Intermède musical : Quand tu seras vieux, Aok Sokunkanha

L’influence la culture chinoise dans la société cambodgienne est visible dans tous les domaines, y compris dans celui de la chanson.
Dans Le Portail, François Bizot faisait allusion aux chansons chantées par les révolutionnaires Khmer rouge, qui n’étaient pour l’essentiel que des adaptations en khmer des airs chantés par les maolâtres aux meilleures heures de la Révo. Cul.
Aujourd’hui, au Cambodge, l’influence de la C-Pop est peut-être au moins aussi importante que celle de la K-Pop. Une nouvelle illustration : la chanson Quand tu seras vieux (ពេលបងចាស់ទៅ) chantée en 2015 par Mademoiselle Aok Sokunkanha. Dans cette chanson, une jeune femme exprime son amour éternel pour son amant. Elle sera à ses côtés jusque dans sa vieillesse, car c’est son âme qu’elle aime.
Il s’agit en réalité d’une reprise de la chanson chinoise 《当你老了》 [dāng nǐ lǎole], titre que l’on peut également traduire par « Quand tu seras vieux », chantée en février 2015 par la star hongkongaise Karen Mok (莫文蔚 [mò wénwèi]). Les paroles des chansons cambodgienne et chinoise sont assez proches.
Ci-dessous, le clip de l’interprétation de Kanha. La version de Karen Mok peut également être écoutée sur Youtube, ici.

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Bibliographie : Les contes de Perrault en khmer

Lors d’une visite dans l’une des librairies cambodgiennes de Phnom Penh, j’ai découvert un petit livre (70 pages) publié en 2004 par les éditions Funan, intitulé រឿងព្រេងនិទានរបស់ពែររ៉ូល៍, Contes de Perrault.
Ce livre reprend quelques-uns des récits du conteur. On trouve, dans l’ordre, les traductions en khmer des histoires suivantes :
– Le petit chaperon rouge (en khmer : « La petite fille au chapeau rouge et le loup ») ;
– Les souhaites ridicules (« La sagesse du bûcheron) ;
– Cendrillon (« La princesse Cendrillon ») ;
– La belle au bois dormant ;
– Barbe-bleue ;
– Le petit poucet ;
– Le chat botté (« Le chat de Monsieur Carabas ») ;
– Peau d’âne.
Le recueil contient donc quelques-uns des plus célèbres contes de Charles Perrault.
La traduction en khmer (qui est plus une adaptation qu’une traduction littérale) est assez agréable à lire en khmer. L’édition a fait l’objet d’une attention certaine : les fautes d’orthographe sont très peu nombreuses, la reliure est irréprochable, l’impression est très claire.
La traduction a été réalisée, apparemment à partir d’une édition ancienne de ces contes, par Bi Sok Kung (ប៊ី សុខគង់), au sujet duquel je n’ai trouvé aucune information.
Le livre était encore en vente à Phnom Penh en mars-avril 2018 (j’ai acquis mon exemplaire dans l’une des librairies IBC de Phnom Penh). Il est aussi disponible à la bibliothèque du CKS.
Voici la couverture de mon exemplaire :

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Proverbe : Avant qu’il ne soit trop tard

La présence très ancienne de nombreux Chinois au Cambodge a influencé la société cambodgienne dans de très nombreux domaines, y compris dans celui de la langue. Outre les nombreux mots d’origine chinoise empruntés par la langue khmère, ce sont parfois des proverbes et dictons chinois qui ont été directement traduits en khmer et sont aujourd’hui fréquemment utilisés par les Cambodgiens. Par exemple, le proverbe ci-dessous :
មិនទាន់ឃើញក្ដារមឈូស មិនទាន់ស្រក់ទឹកភ្នែក។ [men toan kheugn kda mo-chhuh men toan sråk teuk phnèk]
Tant que tu n’as pas vu le cercueil, tu ne pleures pas.
មិនទាន់ [men toan] pas encore
ក្ដារមឈូស [kda mo-chhuh] cercueil
ស្រក់ទឹកភ្នែក [sråk teuk phnèk] verser des larmes, pleurer
La version chinoise dit exactement la même chose : 不见棺材不流泪 [bùjiàn guāncái bù liúlèi]).
Ce proverbe est utilisé en guise de mise en garde, lorsque l’on veut conseiller à quelqu’un d’amender sa conduite avant qu’il ne soit trop tard.

