Intermède musical : Khemarak Sereymon – Chez moi, c’est comme ça qu’on danse

Au moment du nouvel an khmer de 2017, une chanson de Khemarak Sereymon a connu un succès fulgurant. La chanson s’intitule « Chez moi, c’est comme ça qu’on danse » (ស្រុកខ្ញុំគេរាំតែអញ្ជឹង). C’est une chanson rythmée, carrément moderne. Le texte ne brille certes pas par sa subtilité, mais la composition et son clip ont été largement diffusés à la télévision, et ont visiblement bénéficié de la faveur du public. En voici un extrait :

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Bibliographie : Borges, L’Aleph

L’Aleph est un conte bien connu de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, paru pour la première fois en 1945. L’aleph est un point dans l’espace qui contient tous les autres points. Celui qui observe ce point peut voir tout ce qui se passe ou s’est passé dans le monde.
Aleph est la première lettre de l’alphabet hébreux, c’est aussi le chiffre 1. Il symbolise l’origine de l’univers, l’un primordial qui contient tous les nombres.
Ce conte a été traduit très récemment par Christophe Macquet (qui avait également avec ses élèves de l’Université Royale Le Petit Prince de Saint Exupéry) et Be Puch, sous le titre de រឿងដួងកែវ. Cette traduction met enfin à la portée des lecteurs cambodgiens ce texte important de Borges.
Les traducteurs ont mis au point un texte khmer très élégant, qui se lit de la façon la plus fluide qui soit. Le texte du conte est suivi d’un commentaire des plus intéressants. Le plus grand soin a également été apporté à la mise en page et à l’impression.
រៀងដួងកែវ est publié aux éditions Kâla, à Phnom Penh. ISBN : 978-9924-9136-0-3
Ci-dessous, la couverture de mon exemplaire :

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Le vocabulaire des couleurs en khmer

Le vocabulaire khmer des couleurs est d’une très grande richesse. Le non-initié s’y perd souvent, aussi n’est-il pas inutile de donner quelques éléments qui permettront au novice de comprendre un peu mieux.
Le mot le plus couramment utilisé pour dire « couleur » en khmer est sans doute le mot ពណ៌, prononcé [poa], que l’on peut traduire, selon le contexte, par : couleur, complexion, ou teinte. En parallèle de ce mot existe un mot d’origine chinoise, moins couramment utilisé : ស៊ី [si], qui me semble venir directement du sinogramme 色 [sè]. Il faut noter cependant que le dictionnaire de Chuon Nath donne à ce mot une origine sanskrite ; mais le sinogramme 色 a une prononciation proche de celle du khmer dans plusieurs dialectes chinois fréquents au Cambodge, par exemple [sik1] en cantonais, [siak7] en dialecte du Fujian. Un autre mot que l’on rencontre souvent est celui de សម្បុរ qui peut se prononcer [sambol] ou [sambao], et qui est fréquemment utilisé pour parler de la couleur de peau, du teint, et qui peut aussi signifier « pigment ».
Teindre se dit « tremper dans de la couleur » : ជ្រលក់ពណ៌, parfois simplifié en ជ្រលក់, et la teinture, le produit qui sert à teindre, est appelé « agent de teinture » : ថ្នាំជ្រល់ក. « Changer de couleur » se dit le plus souvent ប្រែពណ៌.
J’ai déjà rencontré l’expression « couleur de la nature » ពណ៌ធម្មជាតិ correspondant au français « couleur naturelle ». Le verbe utilisé pour donner le sens de « prendre une certaine couleur » est le verbe « monter » ឡើង : ឡើងក្រហម : rougir ; ឡើងលឿង : jaunir ; ឡើងឃៀវ bleuir ou verdir (ខៀវ peut signifier, selon le contexte, bleu ou vert) ; ឡើងខ្មៅ noircir ; ឡើងស blanchir, etc.
Pour dire « foncé », on dispose de plusieurs mots : ចាស់ (vieux), ក្រមៅ (surtout utilisé pour le rouge ou le vert), ទុំ (mûr), ស្រងាត់ (pour le bleu ou le vert).
Pour dire « clair », le choix est également vaste : ខ្ចី (non mûr, pour un fruit), ស្រាល (léger), ប្រឿង (clair ou pâle), ភាវ, ស្រគាំ.
La notion de « brillant » pour une couleur peut encore être rendue par plusieurs mots : ច្រាល, រលើប (et ភ្លឺរលើប, notamment pour décrire une chevelure d’un noir brillant), យង់ (souvent utilisé pour des yeux noirs et brillants).
Dans un prochain billet, nous donneront une liste assez fournie des noms des couleurs proprement dites.
En attendant, si vous êtes impatient, je vous invite à consulter sur le site Tovnah une page où les noms khmers de nombreuses couleurs sont donnés. C’est ici.

