Faune : Reptiles marins du Cambodge

Dans mon billet consacré aux tortues cambodgiennes, j’avais été contraint et forcé d’omettre les tortues de mer que l’on peut rencontrer le long des côtes khmères. En effet, la base de données sur la faune sauvage du pays que j’avais utilisée (voir ici) ne mentionnait aucun animal marin. De plus, lorsque j’ai rédigé le billet en question, j’étais en Chine, et n’avais pas à ma disposition un petit ouvrage fort utile, publié en 2008 par l’Administration des pêcheries, et intitulé Field Guide to Marine Living Ressources in Cambodia.
De retour à Phnom Penh, j’ai retrouvé ce fascicule dans ma bibliothèque, et ai retrouvé avec plaisir, à la page 57, la liste reptiles marins, tortues et crocodile, présents sur les côtes cambodgiennes. Voici donc ces animaux marins que l’on trouve au Cambodge, classés dans l’ordre alphabétique de leur nom en khmer. (Je place le crocodile à la fin de la liste.) Comme dans le billet évoqué ci-dessus, le nom en khmer est suivi du nom binomial, puis du ou des noms français, et enfin du ou des noms anglais.
ក្រាស Eretmochelys imbricata ; fr. tortue imbriquée, tortue à écailles, caret ; an. : hawksbill sea turtle
« Cette tortue vit à proximité des côtes dans l’ensemble des mers tropicales. Réputée et longtemps recherchée pour la qualité supérieure de son écaille, elle est pour cette raison l’une des espèces de tortues de mer les plus menacées d’extinction. », dixit ici l’article de Wikipedia (sur lequel j’ai également trouvé la photo ci-contre). L’écaille de cette tortue, appelée en chinois 玳瑁 [dàimào] (ce mot désigne aussi la tortue elle-même), était particulièrement appréciée en Chine pour ses qualités esthétiques. Dans la Chine impériale, c’était l’une des matières précieuses parmi les plus prisées.
ល្មិច Chelonia midas ; fr. : tortue verte, tortue franche ; an. : green sea turtle, green turtle, Pacific green turtle
Tout d’abord, une remarque sur le mot ល្មិច ([lmich). Ce mot désigne la tortue verte en particulier, mais aussi la plupart des tortues marines, en général. Le dictionnaire de Chuon Nath privilégie plutôt l’orthographe ល្មេច, prononcé de la même façon, tout en signalant cependant l’existence de l’orthographe ល្មិច. Étant donné cette dernière orthographe semble plus courante, et que c’est en outre celle adoptée par l’Administration des pêcheries, c’est celle-là que j’utilise dans ce billet.
La tortue verte est la plus grande des Cheloniidae. Sa carapace mesure en moyenne 110 cm, et la tortue peut atteindre le poids respectable de 80 à 130 kg. Elle était par le passé souvent chassée pour sa chair ou ses œufs, ainsi que pour sa carapace, utilisée pour la fabrication d’objets en écaille de tortue. (La description et l’image ci-contre viennent de l’article de Wikipedia, ici.)
ល្មិចក្បាលធំ (tortue marine à grosse tête) Caretta caretta ; fr. caouanne, tortue carette, caret ; an. : loggerhead, loggerhead sea turtle
La caouanne est une tortue de mer que l’on trouve dans les océans du monde entier. Elle mesure en moyenne 90 cm de long, pour un poids de 135 kg environ. La femelle de cette espèce est réputée pour être querelleuse. « Les combats entre femelles, rares chez les vertébrés marins, sont relativement courants chez la caouanne. Ces agressions ritualisées peuvent aller de la simple tentative d’intimidation au combat. Ces conflits concernent souvent l’accès aux aires d’alimentation. » (Cette citation ainsi que l’illustration ci-contre viennent de l’article en français de Wikipedia, voir ici.)
ល្មិចប្រផេះ (tortue de mer gris cendré) Lepidochelys olivacea ; fr. : tortue olivâtre ; an. : olive ridley sea turtle, Pacific ridley sea turtle
Cette tortue vit essentiellement dans l’Océan Indien et dans le Pacifique, mais on la trouve aussi parfois dans les eaux les plus chaudes de l’Atlantique. Elle mesure environ 60 cm et pèse une cinquantaine de kilogrammes. Comme toutes les tortues marines, c’est l’activité humaine qui constitue pour elle le principal danger. (La photo ci-contre vient de l’article de Wikipedia, ici.)
ល្មិចព្រុយបី (tortue de mer à trois nageoires) Dermochelys coriacea ; fr. : tortue luth ; an. : leatherback sea turtle, lute turtle
Le nom khmer de « tortue à trois nageoires » s’explique probablement par le fait que les deux pattes avant ainsi que les deux pattes arrière, qui semblent être d’une seule pièce, ressemblent vaguement à des nageoires.
La tortue luth est la plus grande des espèces de tortues marines. Adulte, elle peut atteindre la longueur de deux mètres, et le poids de 450 kg. La tortue luth est protégée par de nombreuses conventions internationales. Pour en savoir plus sur ce reptile marin, je vous invite à lire ici l’article de Wikipedia, sur lequel j’ai aussi récupéré l’illustration.