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Cinoche : First they killed my father (2017)

Le récit de Loung Ung intitulé First They Killed My Father (en français D’abord, ils ont tué mon père) est paru en 2000. C’est le récit de la période Khmer Rouge, du 17 avril 1975 jusqu’à l’invasion vietnamienne, du point de vue d’une petite fille, et c’est le principal (le seul ?) intérêt du livre.
Ce récit a été adapté au cinéma par Angelina Jolie, qui a réalisé et co-écrit le scénario du film éponyme. L’œuvre, qui a bénéficié d’un budget de quelque 22 millions de dollars, est sortie en 2017 et a fait grand bruit. Elle a donné lieu à une sortie en grandes pompes, en avant-première, au Cambodge. C’est sans doute le sujet traité, et le fait que la période Khmer Rouge est vue à travers les yeux d’une petite fille, qui ont valu à ce film des critiques dithyrambiques. Le nom d’Angelina Jolie a bien sûr aussi eu son importance. Sur IMDb, la note moyenne attribuée par les internautes est de 7,2 ! (Voir ici la page consacrée à ce film sur le site en question.)
First They Killed My Father ne me semble cependant pas exempt d’éléments à critiquer. Par exemple, dans l’introduction et la conclusion, ce sont les États-Unis et leur politique au Vietnam et au Cambodge qui sont désignés comme les seuls coupables de l’avènement des Khmers Rouges, ce qui me semble constituer une simplification plus qu’hasardeuse ; et du point de vue purement esthétique, le film n’est en outre pas dépourvu de lenteurs.
Il faut aussi, me semble-t-il, se poser la question de la pertinence qu’il y a à ne présenter le Cambodge au public international qu’à travers les sempiternelles questions des Khmers rouges et de la prostitution. Le Cambodge est aimable et intéressant pour beaucoup d’autres raisons, et réduire le pays à ces deux questions est plus que simplificateur, voire dommageable. Mais visiblement, la bien-pensance, la moraline et l’émotion larmoyante ont encore de beaux jours devant elles…
Le film peut être visualisé sur Netflix.
L’affiche en khmer ci-dessous vient d’IMDb.
first they killed

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Les contes du juge lièvre : La vieille et les bananes

Le « juge lièvre » (សុភាទន្សាយ [sophea tonsay]) est un personnage récurrent dans les contes khmers. Il est connu pour sa rouerie, et il est souvent appelé à l’aide par les animaux ou les hommes en mauvaise posture ou victimes d’injustice. Sans vergogne, le juge lièvre use et abuse de son intelligence pour parvenir à ses fins, même si parfois son excès de confiance lui joue des tours, comme dans le conte du dhole et de la tortue, où il y laisse une partie précieuse de son anatomie.
Dans le conte de la vieille et des bananes, ou l’histoire du lièvre qui voulait manger des bananes, le lièvre se joue de la naïveté d’une pauvre vieille partie vendre un panier des bananes de son jardin. Voici le conte en question :
Un jour que le lièvre était sorti de son terrier, il parvint aux abords d’un village. Il vit une vieille qui portait sur la tête un panier de bananes qu’elle allait vendre. Le lièvre se dit : « Je suis à bout de forces, comment faire pour me régaler de ces bananes ? J’ai une idée : je vais faire le mort ! » L’animal se coucha donc sur le chemin. La vieille, apercevant la belle bête, crut qu’elle était morte. Elle s’écria : « Mais c’est mon jour de chance ! Je vais me mitonner une soupe de derrière les fagots avec cette bestiole ! » Elle se saisit du lièvre et le jeta dans son panier.
Le quadrupède à peine atterri sur les fruits, se mit en devoir de les peler et de les manger un à un. Lorsque la vieille arriva devant une maison où elle comptait vendre sa récolte, elle héla la maîtresse de maison et posa son panier de bananes sur le sol. Sans tarder, le lièvre bondit et prit la poudre d’escampette, ne laissant dans le panier que les pelures des fruits dévastés. Et la vieille de s’écrier : « Mais le lièvre était donc vivant ! Et moi qui croyais qu’il était mort ! » La vieille n’eut ainsi plus aucune banane à vendre, tandis que l’animal rassasié s’enfuit à belles enjambées.
L’illustration ci-dessous vient d’une page de blog où vous pourrez lire une autre version, en khmer, de ce conte (voir ici) :

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Idiotisme : Se coller l’aisselle

Dans la pièce de théâtre Salaud de patron (ថៅកែចិត្តចោរ) de Pov Yu Leng et Um Chhoeun, je rencontre une expression que l’on peut sans trop hésiter qualifier d’hermétique si l’on n’est pas initié. Jugez plutôt :
យកជ័រព្នៅមកត្បៀតក្លៀក [yok choa pnov tbeat kleat] : littéralement, « se mettre de la colle d’oranger de Malabar sous l’aisselle »
ជ័រ colle
ព្នៅ oranger de Malabar, Aegle marmelos
ត្បៀត mettre sous l’aisselle
ក្លៀក aisselle
Pour comprendre cette expression, il faut savoir que si le fruit de l’oranger de Malabar peut être consommé frais, mais aussi, coupé en deux, il peut servir de pot de colle ; en outre, « au séchage, [les fruits] possèdent un pouvoir adhésif puissant, d’où leur emploi éventuel comme ciment par les joaillers », explique Pauline Dy Phon dans son Dictionnaire des plantes utilisées au Cambodge (cf. p. 11). Il semble donc bien peu judicieux de vouloir se garnir l’aisselle de colle d’oranger de Malabar !
C’est la raison pour laquelle cette expression idiomatique est utilisée pour décrire une situation délicate dans laquelle on s’est soi-même « englué ».
Une petite remarque gastronomique concernant l’expression « colle d’orange de Malabar » (ជ័រព្នៅ [choa pnov]) : c’est également cette expression qui est utilisée pour désigner les œufs mollets : ពងជ័រព្នៅ [pong choa pnov]. Sans doute la consistance de l’œuf mollet n’est-elle pas sans rappeler celle de la colle en question…
Ci-dessous, une orange de Malabar ouverte. La photo vient du site Chanbokeo, ici :