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Bibliographie : Suong Mak, Death Note

Je ne suis normalement pas très friand d’histoires de fantômes, j’étais donc un peu réticent lorsque la jeune femme qui officie à la librairie Carnets d’Asie, à l’Institut Français du Cambodge, m’a chaleureusement recommandé la lecture du recueil de nouvelles fantastiques Death Note (ក្របមរណៈ) de Suong Mak (សួង ម៉ាក់). Cependant, ayant déjà lu et apprécié du même auteur le roman Boyfriend et ayant même traduit en français une nouvelle de lui pour la revue Jentayu, l’enthousiasme de la vendeuse n’a pas eu excessivement de mal à me convaincre. Et, lecture faite, je ne regrette pas ce choix.
Death Note est un recueil de dix nouvelles fantastiques, dont le but avoué est de « terroriser » le lecteur. En première de couverture, le sous-titre en rouge assure que toutes les pages du livre sont maculées de sang (ce qui n’est pas tout à fait vrai), et les « instructions de lecture » données en quatrième de couverture donnent (si l’on est très crédule) la chair de poule.
Parmi les dix nouvelles, j’ai plus particulièrement aimé les textes suivants : la première nouvelle, intitulée « Oublier » (ភ្លេច), dont le personnage principal est puni de façon implacable de son comportement inhumain envers sa fiancée ; le deuxième nouvelle, « La route hantée » (ផ្លូវខ្មោចលង), où l’on suit les déboires d’un lycéen qui persiste à ne pas croire aux fantômes ; le cinquième texte, « Les héritiers de la voiture fantôme » (ទាយាទឡានខ្មោច), donne froid dans le dos ; la sixième histoire, « La pomme ensorcelée » (ផ្លែប៉ោមអថ័ន), se base sur la légende urbaine selon laquelle, si l’on parvient à peler une pomme à minuit, devant un miroir, sans rompre la pelure, on peut se voir exaucer un vœu – le résultat obtenu n’est bien entendu pas celui qui était espéré ; la neuvième nouvelle, « La promesse » (ពាក្យសន្យា), connaît un dénouement assez inattendu ; enfin, le dernier texte, « Death Note » (ក្របមរណៈ), terrible, se termine tragiquement, et nous enseigne que l’on ne peut être que le spectateur impuissant de son destin, écrit d’avance.
J’avoue que ce livre m’a très agréablement surpris. L’écriture de Suong Mac est fluide, les histoires sont assez bien construites. Par rapport à Boyfriend, qui était plein de retenue, Death Note me semble moins convenu.
Les dix textes qui composent le recueil ont été composés à des dates diverses, entre 2007 et 2011. Le recueil a été publié à Phnom Penh en 2011 (ISBN : 978-99963-64204). Ci-dessous, la première de couverture de mon exemplaire :

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Vidéo : Avec les meilleures intentions du monde