On peut aussi rencontrer (rarement) sur les plages cambodgiennes une espèce de crocodilien qui s’accommode de l’eau salée : le crocodile marin.
ក្រពើសមុទ្រ (crocodile de mer), ក្រពើទឹកប្រៃ (crocodile d’eau salée) Crocodylus porosus ; fr. : crocodile marin, crocodile de mer, crocodile à double crête ; an. : saltwater crocodile, estuarine crocodile, Indo-Pacific crocodile
Le crocodile marin est l’une des deux espèces de crocodiles présentes au Cambodge. L’autre espèce, le crocodile du Siam (Crocodylus siamensis), est appelée en khmer « crocodile de montagne » ក្រពើភ្នំ. Le terme générique khmer de « crocodile » (ក្រពើ) désigne le plus souvent le crocodile du Siam.
Le crocodile marin se rencontre en Asie du Sud-Est, en Asie de Sud et en Océanie. Il est extrêmement rare. C’est, avec le crocodile du Nil, la plus grande espèce de crocodile actuel, et le plus lourd reptile vivant. L’illustration ci-contre a également été empruntée à l’article de Wikipedia sur le crocodile marin.

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Idiotismes : Bœuf trottinant

D’après Larousse, trottiner signifie « marcher à petits pas pressés ».
En khmer, l’un des verbes pouvant décrire ce type de déplacement est le verbe ត្រឹក [treuk]. Ce verbe est utilisé notamment pour décrire la marche un peu rapide d’un animal.
Bizarrement, on trouve également ce verbe dans l’expression សាច់គោត្រឹក [sach kô treuk], qui signifie littéralement « viande de bœuf trottinant ».
J’ai interrogé Sarœung, notre maître-queux familial, sur la nature de cette chair animale. Elle m’a répondu avec un large sourire en me disant qu’on en trouvait assez fréquemment à Toul Kork, l’arrondissement de Phnom Penh près de l’aéroport, et que, si vraiment je voulais y goûter, elle pourrait m’en procurer, me conseillant toutefois d’attendre l’occasion d’un déjeuner au cours duquel mon épouse serait absente. Sarœung sait en effet bien que ma tendre moitié n’est pas avide de produits carnés « exotiques ».
Car pour ce qui est de l’exotisme, la « viande de bœuf trottinant » est en plein dedans, puisque cette expression idiomatique n’est qu’un euphémisme servant à désigner pudiquement la … viande de chien ! 😊

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Conte : Le tigre, le singe et le lièvre