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Bibliographie : Nhok Thaem, Le Démon de l’amour

Nhok Thaem (ou Nhok Them) (ញ៉ុក ថែម, 1903-1974) est un auteur important dans l’histoire de la littérature cambodgienne moderne. Il est surtout connu pour La Rose de Païlin (កុលាបប៉ៃលិន), roman sentimental célèbre qui avait été publié en 1943 et que Khmerologie a déjà présenté ici. Avant La Rose de Païlin, Hnok Thaem a fait paraître en 1942 un court roman (une quarantaine de pages dans l’édition que je possède) intitulé Le Démon de l’amour (បិសាចស្នេហា [bei-sach sné-ha]).
Le Démon de l’amour raconte l’histoire suivante : Sarei, l’aînée, et Saron, la cadette, sont toutes deux élèves au Lycée Sisowath, situé « boulevard Doudard de Lagrée » (aujourd’hui boulevard Norodom). Un jour, à la sortie du lycée, elles portent secours à un jeune homme victime d’un accident de moto. Elles ramènent le jeune homme dans leur résidence familiale (elles sont les filles d’un oknha). Le jeune homme, Roat, est un jeune magistrat, issu lui aussi d’une bonne famille. Les deux jeunes filles tombent amoureuses de Roat. Ce dernier n’est pas insensible au charme des deux sœurs.
Saron a un soupirant, Oddom, qui est dévoré par la passion ; il a demandé la main de Saron, mais le père de cette dernière laisse à sa fille le choix d’accepter ou non. Oddom presse Saron de lui donner sa réponse, mais cette dernière finit par le repousser en lui révélant qu’elle est amoureuse d’un autre. Par désespoir, Oddom se suicide.
Roat finit par décider d’épouser l’aînée, Sarei. Saron est désespérée. Elle est si consumée par l’amour qu’elle porte à Roat que, alors que ce dernier est en mission à Kampot, elle décide d’assassiner sa sœur. Elle s’introduit dans sa chambre, armée d’un couteau effilé. Au moment où elle s’apprête à porter le coup fatal, le fantôme du jeune Oddom lui apparaît.
Oddom parvient à convaince Saron de renoncer à son funeste projet, mais Saron est tellement dévorée par le sentiment amoureux qu’elle se suicide immédiatement, au chevet de Sarei.
L’enquête policière conduite après la découverte du corps de Saron ne donne rien : le suicide est a priori écarté (pourquoi Saron se serait-elle rendue dans la chambre de sa sœur pour se suicider ?), et le meurtre de Saron par Sarei semble peu plausible : les deux sœurs s’entendaient à merveille.
Alors que Roat est encore à Kampot, il apprend le décès de sa belle-sœur. Une nuit, il est réveillé par une voix. Lorsqu’il se lève, il voit apparaître le fantôme de Saron, qui lui expose ses sentiments et lui raconte ce qui s’est passé. Le mystère de la mort de la jeune fille est donc éclairci.
L’intrigue du roman est d’une grande simplicité. Si cette œuvre ne présente pas un intérêt majeur du point de vue de l’esthétique littéraire, elle est cependant loin d’être inintéressante, ne serait-ce que pour l’histoire de la fiction cambodgienne moderne. De plus, Nhok Thaem possède une grande maîtrise de la langue khmère (il était professeur de pali) et son style est d’une grande élégance.
Du point de vue linguistique, ce court roman permet d’avoir un aperçu de l’évolution très importante que la langue khmère a connue depuis les années quarante. De nombreux mots et expressions utilisés par Nhok Thaem sont considérés aujourd’hui comme désuets.
À ma connaissance, ce roman n’a jamais été traduit.
L’édition qui est en ma possession, datée de 2004, est assez bonne : les fautes de frappe sont rares et le texte est bien lisible. Le livre ne porte aucune indication relative à l’éditeur, qui fait cependant précéder le texte par une brève introduction et une notice biographique de l’auteur.
Sur Youtube, vous pouvez écouter l’analyse du roman Le Démon de l’amour par l’historien et spécialiste de la littérature Vandy Kaonn.
Le professeur Khing Hoc Dy consacre également un chapitre à Nhok Thaem et à son œuvre dans son ouvrage Littérature cambodgienne du XXème siècle – Écrivains et textes.
La version anglaise de Wikipedia consacre un court article à cet auteur, voir ici.

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