Dans son édition du 25 mai 2017, l’émission Envoyé Spécial de France 2 consacre l’un de ses reportages au « volontourisme », qui se définit par un tourisme d’un type nouveau, dont les adeptes, au lieu d’aller bêtement se faire dorer la pilule sur les plages de Sihanoukville ou d’ailleurs, mettent leur temps (et leur argent) à la disposition d’organisations « caritatives », pour donner gratuitement des cours d’anglais, fabriquer des filtres à eau, ou creuser des puits, aider les orphelins…
Il y a peu encore, en pays khmer, les volontouristes pouvaient apporter leur chaleur humaine et leur gentillesse aux « orphelins » du Cambodge… Il a malheureusement été constaté que ces « orphelinats » n’étaient le plus souvent que des entreprises à but lucratif, et que de nombreux enfants n’étaient orphelins ni de père, ni de mère, mais avaient été plus ou moins achetés aux parents par les responsables de ces entreprises, qui expliquaient que les enfants seraient éduqués à Phnom Penh. Heureusement, les autorités cambodgiennes ont produit des efforts réels pour endiguer ces pratiques, et de nombreux établissements ont été fermés. Mais tous les problèmes ne sont pas résolus, comme le montre Envoyé Spécial.
Dans « Avec les meilleures intentions du monde… », les journalistes expliquent comment des gens sans scrupules abusent des bonnes intentions des volontouristes pour essayer de se remplir les poches. L’émission montre dans une première partie comment les touristes, pour la plupart occidentaux, sont grugés pour « venir en aide » aux familles défavorisées de Siemreap. Dans la seconde partie, les reporters décrivent la situation qui prévaut dans de nombreux orphelinats népalais, dirigés également par des personnes qui profitent sans vergogne de la bonne volonté de ces touristes d’un nouveau genre.
Le reportage est à voir, et à diffuser largement. Il est visible en replay sur le site Francetvinfo. Il est également disponible sur Youtube :

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Proverbes : De Charybde en Scylla

Dans le roman Gentleman’s Love (ស្នេហាសុភាពបុរស) de Sokh Chanphâl (សុខ ចាន់ផល), dans un passage où le héros se trouve dans une situation délicate à laquelle il ne trouve pas d’issue, est cité à titre d’illustration le proverbe khmer suivant :
ចុះទឹកក្រពើ ឡើងលើខ្លា។
Littéralement, ce proverbe signifie littéralement « Quand on descend dans l’eau, c’est le crocodile ; quand on remonte sur la berge, c’est le tigre. »
Il me semble que ce proverbe correspond assez bien à notre « Aller/tomber de Charybde en Scylla »…

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Bibliographie : Long Lina, Techniques de pliage des fleurs de lotus

Au Cambodge, le lotus (ឈូក) est un végétal très important, à de nombreux titres : son rhizome, ses graines, ses tiges sont consommés, ses feuilles servent de matériau d’emballage, la fibre extraite de ses tiges est utilisé par l’industrie textile…
La fleur (ផ្កាឈូក) est également très prisée. Lorsque l’on se promène à proximité des temples anciens, il y a souvent des enfants qui vous proposent d’acheter des fleurs de lotus, souvent en boutons, à offrir aux divinités du sanctuaire. Les fleurs, épanouies ou non, sont également utilisées pour leur valeur décorative dans les endroits les plus divers : restaurants, cafés, salons de massage… ou encore chez soi.
Les Cambodgiens ont en outre mis au point des techniques de pliage des pétales (ត្របក) des fleurs de lotus. C’est à ces techniques que Long Lina (ឡុង លីណា) a consacré un bref ouvrage, intitulé Manières de plier les fleurs de lotus (របៀបបត់ផ្កាឈូក). Dans ce livre d’à peine 40 pages, on trouve une partie d’introduction qui décrit brièvement les divers usages que l’on fait du lotus au Cambodge. L’auteure donne ensuite quelques conseils pour l’entretien des fleurs coupées, de façon à leur conserver leur fraîcheur le plus longtemps possible.
Mais l’essentiel du livret consiste en la description d’une trentaine de techniques de pliage des pétales de fleurs de lotus, qui permettent d’obtenir des effets décoratifs divers. Les différentes étapes du pliage sont expliquées, et illustrées par des photos assez claires.
Enfin, un bref texte vient expliquer succinctement comment réaliser une composition (en fichant les fleurs coupées sur un morceau d’« oasis », cette mousse solide et poreuse que les fleuristes connaissent bien).
Le livre a été publié en 2011 par les éditions Nokor Wat, qui ont publié un nombre appréciable d’ouvrages consacrés à la culture cambodgienne. ISBN : 978-99963-28-22-0
Voici la première de couverture de mon exemplaire :

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