Dans les contes khmers, le lièvre est le plus rusé des animaux, au point qu’il remplit souvent l’office de juge. Ses conseils sont en général fort avisés, et les animaux qui les suivent n’en retirent que des bénéfices. On avait déjà eu un aperçu de l’intelligence du lièvre dans l’Histoire du dhole. On en a une nouvelle illustration dans le conte du tigre, du singe et du lièvre ci-dessous. (La version khmère se trouve sur le site de l’Institut Bouddhique, ici.)
Il était une fois un tigre qui jeûnait depuis fort longtemps, ne trouvait rien à manger, et errait à la recherche d’une proie. Il rencontra un aigle, qui glatissait en faisant « ô, ô ». Le rapace perchait sur la branche d’un arbre au bord d’une mare. Regardant l’aigle, le tigre se demanda : « Mais comment faire pour attraper cette bestiole ? Il est si haut ! Si je grimpe, il me verra certainement et s’envolera, je n’arriverai pas à l’attraper ? » Le tigre s’assit pour voir ce que pouvait bien tramer le rapace. Quant à l’aigle perché, il scrutait les bancs de poissons, dans l’espoir qu’un poisson montât à la surface et qu’il pût s’en saisir. Au bout d’un moment assez long, un poisson émergea effectivement, l’aigle bondit, se saisit de l’animal et s’en régala.
Voyant cela, le tigre se dit : « Ouah ! Cet aigle se contente de rester assis en silence, et quand un poisson nage dans la mare, il lui suffit de bondir et s’en saisir, sans la moindre difficulté. Il n’a pas besoin de se faire du souci comme moi, ni de se mettre en quête de nourriture, en proie à la famine. Il lui suffit rester de rester assis le cou tendu pour attraper sa proie sans difficulté. Il n’a non plus nulle besoin de se tapir. Mieux vaudrait donc que je fasse comme lui. » Après ces réflexions, le tigre s’en alla et se mit à la recherche d’un étang ou d’une mare tranquille et riche en poissons.
Il arriva ainsi au bord d’un étang calme, sur les rives duquel poussaient au hasard de grands arbres qui offraient un ombrage assez frais, permettant au fauve de se mettre à couvert. Avant l’arrivée du tigre, un homme avait planté là sa canne à pêche. Pour pouvoir surveiller sa ligne qui se trouvait assez loin de lui, l’homme, après avoir mis la ligne en place, n’était pas resté sur la rive, mais avait grimpé à un grand arbre, ne faisant aucun bruit.
Pour ce qui est du tigre, une fois arrivé sur les lieux, il se mit à parcourir l’endroit à la recherche d’un arbre sur lequel se percher, comme il avait vu l’aigle le faire. Entendant du bruit, l’homme regarda et vit le tigre marcher, puis grimper avec les plus grandes difficultés en haut d’un arbre, et enfin imiter le glatissement de l’aigle « ô, ô ». L’homme n’osait pas ouvrir la bouche, mais se demandait en son for intérieur : « Mais que fait donc ce tigre à grimper au sommet d’un arbre surplombant sur cet étang ? À quoi pense-t-il ? »
Après un moment, un poisson fit surface et le tigre plongea dans l’eau avec fracas, avant de ressurgir en suffoquant et en toussant. Voyant cela, l’homme éclata de rire et cria : « Mais tu es fou ! Qu’est-ce qui t’a pris ? » Ayant entendu le cri, le tigre vit l’homme perché dans son arbre et fut pris d’une honte telle qu’il crut en mourir, car jamais il n’aurait imaginé que quelque chose comme ça pût lui arriver. Il pensa : « Pour l’instant, c’est seulement cet homme qui m’a vu dans cette situation, mais si, une fois rentré chez lui, il se met à colporter cette histoire, de plus en plus de gens seront au courant, et ma réputation en sera ternie à jamais. Je vais donc lui proposer un marché, afin qu’il ne révèle à personne ce dont il a été le témoin. » Aussi l’implora-t-il de la façon la plus humble : « Oh, Monsieur ! Je voulais, misérable que je suis, attraper un poisson comme j’ai vu un aigle le faire ; non seulement je n’ai attrapé aucun poisson, mais je me suis presque noyé. Je me suis vraiment couvert de honte. Je te supplie de prendre pitié de moi, de ne rapporter à personne ce qui m’est arrivé, je ne manquerai pas de te remercier de ta bienveillance. » « Et que penses-tu me donner ? » demanda l’homme. Le tigre déclara : « Je m’engage à venir t’apporter ici même un animal tous les jours. » L’homme accepta la proposition du tigre, puis rentra chez lui.
