunes filles de l’histoire, qui, en réponse à sa cousine qui lui demandait pourquoi elle partait à l’aube, s’exclame : « Le soleil éclaire déjà les fesses… c’est l’aube, ça ? »
Voici la V.O. : ថ្ងៃចាំងគូទហើយ ([thngai tchiang kout haey])
ថ្ងៃ doit être compris ici dans le sens de « soleil » ; l’un des sens de ចាំង est « éclairer brillamment » ; គូទ signifie « fesses ».
Se lever tôt, c’est en effet se lever au point de jour, et non lorsque le soleil est monté assez haut dans le ciel pour darder ses rayons sur le derrière d’un paresseux endormi.
Je soupçonne fortement cette expression idiomatique khmère d’être, au même titre d’autres expressions khmères qui ont déjà attiré mon attention, la traduction littérale de l’idiotisme chinois qui énonce exactement la même chose : 太阳晒屁股 [tàiyáng shài pìgǔ] (太阳 [tàiyáng] : soleil ; 晒 [shài] : chauffer de ses rayons (pour le soleil) ; 屁股 [pìgǔ] : fesses).

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Bibliographie : Tomber dans l’abîme de l’amour

Récemment, j’avais présenté un recueil de nouvelles intitulé Vitheavy 2016 (វិធាវី២០១៦) (voir ici), qui m’avait beaucoup plu. Ce recueil avait été publié par les éditions Kambu Mera en 2016.
Avant ce recueil, en 2015, les mêmes éditions avaient mis à la disposition des lecteurs khmérisants une autre compilation, intitulée Tomber dans l’abîme de l’amour (ធ្លាក់ក្នុងអន្លង់ស្នេហ៍), portant le sous-titre de « J’ai le cœur brisé, mais ce n’est pas grave » (ខកចិត្ត តែអត់បញ្ហា…). Cet ouvrage rassemble neuf nouvelles composées par six auteurs. Le thème de chaque nouvelle est, comme le laisse supposer le titre, la naissance de l’amour, ses méandres, et la déception amoureuse.
Parmi les histoires racontées, mes préférées sont : Une jeune fille de la campagne (កញ្ញាស្រុកស្រែ), de Ki Socheata (គី សុជាតា), qui raconte comment une jeune fille de la campagne tombe amoureuse de l’un des amis de son frère ; Des chansons à message (ចំរៀងនាំសារ), de So Phina (សូ ភីណា), dans laquelle on voit une jeune fille envoyer au jeune homme dont elle est amoureuse des chansons destinées à lui faire comprendre, en vain, les sentiments qu’elle éprouve ; Hommes de mangas (បុរសម៉ង់ហ្កា), de Ouck Sodani (អ៊ូច សូដានី), nouvelle dans laquelle une jeune fille amatrice de mangas fait le parallèle entre les jeunes gens qu’elle rencontre et les personnages préférés des bandes dessinées japonaises qu’elle affectionne. (Dans le recueil Vitheavy 2016, j’avais déjà aimé les nouvelles de Ki Socheata et de So Phina.)
D’autres nouvelles sont plus naïves, sans cependant être dénuées d’intérêt.
Le point qui me semble le plus intéressant à la lecture de ce recueil, c’est qu’il permet d’avoir une vue directe sur la vie, le travail, les problèmes sentimentaux des jeunes citadins cambodgiens, qui ont fait des études, qui ont un travail souvent intéressant, mais qui restent (pour ce qui est des jeunes femmes en tout cas) très pudiques et attachées à la tradition. On est très loin des clichés que l’on peut avoir sur le Cambodge d’aujourd’hui, et on découvre que ces jeunes citadins, finalement, ne sont pas aussi différents des jeunes Occidentaux que l’on pourrait l’imaginer.
On est loin aussi, me semble-t-il, de la littérature romanesque des écrivains des années 1970, ou des romans à l’eau de rose que produisaient et produisent encore des écrivains de la génération des années 1990 ou 2000.
Comme pour le recueil présenté précédemment, la qualité de l’édition et de la rédaction sont irréprochables.
Le livre est en vente dans de nombreuses librairies de Phnom Penh (SIPAR, Carnets d’Asie, IBC… ; ISBN : 9789996305696).

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Proverbes : Comment résister à la tentation, ou demander à un renard de garder le poulailler

Le docteur Jacobus X., médecin militaire français qui avait été en poste dans la plupart des colonies françaises, a publié en 1893 un ouvrage intitulé L’Amour aux colonies – singularités physiologiques et passionnelles, dans lequel il présente les mœurs sexuelles des autochtones dans les différents pays où il a séjourné. Le chapitre XII de cet ouvrage est consacré aux us et coutumes en relation avec le mariage et la sexualité au Cambodge.
Le bon docteur parle, entre autres choses, de la coutume qui voulait que le futur marié aille habiter chez ses futurs beaux-parents, et y fasse office de serviteur. Bien que le jeune homme fût généralement logé dans la cuisine, loin de la chambre de sa promise, il arrivait souvent que le mariage fût consommé bien avant la cérémonie officielle, sans que cela fît excessivement scandale.
Pour illustrer ce fait, Jacobus X. cite deux proverbes cambodgiens.
Le premier est cité par l’auteur de la façon suivante : « Laisser une jeune fille seule à côté d’un garçon, c’est faire garder une plantation de cannes à sucre par un éléphant. »
Le proverbe khmer est exactement le suivant :
អំពៅជិតដៃដំរី ស្ត្រីជិតបុរស។
Une canne à sucre à portée de main d’un éléphant, c’est comme une femme à côté d’un homme.
On trouve ce proverbe sous une autre forme, très similaire :
អំពៅជិតដៃដំរី  ក្រមុំជិតកំលោះ។
Une canne à sucre à portée de main d’un éléphant, c’est comme une jeune fille à côté d’un jeune homme.
Le second proverbe dit : « Ne confie pas les œufs de poule au corbeau. »
En khmer : យក​ពង​មាន់​ផ្ញើ​ក្អែក។
Confier des œufs de poule au corbeau.

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