Le lendemain matin, il revint à l’endroit convenu pour recevoir du tigre l’animal promis. Le tigre vint offrir à l’homme un animal qu’il tenait dans sa gueule, et n’osa pas par la suite rompre sa promesse. Après de nombreux jours où l’homme rentrait chez lui en rapportant à chaque fois un animal, son épouse s’étonna et, la nuit venue, interrogea son mari dans la plus grande discrétion : « Mais comment fais-tu pour ramener chaque jour un animal ? Avant-hier c’était un sanglier, hier c’était un cerf cochon, et aujourd’hui un cerf aboyeur.(1) » Le mari répondit : « J’ai posé un piège. » L’épouse insista : « Mais quel est donc ce piège si efficace qu’il marche à chaque fois ? Allons, dis-moi plutôt la vérité. » L’homme oublia alors la promesse faite au tigre, et raconta toute l’histoire à son épouse, qui le crut.
Le lendemain matin, comme il le faisait tous les jours, l’homme alla récupérer une proie auprès du tigre. Quand il arriva, il vit le tigre assis là, dépité, à l’attendre. Lorsque l’homme arriva devant le fauve, ce dernier déclara : « Ah, te voilà, je t’attendais. Je vais te dévorer, car je t’avais bien interdit de révéler quoi que ce soit à quiconque et m’étais engagé en retour à t’offrir chaque jour un animal. C’est ce dont nous avions convenu. Pourquoi as-tu donc révélé mon secret ? »
Les yeux écarquillés de peur, l’homme n’osa pas protester, il se contenta d’implorer le tigre en ces termes : « Grand frère tigre, puisque tu veux me dévorer, fais-le, je ne proteste pas, car j’ai déjà révélé le secret. Mais puisque je dois mourir, laisse-moi au moins aller voir mon épouse, pour la prévenir. » Le tigre accepta en ces termes : « Vas-y, si tu veux, mais reviens au plus vite. Je vais commencer à cracher, et lorsque ma salive sera épuisée, j’irai chez toi pour te dévorer, et dévorer aussi ton épouse, car je considérerai que tu n’as pas tenu ta promesse. » L’homme, en proie au désespoir car il allait être privé de la vie et dévoré par le tigre, rentra chez lui pour rapporter à son épouse ce qui lui arrivait. Il déclara : « Je ne peux pas rester plus longtemps, car si le tigre attend trop, il viendra nous dévorer tous les deux. » L’épouse pleura, et l’homme fit ses adieux. L’homme quitta ensuite sa demeure et, accablé de chagrin, prit le chemin du retour. En route, il fit la rencontre du lièvre. Ce dernier lui demanda : « Mais où vas-tu, l’homme, éploré ainsi ? Un malheur t’a-t-il frappé ? » L’homme fit alors au lièvre le récit de ce qui lui était arrivé. Le lièvre déclara : « Oh ! S’il en est ainsi, pourquoi avoir peur ? Vas donc me chercher une main de bananes, et tu n’auras rien à craindre de ce tigre pervers ! » L’homme, en proie à la plus grande joie, se dépêcha d’aller chercher une main de bananes et la remit au juge lièvre en disant : « Voici, maître ! Je te supplie de m’aider à conserver la vie. Mais dans un instant, le tigre va venir me dévorer. » Le juge lièvre répliqua : « Hé ! Viens donc avec moi, allons voir ce tigre de plus près. » Le lièvre trouva alors un monticule et s’assit dessus, de façon à pouvoir voir au loin.
Quant au tigre, lassé d’avoir attendu l’homme aussi longtemps, il se mit en chemin dans l’intention de se repaître des époux, puisque le mari n’avait pas tenu sa parole. Il marcha seul dans la forêt et parvint rapidement au pied du monticule. Lorsqu’il vit arriver l’animal, l’homme avertit le lièvre : « Regarde, le voilà qui arrive ! » Le juge lièvre lui dit : « Ne dis pas un mot, laisse-le approcher. » Lorsque le tigre se fut approché, le juge lièvre engouffra une banane dans sa bouche et dit à voix haute, en faisant mine de s’éclaircir la gorge : « Hum, hum ! Après avoir avalé cinq tigres, je reste encore sur ma faim. Et après avoir avalé une aubergine grosse comme le poignet, j’ai vraiment la gorge qui gratte ! Hum, hum ! » Le tigre, entendant cette voix puissante disant que l’on avait « avalé cinq tigres », fit un bond en arrière. Le juge lièvre fit encore mine de s’éclaircir la gorge à plusieurs reprises. Le tigre prit alors ses jambes à son cou et s’enfuit, jetant des regards inquiets derrière lui.
Dans sa fuite, il rencontra le singe perché au sommet d’un arbre. Le primate, apercevant le tigre en fuite, lui cria : « Eh, grand frère tigre, pourquoi cours-tu ainsi ? » Entendant le cri du singe, le tigre s’arrêta et s’exclama : « Mon dieu ! Au secours ! Mais qui donc est si grand qu’après avoir dévoré cinq tigres il n’est pas encore rassasié ! J’ai été pris de panique et c’est pourquoi j’ai pris la fuite. » Le singe demanda : « Mais est-ce que tu l’as vu ? » « Non, je l’ai seulement entendu parler », répondit le tigre. Le singe demanda encore : « Cela se passait où ? » « Là-bas, au pied du monticule près du pongro(2). » « C’est certainement le juge qui a fait le coup » déclara le singe avant d’ajouter : « Allons donc voir sur place. » « Mais non » répliqua le tigre, « comment se pourrait-il que le juge ait dit ça ? » Le singe insista : « Mais si, c’est certainement le juge. Retourne donc là- bas pour t’en assurer, je viens avec toi. » Le tigre, apeuré, dit alors : « Tu ne manqueras certainement pas de m’abandonner, tu iras te réfugier au sommet d’un arbre, et je me retrouverai seul, promis à une mort certaine. » Le singe le rassura : « Si tu as peur que je t’abandonne, nous n’avons qu’à attacher nos queues, et alors je ne pourrai en aucun cas aller me réfugier au sommet d’un arbre, puisque nous serons attachés l’un à l’autre. » « Dans ce cas, » dit le tigre, « allons-y, mais ne m’abandonne pas. » Après avoir attaché leurs queues ensemble, le tigre et le singe se dirigèrent vers le monticule.
Les voyant arriver, l’homme avertit le lièvre : « Maître, il revient, et cette fois il est accompagné d’un singe. J’ai peur ! » Le juge lièvre dit : « Ne t’inquiète de rien ! Garde le silence. Laissons-les s’approcher… » Le juge lièvre se saisit d’une banane et la mit dans sa bouche. Lorsqu’ils se furent approchés, le singe demanda au tigre : « C’est où, grand frère tigre ? » « Là, c’est juste là que j’ai entendu parler, » répondit le tigre. Le juge lièvre, la banane dans la bouche, cria alors : « Hé ! Toi le singe, cela fait déjà quatre ou cinq ans que tu laisses trainer la dette que tu as envers moi ! Amène-moi donc ce tigre maigrichon ! Hum, hum ! Mais regardez-moi ce singe malappris ! » Entendant cela, le tigre prit la poudre d’escampette, sourd aux cris du singe qui lui demandait de s’arrêter, et pensant : « Ah, ce singe ! Il m’a donc amené ici pour rembourser sa dette ! » Le singe cria : « Grand frère tigre, arrête-toi ! » Mais le tigre ne voulut rien savoir, étant persuadé que le singe l’avait conduit ici pour le livrer en paiement de sa dette. Il courut de plus belle, cognant le singe contre les arbres et le sol, tant et si bien que le singe en perdit la vie.
Notes
(1) Le cert aboyeur, ou muntjac indien (ឈ្លូស, Muntjac muntjac) est un petit cervidé souvent braconné au Cambodge, apprécié pour sa chair tendre.
(2) Le pongro (Schleichera oleosa, ពង្រ), parfois appelé « chêne de Ceylan », est un arbre dont les feuilles, les inflorescences et les graines sont utilisées dans la cuisine cambodgienne. Elles apportent aux mets une saveur très acide, fort appréciée des Cambodgiens.
La photo du cerf aboyeur ci-dessous vient de l’article que Wikipedia consacre au cervidé, ici.

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Proverbes : Loin des yeux, loin du cœur

Dans le conte du serpent Kéng Kang tel qu’il est donné sur le site de l’Institut Bouddhique (ici), en guise de morale est cité le proverbe suivant :
ឃ្លាតឆ្ងាយ ណាយចិត្ត។ [khliet chhngay nay chét]
Vocabulaire :
ឃ្លាត être séparé de
ឆ្ងាយ loin, lointain
ណាយ se refroidir (pour des sentiments), se lasser de
La traduction littérale de ce proverbe est donc : « Lorsque l’on est séparé de loin, le cœur se refroidit ».
C’est exactement le sens de l’expression française « Loin des yeux, loin du cœur ».
PS : Un proverbe de sens proche avait déjà été donné ici sur Khmerologie.

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Faune : Tortues cambodgiennes

En février 2015, j’avais visité à Sambor, près de Kratié, le Mekong Turtle Conservation Center (MTCC). De cette visite, j’ai gardé un excellent souvenir (voir ici le compte-rendu de cette visite).
Outre la célèbre tortue de Cantor (Pelochelys cantorii), le centre permet de découvrir la plupart des tortues présentes au Cambodge. Je me suis souviens d’un grand poster sur lequel étaient présentées les espèces de tortues présentes au Cambodge (le poster mentionnait 14 espèces). Je n’avais malheureusement pas pris de photo de ce poster, et n’avais trouvé nulle part ailleurs de liste des tortues cambodgiennes.
Mais grâce à la base de données des espèces animales dont j’ai parlé ici, j’ai pu reconstituer cette liste. (La base de données énumère 15 espèces.) Je me propose donc de présenter dans ce billet les différentes tortues cambodgiennes.
Une remarque préliminaire : en khmer, on trouve deux mots pour désigner les tortues : អណ្ដើក [ân daek] (et non [ân daet] comme je l’avais mentionné par erreur dans le billet consacré au MTCC), mot qui s’applique aux tortues à « carapace dure », et កន្ធាយ [kân thièy], qui désigne spécifiquement les tortues dites à carapaces molles (la carapace de ces tortues n’est pas vraiment molle, mais elle est recouverte d’un cuir épais qui leur donne une surface de texture molle).
Les tortues sont données ici dans l’ordre alphabétique de leur nom khmer (avec la traduction littérale du nom khmer entre parenthèses), accompagné du nom latin et des noms vernaculaires en français et en anglais.
កន្ធាយអាស៊ី (tortue à carapace molle d’Asie) Amyda cartilaginea ; fr. : trionyx cartilagineux ; ang. : Asiatic softshell turtle, black rayed softshell turtle
En-dehors du Cambodge, cette tortue à carapace molle se trouve également dans de nombreux autres pays d’Asie (Inde, Laos, Malaisie, Indonésie, etc.). Sa carapace peut atteindre 70 à 80 cm de long, l’animal peut peser jusqu’à 15 à 25 kg. (La photo vient de l’article que Wikipedia consacre à cette espèce, ici.)

 

កន្ធាយក្បាលកង្កែប (tortue à carapace molle à tête de grenouille) Pelochelys cantorii ; fr. : tortue géante à coquille molle, tortue de Cantor ; ang. : frog-faced softshell turtle, Cantor’s giant softshell turtle, Asian giant softshell turtle
Cette espèce est originaire d’Asie du Sud-Est. Elle est considérée comme étant la plus grande tortue d’eau douce vivant aujourd’hui. Il s’agit d’une espèce menacée, et c’est sur la préservation de la tortue de Cantor que porte l’essentiel des efforts du MTCC. (La photo vient également de Wikipedia, ici.)

 

 

 

អណ្តើកក្បាលធំ (tortue à grosse tête) Platysternon megacephalum ; fr. : tortue à grosse tête ; ang. : big headed turtle
Cette tortue est présente au Cambodge, en Chine, au Laos, au Myanmar, en Thaïlande et au Vietnam. Elle est réputée pour sa capacité à escalader les obstacles. Elle ne peut pas rentrer sa tête dans sa coquille, mais dispose d’une mâchoire puissante qui lui permet de se défendre. Elle se nourrit de poissons et d’escargots. (La reproduction du timbre qui prend cette tortue pour thème vient d’un site de partage de photos, ici.)

អណ្តើកក្អែក (tortue corbeau) Siebenrockiella crassicollis ; fr. : émyde noire des marais ; ang. : black mask turtle, black marsh turtle, smiling terrapin, Siamese temple turtle
L’espèce est présente au Cambodge, en Indonésie, au Laos, en Malaisie, au Myanmar, etc. C’est une tortue de taille petite à moyenne, presque entièrement noire, sauf des taches blanches à jaune sur la tête. Elle est essentiellement aquatique et se déplace lentement ou reste immobile dans les plans d’eau avec une végétation dense. (La description et la photo viennent de Wikipedia, ici.)

អណ្តើកត្រចៀកក្រហម (tortue à oreilles rouges) Trachemys scripta elegans ; fr. : tortue de Floride ; ang. red-eared slider, red-eared terrapin
La tortue de Floride a une longévité évaluée à environ 50 ans. Lorsqu’elle est juvénile, sa nourriture se compose à 90 % de poisson et à 10 % de végétaux. C’est une espèce extrêmement populaire en France, mais elle est invasive et cause de nombreux problèmes. (La photo vient de l’article « tortue de Floride » de Wikipedia, ici.)

 

អណ្តើកបិទមុខ (tortue qui ferme le visage) : Cuora amboinensis ; fr. : tortue boîte d’Asie ; ang. : box turtle, Amboina box turtle, Southeast Asian box turtle
Cette tortue doit son nom khmer au fait que la tortue rentre la tête dans sa carapace en faisant pivoter une petite plaque se trouvant sur la partie ventrale, juste à l’arrière de la tête, qui se referme une fois la tête rentrée. À l’âge adulte, elle atteint une taille d’environ 25 cm, et vit 30 à 35 ans. Elle est omnivore. (La photo vient de l’article de Wikipedia, ici.)

អណ្តើកព្រិច (tortue ‌à Melientha suavis)(1) Indotestudo elongata ; fr. : tortue à tête jaune ; ang. : elongated tortoise
Cette tortue a une carapace allongée, et est de couleur jaunâtre, tirant sur le brun-vert sur la carapace, celle-ci ayant des taches plus sombres. Elle atteint environ 30 centimètres de long pour un poids d’environ 3,5 kg, les femelles étant en général plus grandes que les mâles. (La description et la photo viennent de l’article de Wikipedia, ici.)
(1) Melientha suavis (ព្រិច [prich]) est un végétal dont les feuilles sont consommées à la campagne comme légume.

អណ្តើកមាស (tortue d’or) Manouria impressa ; fr. : tortue imprimée ; ang. : impressed tortoise
Cette tortue se rencontre en Asie du Sud-Est et dans le sud de la Chine. Elle possède une carapace et une peau de couleur brun-doré, d’où son nom en khmer. Elle est difficile à maintenir en captivité. Elle est appréciée pour sa chair par les populations locales. (La photo vient de l’article de Wikipedia, ici.)

 

 

អណ្តើកសកល (tortue commune) Heosemys annandalii ; fr. : tortue des temples à tête jaune, tortue d’Annandale ; ang. : yellow headed temple turtle
Il s’agit d’une tortue de grande taille, dont la carapace peut atteindre une longueur de 80 cm. La femelle est plus grande que le mâle. La tortue est herbivore. Elle se rencontre fréquemment au voisinage des temples bouddhistes, d’où le nom qui lui a été donné en français comme en anglais. (La photo vient du site de l’Asian Turtle Program, ici.)

 

អណ្តើកសោម (tortue divine) Heosemys grandis ; fr. : tortue asiatique géante des marais ; ang. : giant Asian pond turtle, Asian giant terrapin
Cette tortue se rencontre en Malaisie péninsulaire, en Birmanie, en Thaïlande, au Cambodge, au Laos et au Vietnam. Sa carapace peut atteindre une longueur d’une cinquantaine de centimètres. Elle apprécie un habitat semi-aquatique. (La photo vient de l’article de Wikipedia, ici.)

 

 

អណ្តើកស្រែ (tortue de rizière) Malayemys subtrijuga ; fr. : malayémide à trois arêtes ; ang. : Malaysian snail-eating turtle, rice field terrapin, Mekong snail-eating turtle
Cette tortue se trouve dans le bassin du Mékong, au Cambodge, au Laos, dans le sud du Vietnam et dans le nord de la Thaïlande. Elle apprécie plutôt les cours d’eau lents. Elle est omnivore. Ses mâchoires sont puissantes, ce qui lui permet de casser sans difficulté la coquille des escargots. (La photo vient de l’article de Wikipedia, ici.)

 

អណ្តើកស្លឹកទ្រូងខ្មៅ (tortue feuille à plastron noir) Cyclemys oldhamii (ou oldhami) ; fr. : tortue feuille d’Asie ; ang. : black plastron leaf turtle, Oldham’s leaf turtle
Cette tortue est présente en Asie du Sud-Est, et peut-être dans le sud de la Chine, dans la province du Yunnan. (La photo vient du site Reptile Database, ici.)

 

 

អណ្តើកស្លឹកទ្រូងលឿង (tortue feuille à plastron jaune) Cyclemys pulchristriata ; fr. : ? ; ang. : Eastern black-bridged leaf turtle, yellow plastron leaf turtle
Cette espèce est présente dans le sud de l’Indochine. Sa carapace est de couleur rougeâtre à brun. Le plastron est jaune en grande partie. Je n’ai pas trouvé son nom commun en français. (L’image vient du site de l’Asian Turtle Program, ici.)

 

អណ្តើកស្លឹកភ្នំក្រវាញ (tortue feuille de la chaîne des Cardamomes) Cyclemys atripons ; fr. : ? ; ang. : Western black-ridged leaf turtle, Cardamoms leaf turtle
La carapace de cette espèce est brun-rouge, ovoïde à allongée. Le plastron est jaune pour l’essentiel, avec ou sans lignes fines, noires. Elle est morphologiquement très proche de l’espèce précédente. Je n’ai pas trouvé son nom commun en français. (L’image vient du site Reptile Database, ici.)

 

អណ្តើកហ្លួង (tortue royale) Batagur baska ; fr. : tortue fluviale de l’Inde, tortue fluviale des Sundarbans, batagur malais ; ang. : Northern river terrapin, mangrove terrapin
La carapace de cette tortue peut mesurer jusqu’à 60 cm, et l’animal peut atteindre un poids de 18 kg. La surface supérieure de la carapace et les parties molles sont en général de couleur olive-brun, tandis que le plastron est jaunâtre. L’espèce fait partie de la liste des 100 espèces les plus menacées au monde. (La photo vient de l’article en chinois de Wikipedia, ici.)

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Idiotismes : Un seul cœur un seul foie

Pour les Cambodgiens, le foie (ថ្លើម [thla-em]) est le siège des émotions. Il existe en khmer de nombreuses expressions qui empruntent cette notion.
Dans la traduction khmère de la fable de Georges Orwell, La Ferme des animaux, j’ai par exemple relevé l’expression idiomatique suivante :
ចិត្តមួយថ្លើមមួយ
Littéralement : « Un cœur, un foie », en fait « Le même cœur et le même foie ».
Cette paraphrase était utilisée pour illustrer l’amitié indéfectible et parfaitement sincère et loyale entre deux personnages, des « amis de même cœur et de même foie » : មិត្តចិត្តមួយថ្លើមមួយ.
(Je remarque aussi qu’en chinois, l’expression « cœur-foie » (心肝 [xīn gān]) peut être utilisée dans un sens proche. Par exemple, lorsqu’une mère s’adresse à son jeune enfant, ou lorsque des amants se donnent des mots doux, pour dire « mon chéri », ils peuvent utiliser l’expression 小心肝 [xiǎo xīn’gān] « petit cœur-foie ».)

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Liens utiles : Base de données des espèces animales

En cherchant la traduction du nom de divers animaux cités dans le conte du dhole, j’ai découvert le site de Cambodia Clearing House Mechanism, qui contient notamment une base de données assez étoffée des noms des espèces animales présentes au Cambodge.
La base de données donne le nom binomial, le nom en khmer, ainsi que le nom vernaculaire en anglais. Il est possible de faire une recherche à partir du nom khmer.
Pour accéder directement à la base de données, cliquez ici.
(Lien consulté le 20 juillet 2017.)

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